07/27/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/27/2026 15:46
« Alors que l'Ukraine entame une nouvelle saison de récolte, l'intensification, ces dernières semaines, d'attaques russes contre les ports et les navires de transport suscite de nouvelles inquiétudes quant aux répercussions régionales et mondiales de ce conflit », a déclaré, ce matin, Mme Kayoko Gotoh, devant un Conseil de sécurité inquiet des incidences de cette escalade sur la sécurité alimentaire mondiale.
La Directrice pour l'Europe et l'Asie centrale des Départements des affaires politiques et de la consolidation de la paix, et des opérations de paix, s'exprimait au cours d'une réunion d'urgence demandée par l'Ukraine, qui a appelé le Conseil de sécurité à prendre des mesures pour défendre la liberté de navigation en mer Noire.
Mme Gotoh a relevé que dans la région d'Odessa, plus d'une demi-douzaine d'attaques contre des navires civils ont été signalées ce mois-ci, tuant ou blessant 44 membres d'équipage. Elle a aussi évoqué une attaque particulièrement meurtrière survenue le 20 juillet, qui aurait fait 10 morts lorsque des missiles russes auraient frappé un navire battant pavillon de la Guinée-Bissau près du port d'Odessa.
En outre, la Fédération de Russie a également intensifié ses frappes sur les infrastructures agroalimentaires, le matériel agricole et les champs ukrainiens, détruisant ainsi des récoltes prêtes à être moissonnées et exportées, a expliqué la haute fonctionnaire, qui a par ailleurs fait état d'une multiplication d'attaques ukrainiennes contre la logistique maritime russe ou liée à la Russie, y compris contre des pétroliers. Plus de 100 navires auraient été touchés en mer d'Azov au mois de juillet, entraînant des restrictions de navigation dans cette zone.
Les conséquences de cette nouvelle escalade sont déjà perceptibles sur les marchés agricoles mondiaux: les prix du blé ont augmenté de 20% depuis le début du mois et atteignent leur niveau le plus élevé depuis mars 2024, a averti Mme Gotoh.
Dans son intervention, la dignitaire a également signalé que l'escalade estivale a eu un impact de plus en plus destructeur sur les zones d'Ukraine temporairement occupées par la Fédération de Russie. Samedi, les autorités d'occupation ont indiqué que 12 personnes, dont 5 enfants, avaient été tuées lors d'une attaque de drones contre une colonie de vacances située dans une partie de la région ukrainienne de Zaporizhzhia occupée par la Russie. Dans la République autonome de Crimée et la ville de Sébastopol (Ukraine) temporairement occupées par la Fédération de Russie, des frappes de drones ukrainiens contre des postes électriques auraient provoqué des coupures prolongées d'électricité et d'eau dans toute la péninsule.
Soutenant que Moscou cherche à perturber la fourniture d'alimentation dans le monde, l'Ukraine a indiqué qu'en juin et juillet, plus de 50 navires de transport ont été attaqués, faisant 30 victimes. Alors que des exportations de blé ukrainien passent par la mer Noire, la délégation affirme que depuis juillet, les exportations de blé ukrainien sont interrompues en raison de ces attaques commises en pleine période de récolte.
« Pourtant l'Initiative céréalière de la mer Noire de 2023 fonctionnait sans souci avant le retrait de la Russie, qui a tenté d'imputer la responsabilité aux Nations Unies et à son Secrétaire général », s'est indignée l'Ukraine, qui a précisé que depuis le début du conflit, ce sont plus d'un millier d'infrastructures portuaires ukrainiennes qui ont été touchées. Elle a par ailleurs affirmé que la Russie se préparerait à une « nouvelle vague de destruction et de mort » en appelant à la mobilisation de 30 000 troupes supplémentaires de la République populaire démocratique de Corée.
Face à cette situation, la France, a appelé le Conseil de sécurité à prendre la mesure de l'offensive « très calculée » que la Fédération de Russie lance de manière renouvelée contre les exportations agricoles de l'Ukraine, tandis que l'Estonie, qui s'est exprimée au nom des États baltes, a prévenu qu'en perturbant délibérément le corridor d'exportation maritime de l'Ukraine en mer Noire, la Russie fait peser un risque de famine sur des millions de personnes en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient.
Lorsque les routes commerciales maritimes se transforment en champs de tir, les primes d'assurance contre les risques de guerre grimpent en flèche, les chaînes d'approvisionnement sont paralysées et les prix de l'énergie et des denrées alimentaires flambent, a expliqué le Libéria.
Pour les pays en développement -en particulier en Afrique- cela se traduit directement par une hausse du prix du carburant à la pompe, une augmentation du coût des aliments sur la table des familles et une taxe injuste imposée au monde en développement, payée par des citoyens ordinaires, dont la plupart n'ont pas les moyens de la supporter, a déploré le représentant.
Affirmant ne prendre pour cible que des cibles militaires clairement identifiées, la Fédération de Russie a, pour sa part, accusé l'Ukraine de militariser ses infrastructures civiles. Pour la Russie, « Zelenskyy » essaie de changer la situation d'échec sur le front en tentant de gagner la guerre de l'information dans les médias ukrainiens et occidentaux afin de maintenir à flot son approvisionnement en armes.
Si la situation était si positive, pourquoi Zelenskyy a-t-il limogé son ministre de la défense et son commandant en chef? a lancé la déléguée russe. Elle a indiqué que du 13 au 19 juillet les frappe des « nazis ukrainiens » ont fait 433 victimes civiles en Russie, dont plusieurs dizaines de morts. Elle a également dénoncé l'attaque au drone du 15 juillet qui a tué l'ingénieur en chef de la centrale de Zaporojie, accusant l'Ukraine de chercher à créer « une menace de catastrophe de grande ampleur ». Elle a également prévenu que le déploiement, sur le territoire ukrainien, de contingents étrangers européens en ferait des cibles militaires légitimes.
L'Union européenne a, pour sa part, indiqué qu'elle continuera à appuyer l'Ukraine dans l'exercice de son droit à la légitime défense, rappelant avoir mobilisé plus de 200 milliards de dollars à cet effet.
Après plus de quatre années de guerre, nous devons nous interroger sur le nombre de réunions supplémentaires nécessaires pour convaincre les parties d'une réalité incontournable: ce conflit ne trouvera pas d'issue militaire, a martelé le Panama, qui a qualifié de « profondément préoccupant » le recrutement de jeunes combattant de diverses nationalités.
« Consciente » de la diversité des perceptions qui entourent les origines, l'évolution et les responsabilités liées au conflit, la République démocratique du Congo a souligné, pour sa part, que cette pluralité d'appréciations ne devrait jamais conduire à la paralysie diplomatique.
« À mesure que les tactiques et l'ampleur de ce conflit évoluent, les méthodes de travail des organisations humanitaires doivent s'adapter en conséquence », a expliqué M. Indrika Ratwatte, Sous-Secrétaire général par intérim aux affaires humanitaires. « Chaque matin commence par la même question: comment atteindre les populations en toute sécurité? » a-t-il expliqué.
Le haut fonctionnaire s'est désolé que des entrepôts des Nations Unies et d'autres installations humanitaires en Ukraine aient été endommagés, détruisant l'aide destinée aux civils. Il a indiqué que les stocks d'aide sont par conséquent déplacés, les entrepôts transférés et les itinéraires des convois réévalués.
« Nous continuerons à nous adapter, car les civils ont besoin de nous », a-t-il assuré tout en prévenant que la détermination des humanitaires ne doit pas être confondue avec une forme d'acceptation.
Cette séance a par ailleurs été marquée par l'intervention du représentant des États-Unis, qui a expliqué être sorti de la salle pendant l'intervention de la France du fait des « déclarations hypocrites qui ne sont plus tolérables ».
« Il y a un membre de ce conseil qui va prétendre être choqué et qui va tenter de nous faire la leçon, qu'il s'agisse de ce conflit ou d'autres sujets non directement liés à la paix et la sécurité tels que les droits humains », a déclaré le représentant avant de rappeler qu'aujourd'hui, ce sont les États-Unis qui sont le symbole de la liberté pour le monde entier.
La France a réagi en rappelant que l'ONU a été créée avec pour objectif d'œuvrer à la paix et la sécurité internationales, ainsi qu'aux droits humains au développement. C'est dans cet esprit que la France travaille au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale, pour préserver l'indépendance et la capacité d'action de cette institution.
Notre but dans cette salle aujourd'hui, c'est de continuer à travailler avec tous ceux qui portent des initiatives de paix en Ukraine, a assuré le représentant.