03/06/2026 | News release | Distributed by Public on 03/06/2026 12:36
« Les incursions terrestres de l'armée israélienne dans le sud du Liban, les ordres de déplacement généralisés visant la population dans la banlieue sud de Beyrouth, la région de la Bekaa et toute la zone au sud du fleuve Litani, ainsi que les frappes aériennes continues dans différentes parties du pays apportent davantage de misère et de souffrance à une population civile déjà épuisée », a déclaré vendredi à Genève Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), les bombardements et les ordres d'évacuation massifs ont provoqué d'importants mouvements de population. Des quartiers entiers de la capitale libanaise se vident tandis que des familles prennent la route avec quelques sacs pour tout bagage.
Près de 100 000 personnes ont déjà trouvé refuge dans des centaines de sites collectifs - écoles, universités ou installations sportives transformées à la hâte en centres d'accueil. Mais les abris se remplissent rapidement. « Aujourd'hui, j'ai visité un centre d'hébergement collectif à l'Université libanaise à Beyrouth… accueillant environ 140 familles », a raconté Imran Riza, coordinateur humanitaire de l'ONU pour le Liban. « Beaucoup, déplacées du sud et de la banlieue sud de Beyrouth, sont arrivées sans rien, certaines encore en pyjama. Les besoins sont immenses ».
Pour les agences humanitaires, la crise survient dans une région déjà saturée de déplacements forcés. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a déclaré la situation « urgence humanitaire majeure » nécessitant une réponse régionale immédiate.
Dans les pays directement touchés par la guerre et ses répercussions, près de 25 millions de personnes étaient déjà réfugiées, déplacées internes ou récemment retournées chez elles avant même le début du conflit. Les nouveaux mouvements de population risquent de fragiliser davantage des États d'accueil déjà sous pression.
Les flux commencent d'ailleurs à franchir les frontières. Des Syriens ont quitté le Liban pour retourner en Syrie, tandis que plusieurs milliers de Libanais ont pris la même direction. Les agences de l'ONU surveillent désormais de près les frontières des pays voisins de l'Iran, redoutant une extension des déplacements.
Les civils paient un prix toujours plus lourd. Selon l'UNICEF, environ 180 enfants auraient été tués depuis le début des frappes en Iran.
Parmi eux, 168 écolières tuées au premier jour de l'offensive, le 28 février, lorsqu'une frappe a touché l'école primaire pour filles Shajareh Tayyebeh, dans la ville de Minab, dans le sud du pays. La plupart avaient entre sept et douze ans.
« Ces victimes parmi les enfants rappellent brutalement la cruauté de la guerre et de la violence envers les enfants, dont les effets marquent les familles et les communautés pendant des générations », a dénoncé l'agence onusienne.
Mais l'onde de choc dépasse désormais les zones bombardées. Elle se propage par les routes commerciales.
Le détroit d'Ormuz - passage maritime étroit par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial - est devenu un nouveau point de tension. La guerre a pratiquement interrompu le trafic maritime, ralentissant brutalement les flux commerciaux.
« Tout le trafic maritime a considérablement ralenti », a expliqué Anne Schaefer, directrice adjointe de la réponse humanitaire à l'OIM. « C'est le cas à Port-Soudan, mais aussi dans d'autres ports du continent ».
Pour les organisations humanitaires, cette perturbation menace directement les opérations de secours. Tentes, bâches et lampes destinées aux populations déplacées restent bloquées dans les chaînes logistiques.
À Gaza comme au Soudan, les retards s'accumulent déjà. Et la situation pourrait rapidement empirer. « Si nous n'acheminons pas les fournitures dans les six à huit prochaines semaines, il sera très difficile d'atteindre les populations, surtout au Darfour », a prévenu la responsable de l'OIM.
Les agences humanitaires évoquent un conflit dont les répercussions touchent au moins 16 pays.
Entre bombardements, déplacements massifs et perturbation des routes maritimes, la guerre redessine déjà la carte des urgences humanitaires au Moyen-Orient - et bien au-delà.
Et dans les abris improvisés de Beyrouth, l'ampleur de cette transformation se mesure parfois dans les détails les plus simples. Des familles arrivées avec rien d'autre que les vêtements qu'elles portaient au moment de fuir.