07/05/2026 | News release | Archived content
Alors que la Türkiye s'apprête à accueillir les dirigeants des pays de l'Alliance à Ankara pour le sommet de l'OTAN de 2026, un endroit singulier niché au cœur d'Istanbul partage avec l'Alliance une longue histoire centrée non pas sur la diplomatie ou la défense, mais sur… la cuisine.
Le NATO Lokantasi 1952 vous souhaite la bienvenue ! Ouvert au moment de l'adhésion du pays à l'OTAN, il y a près de 75 ans, ce restaurant propose des plats réconfortants issus de la tradition culinaire turque.
Le jour se lève à peine que, déjà, les ragoûts mijotent dans les cocottes fumantes. Des cuisiniers s'affairent à la découpe des légumes et des herbes tandis que l'agneau cuit doucement et que le döner rôtit gentiment sur la broche. Derrière le comptoir, on retrouve le propriétaire des lieux. Mevlüd Öztürk a consacré toute sa vie à ce qui est pour lui bien plus qu'un simple restaurant. C'est son foyer, et un témoignage vivant de Karaköy, son quartier, situé en plein centre de la métropole.
Le chef Mevlüd Öztürk (à gauche), au côté de son épouse et de ses enfants.
« Ce n'est pas qu'une affaire de cuisine », défend-il. « Nous perpétuons des traditions, de père en fils et de maître en apprenti ».
Tout commence en 1952, quand la Türkiye devient membre de l'OTAN (en savoir plus sur l'histoire de la Türkiye au sein de l'OTAN). Mevlüd raconte que, à l'époque, ce fut un véritable événement. On ne parlait que de ça, dans la rue, dans les cafés, dans les journaux. Et c'est de là qu'est venue l'idée du nom : NATO Lokantasi 1952.
Retour à Karaköy, 70 ans plus tard : beaucoup de choses ont changé, mais pas le nom du restaurant. Ni ce qu'il propose : un accueil chaleureux et une cuisine authentique, où tout est fait maison jour après jour.
« Notre restaurant était un peu le quartier général des marins qui débarquaient du port situé juste à côté et des artisans du coin. C'est cet esprit qu'on s'efforce de préserver », s'enorgueillit Mevlüd.
Plats affichés au menu du restaurant NATO à Istanbul.
Aujourd'hui, le restaurant accueille aussi des travailleurs, des étudiants, des touristes et des visiteurs curieux qui viennent d'un peu partout dans le monde. Mevlüd explique que c'est souvent le nom du restaurant qui les pousse à entrer.
« Les jeunes en particulier, et les touristes étrangers, aussi. Ils veulent savoir si le restaurant a un lien avec l'armée. Il arrive même que des bureaucrates et des journalistes étrangers viennent chez nous intrigués par le nom... Et ils repartent ensuite enchantés ! »
Illustration du restaurant réalisée par un touriste.
Ce sens de l'accueil et de la tradition est particulièrement d'actualité cette année. En effet, 22 ans après avoir accueilli pour la toute première fois un sommet de l'OTAN sur son territoire, à Istanbul, la Türkiye remet le couvert : elle réunira les dirigeants des 32 pays de l'Alliance dans sa capitale les 7 et 8 juillet 2026.
Comme l'OTAN, le restaurant de Mevlüd est attaché à ses principes fondateurs. Le quartier a beaucoup évolué au fil du temps et s'est modernisé - Karaköy est aujourd'hui l'un des districts portuaires les plus dynamiques d'Istanbul - mais, en cuisine, les recettes, les ingrédients et les méthodes n'ont pas changé. À peine le coup de feu du déjeuner passé, et alors que les tables se vident progressivement, les cuisiniers sont déjà à pied d'œuvre pour le lendemain.
« Dans la société de consommation d'aujourd'hui, tout va très vite et on mise tout sur le visuel », confie Mevlüd. « Mais au bout du compte, peu importe le type de cuisine, ce que les gens recherchent vraiment, c'est un repas mitonné et réconfortant. Nous sommes un musée vivant, qui s'est donné pour mission de préserver le patrimoine culinaire de notre pays ».
Les plats les plus demandés ? Le döner kebab, l'agneau braisé et les plats traditionnels de ragoût et de poisson à l'huile d'olive. Quand on lui demande ce qu'il servirait aux dirigeants des pays de l'Alliance pour le sommet d'Ankara, Mevlüd répond sans hésiter :
« Un Hünkar Beğendi ».
Ce mets traditionnel, surnommé le « délice du Sultan », se caractérise par une alliance de saveurs harmonieuse - une purée crémeuse d'aubergine rôtie mélangée à du lait et du fromage, le tout recouvert d'un mijoté d'agneau fondant.
Le Hünkar Beğendi, ou « délice du Sultan », mets traditionnel turc (Photo : Turkish Foodie).
« Comme l'OTAN, ce plat a une longue histoire. Et comme l'OTAN, les différents ingrédients s'allient pour former quelque chose de puissant », sourit Mevlüd.
Pour lui, ce qui fait le sel de son restaurant, ce n'est pas le menu. « Certains clients venaient au lokanta avec leurs parents quand ils étaient petits, il y a plusieurs dizaines d'années », se remémore-t-il. « Aujourd'hui, ils reviennent avec leurs propres enfants ou petits-enfants, et ils leur disent 'C'est ici que je venais, quand j'avais votre âge', avant de s'installer invariablement à la même table. C'est sans doute ça qui me fait le plus chaud au cœur ».
Alors que l'OTAN s'apprête à tenir son sommet à Ankara, le NATO Lokantasi nous rappelle que l'histoire n'est pas faite seulement de discours officiels et de documents protocolaires. Elle s'ancre aussi dans la vie de quartier et dans la mémoire collective de générations entières. Et chez Mevlüd, elle se perpétue dans les recettes familiales et dans les vieilles marmites qui frémissent à Karaköy depuis 1952.
Dessin du restarestaurant réalisé par un autre touriste.