02/19/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/20/2026 08:38
Un tribunal de première instance au Gujarat a condamné le journaliste d'investigation indépendant Ravi Nair à un an d'emprisonnement dans une procédure pénale en diffamation intentée par Adani Enterprises Limited. L'action intentée par une filiale du vaste conglomérat indien dirigé par le milliardaire Gautam Adani confirme, une fois de plus, sa stratégie judiciaire particulièrement agressive à l'égard des journalistes. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une utilisation abusive de la loi sur la diffamation.
Ravi Nair est le dernier journaliste en date victime de la stratégie d'intimidation judiciaire des médias du groupe Adani . Sa condamnation à un an de prison le 10 février repose sur une série de 17 postsque le journaliste d'investigation indépendant a publié entre octobre 2020 et juillet 2021 sur la plateforme X. Les messages incriminés consistaient à relayer des articlesparus dans les médias, dont quatre de ses propres enquêtes, publiées notamment sur le site d'information spécialisé dans les investigations sur le conglomérat indien Adani Watch. Des informations déjà publiques, accompagnées de commentaires.
Le tribunal de première instance de Mansa, dans l'État du Gujarat, a toutefois estimé que l'ensemble des posts du journaliste formait une attaque visant à imputer au groupe des pratiques illégales ou corruptrices - sans même que le tribunal n'examine l'authenticité des informations contenues dans les articles partagés, selon les informations de RSF. Le juge a, en outre, considéré qu'il n'était pas nécessaire de démontrer un préjudice financier pour caractériser l'atteinte à la réputation.
Le même tribunal a accordé le 13 février au journaliste un sursis d'un mois à l'exécution de la peine. L'avocat du journaliste a annoncé qu'il prévoyait de faire appel et de demander au tribunal la suspension de la peine jusqu'à la décision d'appel.
"La menace d'une peine de prison pour des publications liées à des sujets d'intérêt général est une entrave majeure aux investigations sur des acteurs économiques puissants et affaiblit le droit à l'information du public. Cette affaire illustre les dérives d'une législation de diffamation pénale, héritée de l'époque coloniale et totalement obsolète, utilisée de manière abusive pour faire taire la critique. RSF exhorte le législateur indien à engager d'urgence des réformes pour dépénaliser la diffamation, qui devrait donner lieu à des recours civils proportionnés, et adopter une loi robuste contre les poursuites-bâillons afin d'empêcher l'instrumentalisation des tribunaux pour réduire au silence les journalistes.
Cette condamnation s'inscrit dans une offensive judiciaireplus large du groupe Adani.RSF a documenté, depuis 2017, une stratégie de procédures - civiles et pénales - visant des médias et des journalistes qui enquêtent sur le conglomérat, avec un recours fréquent à des juridictions situées au Gujarat, fief de Gautam Adani.
La perspective d'une condamnation pénale, les coûts de défense, la multiplication des audiences et le choix de juridictions éloignées deviennent des outils de pression, particulièrement redoutables lorsqu'ils sont actionnés par des entités aux ressources considérables.