Prime Minister of the French Republic

04/10/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/11/2026 18:12

Discours sur l'électrification de la France

Bonjour à toutes et à tous,

Depuis plusieurs semaines, le Moyen-Orient a vécu, encore une fois, dans la guerre. Ces derniers jours, une accalmie semble se dessiner. Un cessez-le-feu a été annoncé. Nous verrons comment le détroit d'Ormuz peut réouvrir. Les marchés ont commencé à se détendre. C'est une bonne nouvelle.

Mais chacun le sait : cette détente est fragile. Elle est partielle, comme on le voit hélas au Liban. C'est précisément pour cela que je veux tirer avec vous les leçons de ce que nous venons de vivre.

Ce que nous avons vu, ce n'est pas une crise lointaine. C'est un monde où tout se tient.

Le détroit d'Ormuz est menacé, et ce sont les pleins, les factures, les dépenses quotidiennes qui augmentent.

Et la première leçon de tout cela - au fond - n'est pas nouvelle. C'est celle que la France a déjà apprise dans son histoire. Un pays n'est réellement libre que s'il est capable de tenir quand le monde vacille.

Et aujourd'hui, il n'est même plus nécessaire de détruire pour fragiliser. Il suffit simplement de menacer, de perturber. Et tout se dérègle très vite.

La deuxième leçon est tout aussi évidente.

L'énergie n'est pas seulement un marché. C'est un enjeu de sécurité nationale. Un rapport de force. Quand nous importons du pétrole ou du gaz, nous importons en même temps les crises des autres. La guerre au Moyen-Orient n'est pas la nôtre. Et pourtant elle nous affecte très directement.

Heureusement, la France a un atout : Une électricité produite sur son sol, issue de choix stratégiques faits il y a des décennies, par nos anciens. À l'époque déjà, la France avait fait le choix de l'indépendance énergétique.

Et c'est le sens des décisions que le Gouvernement a prises il y a tout juste deux mois :

  • Relancer le nucléaire, y compris d'ailleurs celui de nouvelle génération ;
  • Développer les énergies renouvelables les plus utiles ;
  • Et produire davantage.

La crise - il faut bien le dire - a validé ces choix. Je remercie les experts, les industriels qui les ont accompagnés. Je remercie aussi les forces politiques, qui, lucidement, ont rejeté les motions de censure déposées par certains groupes politiques qui voulaient l'empêcher.

C'est un choix fort : électrifier la France, pour la rendre indépendante.

Désormais, il nous faut transformer notre consommation d'énergie. Remplacer le pétrole et le gaz, par de l'électricité.

Troisième leçon : il faut toujours s'adapter. Ne jamais être immobile. Ne jamais déconnecter notre action intérieure - de politique intérieure - des réalités du monde. Peu importe que ces réalités nous plaisent d'ailleurs, ou nous déplaisent.

En gestion de crise, il faut être pragmatique. C'est donc agir vite.

Les services de l'Etat - vous le savez - contrôlent tous les jours les marges, les délais, les prix. Quand les cours du carburant baissent, les prix doivent baisser aussi en station. Aussi vite que lorsqu'ils ont augmenté. C'est une question de justice. C'est une question de transparence. C'est aussi une question de bon sens.

Parce que gérer une crise, c'est garder son sang-froid. Ne céder ni à la panique, ni à la démagogie.

On ne peut pas d'un côté dénoncer les déficits publics et, en même temps, proposer des baisses généralisées de taxes. Ces mesures paraissent certes simples, elles semblent être un remède facile, mais elles ne fonctionnent pas. On le sait. Cela a été démontré dans le passé et dans d'autres pays.

Elles coûtent, non seulement, très cher. Et elles profitent toujours aux pays exportateurs de pétrole - c'est à dire principalement les Etats-Unis, l'Algérie ou le Kazakhstan pour ne citer que ces pays, - et donc non à la France ou aux Franç

Il nous faut donc être prêts. Et être prêt, c'est anticiper les prochaines crises.

Nous n'allons pas vous dire comment vivre, comment gérer votre manière de vivre. Nous n'allons pas vous faire la morale, chacun est bien libre. Nous n'allons pas non plus refaire ce qui ne marche pas. Et encore moins ce qui ne marche plus.

Notre responsabilité, c'est d'agir là où c'est utile. En faisant le lien entre l'intérêt individuel de chacun, et l'intérêt général du pays.

Car au fond, le problème est simple. Tant que nous dépendrons du pétrole et du gaz, nous continuerons de payer le prix des guerres des autres. Et ces crises vont malheureusement se poursuivre. On le sait. Elles vont nous appauvrir. Et tout cela n'est pas une parenthèse.

La France a déjà su, dans son histoire, prendre des décisions structurantes. Elle l'a fait pour son énergie. Je le disais.

Elle l'a fait pour son industrie.

Elle l'a fait pour son modèle agricole.

Elle l'a fait pour son armée.

Elle l'a fait aussi d'ailleurs pour son modèle culturel.

Nous devons donc le faire à nouveau. Avec une forme de "pragmatisme français" qui peut nous caractériser.

Aujourd'hui, 60 % de notre consommation d'énergie reste d'origine fossile. Alors même que nous produisons plus d'électricité que nous n'en consommons, et que cette électricité est trois fois moins chère que le pétrole ! Cela devient clairement un non-sens.

Nous allons donc devoir changer d'échelle, et avec méthode. Non pas à coups de mesures dispersées. Mais avec une véritable planification, comme la France a su le faire dans les moments décisifs de son histoire.

Une planification sérieuse, suivie dans la durée, avec une exigence simple : n'abandonner personne.

Cela signifie des aides ciblées, efficaces, qui doivent aller à celles et ceux qui en ont réellement besoin. C'est à dire les travailleurs qui ont besoin de leur voiture, les familles, les retraités qui ont besoin de chauffer leur maison ou leur appartement.

Cela signifie aussi refuser les dispositifs trop généraux, trop coûteux, qui créent bien souvent des effets d'aubaine et même parfois des rentes, sans pour autant résoudre les problèmes sur le fond.

Aussi, d'ici à 2030, le soutien à l'électrification sera multiplié par deux, et passera de 5,5 milliards d'euros à 10 milliards d'euros par an. C'est une somme absolument considérable.

Pour autant, cela ne se fera pas avec de l'argent nouveau. Mais en utilisant mieux l'argent des Français. Car nous tiendrons - et nous devons tenir - nos cibles de déficits.

En visant un objectif : réduire les dépenses énergétiques de l'Etat et des Français. En fixant cette priorité : les différentes aides publiques seront réorientées vers l'électrification.

Investir aujourd'hui, c'est donner à chacun du pouvoir d'achat, redonner aux entreprises françaises de la compétitivité. L'électricité en France est moins chère qu'ailleurs en Europe.

Électrifier la France, c'est une nécessité, ce sera un atout. Et je le disais, c'est autant un enjeu individuel que collectif. Patriotique en somme.

Et cela commence évidemment par votre logement. C'est là que se joue, concrètement, une part essentielle de notre dépendance.

Une famille chauffée au gaz, quand les prix montent : elle ne peut que subir. Et souvent, ce sont les mêmes Français : les plus modestes, actifs ou retraités, les classes moyennes, et les habitants du logement social.

Nous allons donc engager une bascule claire. Dès la fin de cette année 2026, il ne sera plus possible d'installer des chaudières au gaz dans les constructions neuves.

Dans le même temps, toutes les aides publiques pour les particuliers accompagneront l'installation de pompes à chaleur pour remplacer les chaudières au gaz et au pétrole.

Aujourd'hui, une part très importante des logements sociaux sont chauffés au gaz. Cela signifie concrètement que celles et ceux qui ne peuvent pas décider de leur mode de chauffage, sont ceux qui - à la fin - paient le plus.

C'est une aberration. Une aberration sociale. Une aberration économique. Une aberration écologique. Et même, une aberration politique.

Nous ne pouvons pas demander aux Français de sortir des énergies fossiles, tout en maintenant des millions de logements dans cette dépendance.

C'est pourquoi, pour le logement social, l'électrification sera spécifiquement accélérée, organisée et financée : 2 millions de logements sociaux sortiront ainsi du gaz d'ici à 2050.

Avec un but simple : protéger d'abord celles et ceux qui sont aujourd'hui les plus vulnérables.

Nous allons organiser cette transformation territoire par territoire. Et en évitant une planification centralisée, qui viendrait d'en haut, c'est-à-dire seulement depuis Paris.

Aussi 100 premiers territoires seront sélectionnés pour s'engager d'ici à 2030 dans une trajectoire "zéro gaz", avec un accompagnement complet. Là aussi l'objectif est clair, vous l'avez compris : changer d'échelle. Mais en assumant une approche locale et sociale.

Ce changement d'échelle se traduira concrètement par l'Installation d'un million de pompes à chaleur par an d'ici à 2030. Ces pompes à chaleur permettent de diminuer par deux le coût du chauffage. Elles sont fabriquées en France. C'est une filière nationale d'avenir, avec des dizaines de milliers d'emplois à la clé.

Nous allons donc faire du chauffage électrique la norme, là où il est encore l'exception. D'ici 2030, nous remplacerons ainsi 85 Térawatts-heures de gaz par de l'énergie purement française.

Présenté comme cela, cela ne veut certainement rien dire ou pas grand chose. Mais c'est pourtant l'équivalent de 20 % de nos importations de gaz. C'est donc un levier majeur pour notre avenir.

Avec le logement, le deuxième poste, ce sont évidemment les transports. Nous devons - là aussi - changer de modèle et changer d'échelle.

Non pas tellement pour notre système ferroviaire, puisque 80% est déjà électrifié. Mais évidemment pour nos voitures.

D'ici 2030, deux voitures neuves sur trois devront être électriques.

Il y a cinq ans, la France ne produisait pas de voitures électriques. Désormais, grâce à nos industriels, mais aussi au système des bonus, un véhicule électrique n'est pas plus cher à l'achat qu'un véhicule thermique. La voiture électrique peut désormais être celle de tout le monde.

Le gain pour le pouvoir d'achat est évident, pour ne pas dire édifiant : faire 100 km en véhicule électrique coûte en moyenne quelque chose entre 2 et 3 euros, contre 11 euros en moyenne avec du diesel !

Les constructeurs français pourront produire plus : 400 000 véhicules par an l'an prochain, 1 million en 2030. Il faut accélérer. Et nous le savons tous, c'est le moment.

Pour les ménages les plus modestes, c'est un outil de leasing social - c'est-à-dire des voitures à loyer mensuel modéré - qui va être de nouveau proposé dès ce mois de juin. Avec une première offre d'au moins 50 000 véhicules électriques supplémentaires.

Et pour les gros rouleurs issus des classes moyennes, - et en particulier pour celles et ceux qui travaillent -, le gouvernement veut aller plus loin avec un nouveau dispositif.

Là encore, 50 000 véhicules électriques supplémentaires - en plus - vont ainsi être subventionnés dès 2026, notamment pour : les aides à domicile, les aides-soignantes, les infirmières, les artisans, et plus globalement tous les salariés ou agents publics de notre pays.

La transition doit être une solution, plus une contrainte. Et certainement pas une punition.

Il faut donc aller jusqu'au bout de la logique.

Le gouvernement va donc également mettre en place des outils dédiés aux entreprises, et peut être plus spécifiquement d'ailleurs pour les PME.

Avec, pour la première fois, des dispositifs pour les véhicules utilitaires et même les poids lourds, avec des aides pouvant aller jusqu'à 100 000 euros par véhicule.

Nous devrons aussi mieux agir pour décarboner les grands sites industriels énergivores ou l'industrie agro-alimentaire.

J'ai également demandé aux ministres compétents de mettre en place des dispositifs dédiés à l'électrification des outils de travail des artisans, des commerçants, comme les fours des boulangers ou des restaurateurs, les rotisseries des charcutiers. Mais aussi les équipements des pêcheurs, des agriculteurs ou de la filière des travaux publics.

Aucune activité ne doit rester sous dépendance durable.

C'est aussi une question de protection de pouvoir d'achat des ménages, pour limiter les répercussions du coût des énergies fossiles sur le reste des prix de la vie de tous les jours.

Électrifier, oui. Mais en insistant évidemment sur la production en France.

Ces aides ont donc pour deuxième objectif assumé de participer à notre réindustrialisation. De créer des emplois en France.

Parce que remplacer le pétrole importé par des véhicules importés ne serait pas une solution.

Parce que l'indépendance énergétique sans indépendance industrielle n'est tout simplement pas une indépendance.

Cela est désormais une urgence.

Les annonces de ce soir ne sont qu'une première étape de cette planification.

Mais sortir de cette dépendance à des pays tiers au pétrole et au gaz doit aussi nous rendre plus forts sur le terrain géopolitique.

Cette stratégie complète notre politique de renforcement de notre défense nationale, pour nous protéger des dangers du monde.

Parce que les menaces évoluent. Parce que les conflits changent. Parce que, si nous ne sommes pas en guerre, nous ne sommes plus tout à fait en paix.

La France, dans cette nouvelle crise, est le seul État d'Europe qui a pris des initiatives diplomatiques importantes. Essentiellement par fidélité à notre histoire, mais aussi parce que nous sommes le seul État d'Europe à avoir une présence militaire de cette importance au Moyen-Orient.

C'est un atout. C'est une sécurité.

N'être dépendant de personne exige une politique de l'énergie, une politique militaire, une diplomatie fiable, une solidité budgétaire.

Rien de tout cela n'aurait d'ailleurs été possible sans l'adoption d'un budget pour cette année, et en ce début d'année.

Je remercie celles et ceux qui l'ont compris au sein de la classe politique et qui ont accepté de faire passer l'intérêt du pays avant leurs intérêts partisans.

La France a toujours su prendre ses responsabilités quand l'histoire s'accélère. Nous devons le faire à nouveau.

La souveraineté ne se découpe pas. C'est un tout. Elle est énergétique. Elle est industrielle. Elle est militaire.

C'est pourquoi - en plus de ces premières décisions sur l'énergie que je vous annonce ce soir - nous venons de présenter en conseil des ministres une actualisation et une accélération massive de notre programmation militaire.

Celle-ci devra rapidement être discutée puis adoptée au Parlement. Il y a urgence.

La guerre change. Elle devient diffuse, continue. Et la sécurité, désormais, ne se découpe plus. C'est l'avènement des guerres hybrides, celles qui se servent des enjeux civils pour les détourner à des fins militaires.

Cette guerre se joue partout : Elle touche nos infrastructures, nos réseaux. Des trafics peuvent être instrumentalisés. Des réseaux criminels sont mobilisés par des puissances étrangères, comme on l'a vu récemment. Des menaces hybrides sont activées.

Alors il faut le dire clairement : terrorisme, narcotrafic, cybersécurité, défense nationale, énergie, industrie, tout cela ne forme désormais qu'un seul ensemble.

Nous devons donc nous adapter.

Vous le savez, je vous l'ai dit à de nombreuses reprises. Le gouvernement est libre de toute contrainte politique partisane. Il n'a aucun rendez-vous électoral.

Après la crise politique et budgétaire que nous avons connue à l'automne et l'hiver dernier, nous affrontons désormais les effets de cette crise nouvelle. De cette guerre.

Les urgences énergétiques et militaires sont des urgences de souveraineté : elles ne peuvent donc pas attendre l'élection présidentielle.

Mais ce sont aussi des urgences de la vie quotidienne.

Et quotidiennement, le gouvernement travaille pour affronter chaque crise au jour le jour, mais aussi pour anticiper les crises de demain.

Les ministres reviendront dans les jours qui viennent devant vous, pour préciser l'ensemble des mesures, dans le détail.

Je le dis là aussi. Rien n'est et ne sera définitif : chaque jour nous saurons nous adapter.

Y compris, si les prix des carburants devaient remonter durablement, pour aider les travailleurs et les travailleuses les plus impactés.

Mais, au-delà de ces aides d'urgence, il faut savoir faire de chaque crise une opportunité.

Il faut savoir ne pas gâcher une crise, si je puis me permettre cette expression.

Et lier chaque mesure nouvelle à une vision globale pour l'avenir.

Voilà les premières leçons que nous tirons. Il y en aura d'autres.

Et pendant ce temps, les ministres se concentrent sur les autres urgences du pays, pour votre vie quotidienne. Je veux les citer : accès aux soins ; défi démographique pour notre Education nationale ; lutte contre l'insécurité, la délinquance ; modernisation de notre système judiciaire ; réforme de l'Assurance chômage ; préparation de textes de lois pour les services publics locaux et les collectivités locales, en ce début de mandat municipal.

Et bien entendu la préparation des prochains budgets. Le soutien à l'économie, à l'emploi, à notre croissance.

Sans oublier l'avenir de la Nouvelle-Calédonie.

Nous aurons l'occasion d'y revenir.

D'ici là, bon week-end à toutes et à tous.

(Seul le prononcé fait foi)

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