UNFPA - United Nations Population Fund

03/04/2026 | News release | Archived content

À Gaza, le nombre de mariages d'enfants explose alors que la guerre resserre son étau autour de l'avenir des filles

GAZA, Territoire palestinien occupé - « Lorsque ma tante a demandé ma main pour marier son fils, mon père a tout de suite accepté », explique Amal*, de Khan Younès, dans le sud de Gaza. Mais la cérémonie n'a rien eu de réjouissant, tout du moins pour elle. « Il n'y a pas eu de fête, pas de robe, pas de célébration », raconte-t-elle. « Je l'ai vécu comme un arrangement pour se débarrasser d'un fardeau. »

Les signalements de mariages d'enfants sont en hausse dans l'ensemble de Gaza, alors que les déplacements, la pauvreté et l'effondrement des systèmes social, juridique, de santé et de protection alimentent l'insécurité et contraignent les familles à faire des choix impossibles. Pour de nombreuses personnes, marier sa fille peut être considéré comme une façon de s'en sortir financièrement, ou de protéger les filles contre les sévices sexuels, bien trop répandus en contexte de crise.

« Je me suis mariée pour échapper à une épreuve difficile, tout ça pour me retrouver dans une autre » - Amal, 15

Amal, qui n'avait que 14 ans à l'époque, a cherché un peu de lumière dans son désespoir. « Je me suis dit que ma vie serait peut-être meilleure. Que quelqu'un s'occuperait de moi et que je n'irais pas me coucher avec la faim au ventre. Mais ma nuit de noces a été très difficile. »

Elle a souffert d'une hémorragie après avoir été contrainte d'avoir un rapport sexuel alors qu'elle n'était qu'une enfant, qu'elle souffrait de malnutrition, et que son petit corps était affaibli par des mois de déplacements et de stress. « Je me suis mariée pour échapper à une épreuve difficile, tout ça pour me retrouver dans une autre », déclare-t-elle à l'UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l'agence de l'ONU chargée de la santé sexuelle et reproductive.

Les centres de l'UNFPA offrent aux jeunes des services de réponse et de protection contre la violence basée sur le genre, un soutien psychologique, des informations de santé sexuelle et reproductive, des produits d'hygiène et des sessions de sensibilisation pour contrer la hausse des mariages d'enfants et des grossesses précoces. © UNFPA/Social Development Forum

La guerre balaie des décennies de progrès pour réduire le mariage d'enfants à Gaza : en 2022, les mariages enregistrés de filles de moins de 18 ans avaient chuté à 17,9 %, contre plus de 28 % en 2009. Les systèmes d'informations, juridiques et de santé ayant été en grande partie détruits, les données sont désormais rares, mais les équipes de l'assistance sociale rapportent une forte augmentation du nombre de mariage d'enfants.

Mais ces chiffres sous-estiment probablement la situation ; de nombreuses unions ne seront officiellement enregistrées que plus tard, lorsque les services auront retrouvé une certaine stabilité, ou lorsque la fille aura atteint l'âge légal ou tombera enceinte. En conséquence, les filles se retrouvent privées de toute protection juridique et de la jouissance de leurs droits.

Hausse du nombre - et des risques - des grossesses chez les adolescentes

En décembre 2025, presque 10 % des nouvelles grossesses enregistrées concernaient des adolescentes, dont de nombreuses souffraient de malnutrition, d'anémie et d'un accès limité à un suivi prénatal.

« J'ai toujours rejeté l'idée du mariage. Je voulais réussir mon projet d'institut de beauté et bâtir mon avenir », explique Hiba*, de Beit Hanoun, dans le nord de Gaza, qui a été mariée à l'âge de 16 ans. « Mais la vie dont j'avais rêvé s'est envolée. J'ai enchaîné les fausses couches en l'espace de six mois. La guerre m'a pris ma maison, mon travail, et même mes grossesses. »

Seul environ un quart des établissements de santé de Gaza peuvent actuellement assurer des soins obstétricaux et néonataux d'urgence, ce qui aggrave considérablement le risque de complications. Alors que presque aucun ravitaillement n'est autorisé dans le territoire, y compris les produits essentiels à la santé sexuelle et reproductive, les conséquences peuvent être dramatiques, et même fatales.

Pour Amal, avoir un bébé était presque inconcevable. « Maintenant, je songe à devenir mère, mais je n'arrête pas de me demander comment je vais nourrir mon enfant, et si mon corps peut survivre à la grossesse et à l'accouchement. »

« J'ai enchaîné les fausses couches en l'espace de six mois. La guerre m'a pris ma maison, mon travail, et même mes grossesses. » - Hiba, 17

Sutra et la rupture des systèmes de protection

Les initiatives soutenues par l'UNFPA pour les jeunes de Gaza aident également les filles à acquérir des compétences en leadership et à participer à des projets menés par les jeunes pour leur donner les moyens de jouer un rôle actif dans leur communauté, et préserver l'espoir d'un avenir meilleur. © UNFPA/Social Development Forum

De plus en plus de signalements font également état de coercition, de violence basée sur le genre d'une grande détresse psychologique chez les adolescentes de Gaza. Pour de nombreuses familles, le mariage offre une forme de protection ou sutra, contre les violences. Mais il peut s'accompagner de ses propres menaces, qui se manifestent par la violence conjugale, le déni des droits et les grossesses adolescentes.

Pour offrir un environnement sécurisé où les filles peuvent bénéficier d'une aide immédiate et à long terme, l'UNFPA soutient actuellement 20 espaces sûrs, 15 centres pour les jeunes et 11 tentes pour les filles dans tout Gaza.

« J'ai accepté de me marier à 15 ans parce qu'il avait une maison, et je pensais que ça voudrait dire sécurité et stabilité. » - Safa, 16

Ils constituent peut-être même avant tout de rares sanctuaires où les filles peuvent retrouver une impression de normalité malgré la crise.

Safa* a fui de refuge en refuge après le bombardement de la maison familiale dans le nord de Gaza. « Il n'y avait aucune intimité, pas de nourriture ni de sécurité », témoigne-t-elle auprès de l'UNFPA, dans un espace sûr. « Ma mère, qui était enceinte, s'affaiblissait de jour en jour, et j'étais également malade à cause de la malnutrition. J'ai accepté de me marier à 15 ans parce qu'il avait une maison, et je pensais que ça voudrait dire sécurité et stabilité. »

Cet espoir s'est rapidement envolé. « Il n'y avait ni maison ni célébration, seulement une tente. Je me sentais plus âgée que je ne l'étais, j'endossais des responsabilités bien trop lourdes pour moi. Aujourd'hui, j'attends un enfant dans une chambre endommagée, après tout ce que nous avons perdu. »

La majorité des écoles de Gaza ont aussi été détruites ou transformées en abris, ce qui implique la perte de l'un des meilleurs facteurs de protection contre le mariage d'enfants.

« J'ai été obligée de quitter l'école à cause de la guerre », déplore Manal*, 17 ans, dans un espace sûr soutenu par l'UNFPA. « Aujourd'hui, je me retrouve assise dans l'une des écoles servant de refuge, en tant qu'épouse sous un toit de douleurs, et non en tant qu'élève portant ses livres et rêvant de son avenir. »

Les adolescentes trouvent un exutoire pour s'exprimer et se détendre grâce à l'écriture d'un journal intime, au dessin, à l'artisanat et aux sessions de dialogue. Elles participent également à des cours portant sur la santé et les compétences personnelles essentielles, par exemple la communication, l'hygiène personnelle, et les changements physiques et psychologiques liés à l'adolescence. © UNFPA/Save Youth Future Society.

L'intervention de l'UNFPA

Outre une assistance immédiate, les initiatives soutenues par l'UNFPA pour les jeunes de Gaza aident les filles à acquérir des compétences en leadership et à participer à des projets menés par les jeunes pour leur donner les moyens de jouer un rôle actif dans leur communauté, et préserver l'espoir d'un avenir meilleur.

Yasmine, une jeune volontaire, déclare : « La tente des filles est importante non seulement parce qu'elle est dédiée aux adolescentes, mais aussi parce qu'elle nous encourage à prendre soin de nous dans cette période si difficile. La forte participation et les questions très intéressantes ont montré combien cette aide est essentielle. »

* Les prénoms ont été changés pour garantir l'anonymat et la protection

UNFPA - United Nations Population Fund published this content on March 04, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on March 16, 2026 at 21:29 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]