09/09/2026 | News release | Archived content
Reporters sans frontières (RSF) s'est entretenu avec des hauts responsables du gouvernement libanais sur les défis auxquels sont confrontés les journalistes au Liban. Au cœur des préoccupations, la justice pour les journalistes assassinés dans le pays par les forces israéliennes, et l'application de la nouvelle loi sur les médias et la liberté d'expression, adoptée en août 2026.
Près de trois ans se sont écoulés depuis l'assassinat du journaliste de l'agence de presse britannique Reuters Issam Abdallah, le 13 octobre 2023, par les forces israéliennes à Alma el-Chaab dans le sud du Liban. Malgré l'abondance de preuves pointant un crime de guerre, la justice n'a toujours pas été rendue, ni au journaliste et sa famille, ni à ses sept autres collègues également ciblés et tués par Israël depuis.
Ce dossier figurait en tête des priorités présentées par une délégation de RSF, représentée par le responsable du bureau Moyen-Orient de l'organisation, Jonathan Dagher, et la correspondante de RSF au Liban, Elissar Kobeissi, qui a rencontré en août les autorités libanaises, notamment le Premier ministre Nawaf Salam, le vice-Premier ministre Tarek Mitri, le ministre de la Justice Adel Nassar, et le ministre de l'Information Paul Morcos.
La législation libanaise était également à l'agenda : l'organisation a tenu à présenter aux autorités les préoccupations des journalistes et du secteur au sujet de la nouvelle loi sur les médias et la liberté d'expression, adoptée en août : une avancée importante après 16 ans de discussion, pour remplacer un texte datant de 1962.
Entre le 23 et le 26 août, RSF s'est également entretenue avec des journalistes indépendants, des représentants de l'Union des journalistes au Liban (UJL), et des responsables de médias au Liban.
"Les ministres du gouvernement libanais présents, y compris le Premier ministre Nawaf Salam, ont tous reconnu l'importance de rendre justice aux journalistes ciblés au Liban, ceux tués par les forces israéliennes depuis le 7 octobre 2023, et ceux assassinés auparavant, dont les décès sont imputés notamment à l'ancien régime de Bachar al-Assad en Syrie et à son allié, le Hezbollah. Mais l'intention seule ne suffit plus et l'impunité doit cesser : le gouvernement doit transformer la volonté politique en actes concrets, malgré les obstacles. Avec nos partenaires au Liban, nous poursuivons notre travail et notre mobilisation pour que justice soit rendue, tant au niveau local qu'international. RSF a également obtenu un engagement du gouvernement quant à l'application de la nouvelle loi sur les médias conformément aux principes de liberté de la presse. Nous continuerons, de notre côté, à plaider pour la faire évoluer davantage, afin de renforcer la protection des journalistes."
En marge des visites officielles, RSF a également organisé un événement public via son Centre pour la liberté de la presse, ouvert en 2024. Cet événement qui a réuni les acteurs de la profession s'est tenu à l'hôtel Smallville à Beyrouth en partenariat avec la fondation Samir Kassir (SKF). Cette organisation non gouvernementale libanaise, qui défend la liberté d'expression et d'information, porte le nom du journaliste indépendant franco-libanais Samir Kassir, assassiné au Liban le 2 juin 2005, vraisemblablement par les forces syriennes et le Hezbollah.
La conférence s'est ouverte par une présentation des activités du centre de RSF par sa coordinatrice, Iman Abed, ainsi que deux tables rondes animées par la journaliste et chercheuse senior à la Fondation Samir Kassir, Widad Jarbouh, et la correspondante de RSF Elissar Kobeissi. Parmi les participants, figuraient la fondatrice et directrice du site d'information indépendant Daraj Media, Diana Moukalled, l'ancien correspondant de guerre pour le média panarabe Al Araby Al Jadeed, Mohammad Chebaro, l'avocat Farouk Moughrabi, le chargé de communication de la Fondation Samir Kassir, Jad Chahrour, ainsi que le chercheur Bilal Yassine de la Fondation Maharat, également partenaire de RSF. Au cœur des discussions: les mécanismes judiciaires disponibles au Liban, les lacunes de la nouvelle loi sur les médias et la liberté d'expression, le harcèlement judiciaire et en ligne dont sont victimes les journalistes.
Exercer le journalisme en contexte de guerre au Liban
Depuis le début de l'offensive israélienne contre le Hezbollah et de la guerre contre le Liban en octobre 2023, les professionnels des médias risquent leur vie sur le terrain, notamment dans le sud du pays. Le Liban est ainsi devenu l'un des pays les plus meurtriers pour les journalistes, avec au moins huit reporters pris pour cible et tués ces trois dernières années, selon les données de RSF.
Le Liban occupe le 115e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026.