07/01/2026 | News release | Distributed by Public on 07/02/2026 11:29
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1 juillet, 2026Le cours de l'or est en plein essor, mais les travailleuses et travailleurs qui l'extraient affirment que cette manne ne leur profite pas. Tel était le message de plus de 50 syndicalistes qui ont participé à la première réunion du réseau du sous-secteur de l'or d'IndustriALL, le 30 juin dernier. Cette rencontre virtuelle d'une demi-journée a rassemblé des affiliés d'Afrique, des Amériques, d'Asie et du Pacifique dans le but d'échanger leurs points de vue sur la sous-traitance, la sécurité et les droits syndicaux.
La Coprésidente Cathy Drummond, du syndicat des Métallos USW, a donné le ton dès le début. Les mineurs du monde entier, a-t-elle déclaré, sont confrontés à bon nombre des mêmes pressions : évolution des modèles économiques, recours croissant à la sous-traitance, risques persistants en matière de santé et sécurité, obstacles à la syndicalisation et impact insidieux des nouvelles technologies.
Ce sentiment de lutte commune a imprégné l'ensemble de la réunion.
Emmanuel Adjei-Danso, Directeur de la section des mines et de l'énergie auprès d'IndustriALL, a ouvert la réunion en brossant un tableau sans concession d'un secteur bénéficiant d'un cours record et d'une production en hausse, alors que les banques centrales du monde entier s'appuient sur leurs réserves d'or pour soutenir leurs monnaies. Pourtant, a-t-il souligné, cette flambée des cours ne se traduit pas par un renforcement des négociations collectives, des lieux de travail plus sûrs ou de meilleurs salaires pour les personnes qui extraient cet or du sol.
Il a souligné le bilan inquiétant d'accidents mortels enregistrés dans le secteur minier depuis le début de l'année et a averti que l'exploitation minière illicite aggravait le problème en sapant les normes de sécurité et la durabilité de l'industrie dans son ensemble.
Kemal Ozkan, Secrétaire général adjoint d'IndustriALL, a présenté les enjeux en des termes encore plus crus.
« Les mineurs se trouvent déjà au carrefour de la transition énergétique vers une économie à faibles émissions de carbone, de la décarbonisation, mais au final, cela les place véritablement en première ligne de tout ce débat »,
a-t-il déclaré aux délégués.
S'il y a bien un sujet qui a fait l'unanimité parmi tous les intervenants, c'est celui de la sous-traitance.
Pour le Ghana, le délégué Abdul-Moomin Abdul-Moomin a décrit un secteur où la grande majorité de la main-d'œuvre est désormais employée sous contrat temporaire ou à durée déterminée, une évolution qu'il a directement liée à la faiblesse de l'application du droit du travail. Le Syndicat des mineurs du Ghana s'est battu devant les tribunaux et à la table des négociations, obtenant des protections qui compliquent la tâche des employeurs souhaitant simplement laisser les contrats arriver à échéance.
Pour le Québec (Canada), Sébastien Rail, des Métallos USW, a décrit des sous-traitants fonctionnant presque comme des agences d'intérim, fournissant de la main-d'œuvre aux mines à des conditions qui rendent extrêmement difficile la syndicalisation ; il a établi un lien entre cette pratique et une récente augmentation des accidents du travail parmi le personnel inexpérimenté et récemment embauché.
Paternus RWECHUNGURA, du Syndicat tanzanien des mines, de l'énergie, de la construction et des secteurs connexes (TAMICO), a expliqué comment les mineurs des exploitations artisanales et à petite échelle, travaillant souvent sans contrat ni salaire fixe, peuvent attendre des années avant d'être payés une fois que leur or est enfin vendu, ce qui rend toute syndicalisation efficace pratiquement impossible.
Pour le Zimbabwe, Thulani Moyo a dressé une liste sinistre de défaillances sur les sites : un changement de propriétaire de la mine qui a privé les travailleurs des avantages sociaux acquis, un contrôle insuffisant de la poussière exposant les mineurs à la silicose, une ventilation défaillante, des installations sanitaires communes pour les hommes et les femmes, ainsi qu'un décès sur le lieu de travail lié à des protocoles de sécurité insuffisants.
Tous les récits ne portaient cependant pas sur des déconvenues. Les délégués ont pu constater que la solidarité internationale porte déjà ses fruits.
Ben Davis, des Métallos USW, a décrit un réseau mondial de représentants syndicaux de Newmont, couvrant l'Australie, le Mexique, l'Argentine, le Canada et le Pérou, qui travaillent ensemble pour pousser l'entreprise à hausser ses critères. Il a également détaillé deux affaires portées devant le Mécanisme de réponse rapide en matière de travail de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), dont une au niveau de laquelle une enquête a mis au jour des liens entre le crime organisé et des tentatives visant à étouffer la syndicalisation dans une mine mexicaine, accompagnées de menaces de violence à l'encontre des travailleurs. Le syndicat a remporté cette affaire, même si, selon Ben Davis, faire respecter cette décision reste un combat de longue haleine.
Pour le Mexique, Luis Alberto, de Los Mineros, a expliqué comment le syndicat est passé d'une attitude réactive face aux changements de la législation du travail à une approche proactive, en utilisant les comités de formation prévus par la législation pour rendre l'externalisation plus difficile à justifier et en faisant en sorte que les comités de santé et sécurité soient dirigés par les travailleurs, qui connaissent le mieux les conditions de travail.
La réunion a également entendu Davidzo Muchawaya, de l'IRMA (Initiative pour une certification responsable de l'exploitation minière), un organisme multipartite auprès duquel IndustriALL siège au sein de son conseil d'administration aux côtés d'entreprises minières, d'investisseurs, de la société civile et d'acheteurs.
Les audits indépendants de l'IRMA, a expliqué Mme Muchawaya, offrent aux syndicats un atout rare : des données vérifiées par un tiers concernant les conditions sur le terrain, des preuves que les entreprises elles-mêmes ont déjà consultées et acceptées avant leur publication. Elle a indiqué que les audits avaient mis en évidence une tendance constante sur de nombreux sites : un recours massif et croissant à de la main-d'œuvre en sous-traitance, une protection insuffisante contre le harcèlement de celle-ci et une gestion inégale des risques liés à la sécurité, en particulier pour les travailleuses et travailleurs n'appartenant pas à l'effectif direct.
IndustriALL a déjà mis ces rapports à profit, en combinant les conclusions des audits de l'IRMA avec les témoignages de ses affiliés afin de monter un dossier en faveur d'une action sur les sites d'AngloGold Ashanti et de demander des comptes à l'entreprise concernant des mesures correctives en suspens.
Interrogée sur la question de savoir si l'adhésion récente au système IRMA d'une mine détenue par des investisseurs chinois en République démocratique du Congo constituait un signe de progrès, Mme Muchawaya a admis qu'il s'agissait d'une avancée notable, tout en soulignant que la grande majorité des sites n'adhèrent à l'IRMA qu'en raison de pressions extérieures.
En clôture de la réunion, le coprésident Stephen Smyth a qualifié cette rencontre de point de départ d'une initiative plus ambitieuse : un réseau permanent, se réunissant régulièrement, doté d'une liste de contacts commune pour maintenir le dialogue entre ses sessions. Emmanuel Adjei-Danso a confirmé qu'IndustriALL allait désormais mettre en place des réseaux dédiés aux entreprises Barrick Gold et AngloGold Ashanti, venant s'ajouter au travail déjà mené avec Newmont et Anglo American, et a invité chaque organisation affiliée à signaler les problèmes, ses campagnes et les opportunités de collaboration transfrontalière.
Le message qui ressort de cette première réunion du réseau est clair : le secteur de l'or est peut-être en plein essor, mais c'est la solidarité et non le cours de l'or qui garantira un travail décent aux personnes qui l'extraient.