02/04/2026 | Press release | Archived content
Depuis plusieurs années, le groupe Adani, conglomérat indien tentaculaire dirigé par le milliardaire Gautam Adani, se distingue par une stratégie particulièrement agressive envers les journalistes, multipliant les poursuites judiciaires longues et coûteuses. Reporters sans frontières (RSF) appelle le groupe à cesser ces pratiques d'entrave à la liberté de la presse et exhorte le législateur indien à adopter une loi contre les poursuites-bâillons, plus que jamais nécessaire.
Le conglomérat Adani mène depuis 2017 une offensive judiciaire de grande ampleur contre les journalistes et les médias qui enquêtent sur ses activités. À travers un usage massif des procédures - civiles et pénales - pour diffamation, le groupe a cherché à entraver le travail d'au moins une quinzaine de journalistes, parmi lesquels certaines des voix les plus respectées du paysage médiatique indien.
En près de neuf ans, une dizaine d'affaires ont été documentées, chacune donnant lieu à de multiples procédures, intentées principalement dans l'État du Gujarat - bastion de Gautam Adani. Aucune condamnation n'a été prononcée contre un journaliste ou un média dans le cadre de ces affaires. Cependant, dans au moins quatre cas, des "ordonnances bâillons" (gag orders) provisoires ont temporairement réduit des journalistes au silence, avant même que les tribunaux ne se prononcent sur le fond. L'objectif réel de ces procédures-bâillons - connues sous l'acronyme SLAPP du nom en anglais Strategic Lawsuits Against Public Participation, soit "plainte stratégique contre la participation publique" - apparaît clairement : intimider, épuiser financièrement et moralement les journalistes ciblés, en faisant de la procédure judiciaire elle-même une sanction. À ce jour, neuf d'entre eux sont toujours concernés par des procédures en cours, parmi lesquels les journalistes d'investigation indépendants Paranjoy Guha Thakurta (visé par sept procédures), Abir Dasgupta (quatre procédures) et Ravi Nair(deux procédures). Contacté par RSF, le groupe Adani n'a pas répondu à ses questions.
"Le harcèlement judiciaire contre des journalistes d'investigation orchestré par le groupe Adani constitue une grave menace pour l'indépendance des médias en Inde. RSF s'alarme d'une stratégie d'actions en justice récurrentes visant à dissuader toute enquête sur un acteur économique majeur. Dans ces affaires, la procédure judiciaire est souvent en elle-même la punition. RSF appelle les autorités indiennes à mettre fin à l'instrumentalisation des tribunaux par les particuliers, les entreprises et les entités politiques pour faire taire les journalistes : le vote d'une loi anti-SLAPP est plus que jamais nécessaire.
Huit procédures-bâillons emblématiques contre des journalistes