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02/18/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/18/2026 15:50

Libye: inquiétudes au Conseil de sécurité face à une situation qui se détériore sur de nombreux fronts

10107e séance - matin
CS/16298
18 février 2026

Libye: inquiétudes au Conseil de sécurité face à une situation qui se détériore sur de nombreux fronts

« La seule voie possible est une solution politique qui rassemble les Libyens. » C'est par cette interpellation que la Représentante spéciale du Secrétaire général pour la Libye a appelé, ce matin, devant le Conseil de sécurité, à s'attaquer aux risques économiques et sécuritaires critiques que connaît le pays, dont l'unité serait, du reste, menacée par la division de son système judiciaire. Une inquiétude largement partagée par les orateurs, qui ont été nombreux à insister sur l'importance d'organiser des élections nationales afin de former un gouvernement national unifié.

Une gouvernance dans l'impasse

Mme Hanna Serwaa Tetteh a relevé que depuis sa dernière présentation, et malgré les efforts de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL), aucun progrès significatif n'a été réalisé entre la Chambre des députés et le Haut Conseil d'État concernant la mise en œuvre des deux premières étapes de la feuille de route proposée par l'ONU pour appuyer la tenue des élections et répondre aux causes sous-jacentes du conflit.

Il faut s'attaquer à la cause principale de ce dysfonctionnement: un gouvernement divisé, une coordination limitée et des actions unilatérales de part et d'autre, notamment des dépenses importantes, non coordonnées et incontrôlées, et un système de subventions détourné à des fins privées. Cette combinaison de facteurs compromet l'intégrité territoriale et l'unité de l'État, a-t-elle mis en garde.

« Mon pays est aujourd'hui pris au piège d'un cercle vicieux marqué par les ingérences étrangères et des mesures restrictives qui ont contribué à fragiliser davantage l'État », a abondé le représentant de la Libye, qui a notamment attribué le pillage des ressources nationales au contexte créé par le régime de sanctions.

Selon lui, tout processus politique, y compris un dialogue structuré, doit être clairement axé sur la fin de la période de transition et déboucher sur l'organisation d'élections générales dans le cadre d'un calendrier fixé à l'avance.

Aussi a-t-il demandé à la MANUL d'organiser un référendum constitutionnel pour promulguer une loi sur les élections pour sortir de l'impasse et du cercle vicieux. Le Conseil de sécurité doit « rectifier le tir » et permettre aux Libyens de prendre pleinement en main leur destin, dans le respect de leur souveraineté et de leur volonté politique, a-t-il insisté.

Représentant de la société civile libyenne, M. Ahmed Albibas a plaidé pour l'adoption d'un processus électoral contraignant, assorti d'un calendrier précis et de garanties formelles engageant toutes les parties à respecter les résultats des urnes. Il faudrait en outre envisager d'imposer des sanctions contre les acteurs qui entravent la tenue des élections, a ajouté le militant, qui a appelé à l'unification des institutions militaires et sécuritaires.

De même, il est crucial d'assurer une protection explicite aux membres de la société civile à travers l'adoption d'un cadre juridique garantissant leur liberté d'action et mettant fin aux restrictions administratives qui entravent leur travail.

Une idée soutenue par le Royaume-Uni, qui a appelé au rétablissement de l'espace civique et la garantie d'une inclusion et d'une participation politique effectives des femmes, des jeunes, des minorités et des personnes en situation de handicap.

De son côté, la Fédération de Russie a plaidé pour la poursuite du processus de Berlin dans sa configuration initiale, appelant à une participation inclusive de tous les acteurs internationaux influents et au respect du caractère collectif des décisions prises dans ce cadre.

Un système judiciaire vitrine des divisions nationales

Dans son intervention, la Représentante spéciale s'est également préoccupée de la division de plus en plus profonde du système judiciaire libyen, avertissant des graves conséquences pour l'unité du pays.

Elle a rappelé que la Chambre des députés a établi une cour constitutionnelle suprême à Benghazi, opérationnelle depuis décembre 2025 et fonctionnant parallèlement à la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême de Tripoli, précédemment créée.

Or, on observe désormais des mandats concurrents, des décisions de justice contradictoires et des incohérences judiciaires. Les conséquences de ces actions sont claires: des décisions judiciaires contradictoires et parallèles mettent en péril l'unité des systèmes juridique et judiciaire et affaiblissent l'administration de la justice en Libye.

Si des mesures ne sont pas prises pour préserver l'unité, la cohérence et l'indépendance du pouvoir judiciaire, les systèmes juridiques conflictuels qui émergent auront des répercussions sur l'économie, les élections, la gouvernance, la sécurité et les droits humains.

« Il s'agit d'une ligne rouge dont le franchissement pourrait compromettre l'unité de l'État », a-t-elle mis en garde.

Dégradation de la situation économique

Autre source de préoccupation: une trajectoire économique en récession. Le peuple libyen est confronté à de graves difficultés liées à la dévaluation de la monnaie, à la hausse des prix et aux pénuries de carburant, provoquant un mécontentement croissant, a indiqué Mme Tetteh.

En outre, l'absence d'un budget national unifié et le manque de coordination des dépenses publiques, dus à la présence d'institutions étatiques parallèles, conjugués à la baisse des recettes pétrolières, ont contribué à des déséquilibres persistants en devises étrangères. Cette situation exerce une pression croissante sur les réserves de change et entraîne une dépréciation constante du dinar libyen, ce qui affecte le pouvoir d'achat des ménages les plus vulnérables, s'est-elle inquiétée.

Notant que le volet économique demeure essentiel à l'instauration d'une stabilité à long terme en Libye, le représentant du Pakistan a insisté sur l'importance d'une coopération institutionnelle soutenue, notamment en vue de l'adoption d'un budget national unifié et du renforcement de la gouvernance économique.

Il a aussi insisté sur l'importance de préserver les avoirs gelés de la Libye et de garantir leur réinvestissement au profit du peuple. Le gel des avoirs visait à préserver leur valeur et à bénéficier au peuple libyen, et non aux institutions qui les détiennent, ont rappelé les A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie), selon qui la Libyan Investment Authority (« Autorité libyenne d'investissement ») devrait pouvoir réinvestir ses réserves de trésorerie gelées, conformément à la résolution 2769 (2025).

Une criminalité qui prospère

La mainmise des réseaux criminels transnationaux sur la Libye a également préoccupé de nombreuses délégations, de même que l'assassinat, le 3 février, de Saif al-Islam Gaddafi, dans la région de Zintan dans des circonstances troubles. La Fédération de Russie a réclamé une enquête, dénonçant un acte « cruel et inhumain », tandis que la Chine s'est inquiétée des répercussions de sa disparition sur la stabilité du pays.

L'assassinat de Saif al-Islam Gaddafi est un « acte de violence flagrant qui risque de compromettre davantage les efforts déployés en vue d'une transition politique crédible et inclusive en Libye », se sont inquiétés les A3, qui ont par ailleurs réclamé le retrait immédiat de toutes les forces étrangères, combattants étrangers et mercenaires.

Le retrait des forces, mercenaires et combattants étrangers doit accompagner la réunification militaire de la Libye afin qu'elle recouvre sa pleine souveraineté, a noté de son côté la France. La réunification de l'armée et des services de sécurité doit rester une priorité de ce Conseil. Et cela suppose la présence d'un gouvernement unifié à l'échelle de toute la Libye, condition pour garantir la stabilité sécuritaire du pays.

« L'heure est venue de dépasser les clivages d'hier, et les États-Unis seront là pour vous soutenir quand vous allez y parvenir. » Tel fut le message du délégué américain qui a indiqué qu'au mois d'avril, AFRICOM, le commandement militaire américain en Afrique, organisera des manœuvres militaires phares à Syrte. Les forces libyennes de l'ouest et de l'est seront présentes pour être formées ensemble, dépassant ainsi ces clivages, s'est-il félicité.

De son côté, la Chine a insisté sur l'importance du respect de l'embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité, afin d'éviter tout afflux d'armements susceptible d'aggraver la situation.

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