10/22/2025 | Press release | Distributed by Public on 10/22/2025 11:03
On trouvera, ci-après, le texte du discours du Secrétaire général de l'ONU, M. António Guterres, prononcé à l'occasion de la seizième session de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, à Genève, aujourd'hui:
C'est ici même qu'il y a plus de 60 ans, la CNUCED naissait d'un simple constat: le développement n'est pas automatique; il nécessite une action délibérée. Il nécessite des politiques, des institutions et des investissements au service des citoyens. Et de garantir, par le biais du commerce, des conditions équitables aux pays en développement.
Mais miser sur les échanges n'est pas suffisant. Le commerce doit être encadré par des institutions qui fixent des paramètres, des règles et des conditions de concurrence équitables. Et il doit s'accompagner de financements, d'investissements et de technologies pour que tous les pays puissent jouer un rôle actif et prospérer.
Au fil des décennies, les nombreuses réalisations de la CNUCED ont contribué à mettre le système commercial mondial sur la voie de l'équité. Permettez-moi d'en citer quelques-unes: l'établissement de la catégorie des pays les moins avancés. L'adoption des principes et objectifs d'un nouvel ordre économique international. La création du Fonds commun pour les produits de base. Sans oublier les travaux que vous menez actuellement pour combler les lacunes du système commercial mondial et de proposer des solutions concrètes.
Vos appels de longue date en faveur d'une réforme de l'architecture financière internationale. Et la création en 2022 du Groupe d'intervention mondiale face aux crises alimentaire, énergétique et financière, dirigé par la Secrétaire générale, Mme Grynspan, et chargé de préserver la fluidité des échanges en temps de guerre.
Aujourd'hui, alors que la CNUCED retourne sur le lieu qui l'a vue naître à l'occasion de sa seizième session, nous gardons à l'esprit qu'il est impératif de continuer à façonner l'avenir. Nous sommes confrontés à un tourbillon de changements.
Les pays en développement sont aujourd'hui à l'origine des trois quarts de la croissance mondiale. Le commerce des services, en plein essor, a affiché l'an dernier une croissance de 9%. Le commerce numérique s'affranchit des frontières à la vitesse de la lumière.
Des technologies d'avant-garde injectent des milliers de milliards dans l'économie mondiale. Le nombre d'accords commerciaux régionaux a été multiplié par sept depuis les années 1990. La coopération Sud-Sud s'intensifie par l'intermédiaire des chaînes de valeur, des transferts de technologie et des investissements transfrontières.
Mais, dans un monde pourtant radicalement différent, force est malheureusement de constater que certaines choses ne changent pas. Les pays en développement continuent d'être lésés. L'incertitude s'accroît. L'investissement recule. Les chaînes d'approvisionnement sont en proie à de profonds bouleversements.
Les barrières commerciales augmentent, et atteignent des taux exorbitants de 40% pour certains des pays les moins avancés, alors même que ceux-ci représentent à peine 1% des flux commerciaux mondiaux. Le protectionnisme peut être inévitable dans certaines situations, mais il devrait au moins être rationnel.
Alors que le commerce des services augmente, nous voyons un risque croissant de guerres commerciales pour les biens. L'évolution des dépenses militaires montre que les fonds alloués pour semer la mort dépassent, de plus en plus, ceux consacrés à la prospérité et au bien-être des populations.
Dans le même temps, les clivages géopolitiques, les inégalités, la crise climatique et les conflits nouveaux et prolongés ont des répercussions sur l'économie mondiale. La dette mondiale a explosé. La pauvreté et la faim perdurent. L'architecture financière internationale ne prévoit aucun filet de sécurité adapté aux pays en développement. Et le système commercial fondé sur des règles est menacé.
Le document final que vous élaborez constituera un plan d'action pour faire face à ces vents contraires. Nous devons, selon moi, agir sur quatre fronts.
Premièrement, nous devons mettre en place un cadre mondial qui régisse le commerce et l'investissement de manière équitable. En 2024, les pays ont adopté le Pacte pour l'avenir et ont renouvelé leur engagement en faveur du système commercial multilatéral. Le Pacte vise à favoriser une croissance tirée par les exportations dans les pays en développement en offrant à ces derniers un accès préférentiel au commerce, en leur accordant un traitement spécial et différencié et en réformant comme il se doit l'Organisation mondiale du commerce.
Nous devons aider les pays à sortir de leur dépendance à l'égard des produits de base et à se raccorder aux chaînes de valeur mondiales qui favorisent l'emploi et la prospérité. Et nous devons nous doter de nouveaux outils qui permettent aux pays en développement d'être compétitifs et de tirer profit de la croissance explosive du commerce des services.
Deuxièmement, les financements. Trop de pays en développement sont pénalisés par une marge de manœuvre budgétaire limitée, une croissance lente et la crise de la dette. Actuellement, des milliards de personnes vivent dans des pays qui dépensent plus pour le service de la dette que pour la santé ou l'éducation.
Lors de la Conférence sur le financement du développement qui s'est tenue à Séville au mois de juin, les dirigeants se sont mis d'accord pour dégager davantage de fonds en faveur des pays en développement. Pour renforcer leur capacité à mobiliser les ressources internes. Pour tripler la capacité de prêt des banques multilatérales de développement afin qu'elles gagnent en envergure et en audace. Pour mobiliser davantage les financements privés.
Pour alléger le fardeau de la dette grâce à la mise en place de nouveaux instruments qui permettront de réduire les coûts d'emprunt et les risques, y compris ceux liés aux chocs climatiques, et d'accélérer le soutien aux pays en situation de surendettement. Et pour réformer les institutions financières internationales de sorte qu'elles soient davantage en adéquation avec le monde d'aujourd'hui et les besoins des pays en développement.
Troisièmement, la technologie. La technologie, les données de haute qualité et les innovations peuvent servir de leviers pour stimuler l'économie. Mais les pays n'ont pas tous accès aux technologies dont ils ont besoin pour être compétitifs.
Le Pacte numérique mondial, adopté l'année dernière, prévoit un certain nombre d'actions visant à réduire la fracture numérique et à faire en sorte que les technologies d'avant-garde comme l'intelligence artificielle et la chaîne de blocs deviennent plus accessibles à tous les pays, et pas uniquement aux pays riches.
Quatrièmement, nous devons aligner les politiques commerciales avec nos objectifs climatiques et veiller à ce que le commerce soutienne une action climatique ambitieuse et une transition juste. Cela demande d'intégrer pleinement les stratégies commerciales dans les nouveaux plans climatiques nationaux qui doivent être présentés en amont de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques au Brésil le mois prochain.
Cela implique d'aider les pays en développement à tirer parti de la puissance et du potentiel illimités des énergies renouvelables, notamment par un soutien financier et technique accru. Cela commence par l'élaboration d'une feuille de route crédible nous permettant de mobiliser, d'ici 2035, 1 300 milliards de dollars par an en faveur de l'action climatique dans les pays en développement. Et cela suppose de rendre le système de production et de commerce plus juste pour les pays en développement.
Trop de pays et de communautés en développement ne bénéficient pas de la révolution énergétique mondiale - et ce même lorsqu'ils possèdent de vastes réserves de minéraux critiques indispensables à la transition.
L'année dernière, j'ai créé le Groupe chargé de la question des minéraux critiques pour la transition énergétique, qui a pour mission d'élaborer un ensemble de principes directeurs visant à permettre aux populations locales de tirer profit des ressources qui se trouvent sur leur sol - dans un esprit d'équité, de transparence, de durabilité et de respect des droits humains.
Je remercie la CNUCED de participer à cette initiative importante et j'invite les gouvernements, les entreprises et les membres de la société civile à collaborer avec l'ONU pour mettre ces principes en œuvre.
La CNUCED est née de la volonté des pays en développement de faire entendre leur voix dans un système conçu sans eux. Depuis, vous les avez accompagnés et avez soutenu leurs appels en faveur d'une plus grande équité. Nous devons poursuivre ce travail essentiel. Et veiller à ce que tous les pays puissent tirer parti du potentiel offert par le commerce et le développement pour faire avancer leurs économies.