01/21/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/22/2026 03:36
Une nouvelle enquête menée par Free Press Unlimited (FPU), en partenariat avec Reporters sans frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), dans le cadre du projet A safer world for the truth, révèle de nouveaux éléments dans l'affaire du meurtre du journaliste Shan Dahar, tué au Pakistan en 2014. Elle met notamment en évidence les fautes professionnelles de la police, l'inaction politique et des années d'impunité. Il est temps que les promesses du Premier ministre Shehbaz Sharif soient suivies d'actions décisives et que les autorités pakistanaises traduisent en justice les responsables.
À l'occasion de la Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes le 2 novembre dernier, le Premier ministre Shehbaz Sharif a déclaréque le gouvernement prendrait des mesures pour garantir l'efficacité des enquêtes, l'ouverture de poursuites et la justice pour ces crimes visant la profession. Mais ce n'est pas la première fois que les responsables pakistanais affirment qu'ils s'attaqueront à ce problème omniprésent, sans résultat. Rien que sur les dix dernières années, 35 journalistes ont été tués, selon les informations de RSF, sans véritables enquêtes en cours.
Le cas du journaliste Shan Dahar, abattu dans la nuit du 1er janvier 2014 dans sa ville natale de Badeh, dans la province du Sind, alors qu'il réalisait un reportage vidéo sur un trafic de médicaments, illustre bien le problème généralisé de l'impunité au Pakistan. Plus de 12 ans après les faits, ses meurtriers sont toujours en liberté.
Les organisations internationales de défense de la liberté de la presse FPU, CPJ et RSF, réunies au sein de la coalition A Safer World for the Truth, ont mené une enquête indépendante sur le meurtre de Shan Dahar, journaliste du média Abb Takk Television. Leur conclusion est claire : son meurtre est toujours non élucidé en raison d'une enquête bâclée et d'un manque de volonté politique.
Une nouvelle enquête met en lumière les défaillances
Parmi les nouveaux éléments, des vidéoset photos ont permis de retracer en détail les déplacements de Shan Dahar la nuit de son meurtre. Grâce à ces preuves, la coalition démontre clairement que la version des autorités sur le crime est hautement improbable.
L'enquête, intitulée "Vérité niée : comment les autorités pakistanaises ont construit une affaire insoluble" (Truth Denied: How Pakistani Authorities Built An Unsolvable Case) et disponible en intégralité sur le site de FPU, comprend aussi des confirmations de la part d'enquêteurs de police selon lesquelles ils ont arrêté des individus dans le seul but de les extorquer. Deux témoins identifiés dans le cadre de la procédure ont déclaré à la coalition qu'ils avaient été contraints de fournir de fausses informations.
Les autorités ont en outre ignoré les indications claires selon lesquelles Shan Dahar aurait été ciblé en raison de son investigation sur la revente illégale de médicaments distribués aux hôpitaux locaux. Les images de la nuit du meurtre montrent que le journaliste filmait à l'intérieur d'un dispensaire et qu'il achetait des médicaments à la pharmacie voisine quelques instants avant d'être touché par une balle dans le dos. Auparavant, il avait accusé le responsable de la clinique, le docteur Kandhro, de participer à ce trafic de médicaments. Or celui-ci était l'un des deux médecins chargés de soigner le journaliste après qu'il a été blessé, et qui ont ensuite été suspendus pour négligence médicale ayant entraîné sa mort. Aucun des deux médecins n'a fait l'objet d'une enquête de la part de la police.
La coalition a contacté le Dr Kandhro et la police pakistanaise pour obtenir leurs commentaires, mais aucun d'eux n'a répondu à sa demande. Compte tenu des promessesdu Premier ministre Sharif, la coalition exhorte les autorités pakistanaises à intensifier leur collaboration avec les organisations de la société civile œuvrant pour la liberté de la presse, afin de pallier le manque de moyens et renforcer la volonté politique de résoudre ces affaires.
'Près de 12 ans après le meurtre du journaliste Shan Dahar, ses assassins sont toujours en liberté, ce qui illustre clairement l'impunité endémique qui règne au Pakistan. L'enquête conjointe sur la mort de Shan Dahar met en évidence ces profondes lacunes. Nous appelons le Premier ministre Shehbaz Sharif à tenir ses promesses : rouvrir une enquête indépendante afin d'arrêter et poursuivre sans délai les personnes qui ont ordonné et exécuté ce meurtre, appliquer correctement la loi de 2021 sur la sécurité des journalistes et coopérer avec la société civile afin que justice soit enfin rendue pour Shan Dahar, mettant ainsi fin à ce cycle d'impunité.
"À première vue, l'affaire Shan Dahar peut sembler ancienne. Mais elle concerne des personnes réelles qui ont perdu un collègue, un ami, un membre de leur famille. Nous devons veiller à ce qu'elles obtiennent la justice qu'elles méritent et à ce que les crimes contre les journalistes ne se reproduisent plus jamais. Nous appelons donc les autorités pakistanaises à intensifier leur collaboration et leur partage d'informations avec les organisations de défense de la liberté de la presse. Seul un suivi transparent et objectif permettra de briser le cycle actuel d'impunité pour les crimes commis contre les journalistes.
"Tuer un journaliste est devenu l'un des crimes les moins risqués au Pakistan. Le meurtre de Shan Dahar est emblématique de l'impunité généralisée qui règne au Pakistan en matière d'assassinats de journalistes et du manque de volonté politique pour mettre fin à ces crimes odieux. Après plus de 12 ans, la famille de Shan Dahar n'a toujours pas obtenu justice, tandis que le Pakistan reste l'un des endroits les plus dangereux au monde pour les journalistes. Grâce aux nouvelles preuves que nous avons découvertes dans le cadre de cette enquête conjointe, les autorités pakistanaises doivent désormais arrêter les suspects et les traduire en justice. Il appartient désormais au Premier ministre Shehbaz Sharif de prouver qu'il était sérieux lorsqu'il s'est engagé à protéger les journalistes, ou que ses paroles ne sont que des paroles en l'air.
A Safer world for the truthest une initiative conjointe de Free Press Unlimited (FPU), Reporters sans frontières (RSF) et du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) visant à enquêter, documenter et obtenir justice pour les journalistes tués.
Le Pakistanest au 158 rang sur 180 pays, dans le Classement mondial de la liberté de la presse.