03/10/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/10/2026 12:39
Que s'est-il passé lors de la visite d'une équipe du Secrétariat technique de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) dans région d'Alep, en Syrie, du 27 au 29 janvier 2026? Comme l'a indiqué, ce matin devant le Conseil de sécurité, le Haut-Représentant adjoint pour les affaires de désarmement, M. Adedeji Ebo, une équipe avait été dépêchée afin d'examiner des conteneurs de stockage de précurseurs chimiques non déclarés, ainsi que 75 cylindres non déclarés qui, selon le dernier rapport de l'OIAC, pourraient être déclarés comme armes chimiques.
À son arrivée sur place, à Alep, l'équipe du Secrétariat a constaté que plus d'une douzaine desdits conteneurs de stockage à grand volume avaient été vidés. Huit échantillons ont néanmoins pu être prélevés. M. Ebo a également précisé que les 75 cylindres n'étaient plus sur site le 28 janvier, les autorités syriennes expliquant qu'ils avaient été déplacés et détruits dans une casse locale. Le 29 janvier, l'équipe de l'OIAC a visité cette casse et fait le constat d'éléments ayant pu appartenir à ces cylindres de gaz.
Plusieurs délégations, à l'instar de la Grèce et de la Lettonie, ont affiché leur vive préoccupation concernant la manipulation de ces 75 cylindres. La Grèce a ainsi déploré que le Secrétariat technique de l'OIAC n'ait reçu ni notification préalable ni information ultérieure sur leur retrait et destruction signalés.
Toute destruction d'armes chimiques doit se faire en coordination avec l'OIAC, a rappelé le Danemark. Le Libéria, au nom des A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie), s'est également dit préoccupé et a encouragé le Gouvernement syrien à communiquer les résultats de son enquête au Secrétariat afin de s'assurer que les exigences de vérification ont été satisfaites.
« Le travail du Secrétariat technique en Syrie est crucial et la coopération avec les nouvelles autorités syriennes en est un élément clef », a appuyé la Lettonie. À cette aune, elle les a exhortées à renforcer une coopération déjà « constructive » autour de ces 75 cylindres. Une position pleinement partagée par la Türkiye, qui a appelé à renforcer la communication entre Damas et le Secrétariat technique de l'OIAC après « l'incident d'Alep ».
« Nous avons agi immédiatement lorsque les unités du Ministère de la défense ont découvert 75 anciens cylindres vides qui auraient contenu des substances chimiques toxiques sur un site militaire », a répondu le délégué de la Syrie. Le Secrétariat technique de l'OIAC a été informé et il a été proposé de transférer plusieurs cylindres au siège de l'OIAC à La Haye.
Or, a déploré le délégué, le Secrétariat technique a préféré attendre pour des raisons de sûreté. Ce retard et des problèmes de coordination ont fait que les cylindres ont été emportés par les personnels de nettoyage et démantelés dans un atelier de ferraille.
Cet incident, a-t-il estimé, démontre qu'il faut un appui international renforcé pour assurer le traitement rapide de toute information qui pourrait être découverte.
À l'instar de M. Ebo, les intervenants, ont néanmoins été nombreux à accorder un satisfecit aux autorités syriennes pour leur gestion du dossier des armes chimiques dans son ensemble. M. Ebo a salué la poursuite de la coopération entre les autorités syriennes et l'OIAC, tout en rappelant l'importance du soutien international pour mener à bien les « efforts extraordinaires » visant à démanteler ce programme.
Même son de cloche du côté du Danemark qui a espéré la conclusion de ce dossier pour la fin de cette année, tandis que les États-Unis, qui ont noté qu'il s'agit du premier rapport de l'OIAC depuis que la Syrie a autorisé les visites sur tout son territoire, ont plaidé pour l'apport de contributions volontaires afin de financer le travail de l'OIAC.
Les A3 a également demandé que le Secrétariat bénéficie des ressources financières et techniques nécessaires à l'exécution de son mandat. Le Royaume-Uni, qui a apporté une contribution de plus de 3,8 millions de dollars aux missions de l'OIAC depuis la chute d'el-Assad, a exhorté les autres États parties à apporter sans délais une contribution financière. « Les progrès en cours ne sont ni inévitables ni garantis », a averti cette délégation.
Ancien inspecteur de l'OIAC, M. Lennie Phillips, du Royal United Services Institute (RUSI), n'a pas fait mystère des difficultés considérables auxquelles se heurte le nouveau Gouvernement syrien. Parmi ces défis, il a cité la documentation lacunaire, la dangerosité des sites et le manque de connaissances quant à l'identité et la quantité des agents chimiques en question.
Il a réclamé un partage de renseignements, une aide à la destruction et une formation des équipes locales. « Il s'agit de donner à la Syrie la capacité de localiser et de détruire cet arsenal de manière vérifiable », a souligné cet expert qui a noté que certains pays disposent de renseignements pertinents sur la localisation des sites.
De son côté, M. Andrew Moore, du HALO Trust, ONG internationale spécialisée dans le déminage et le traitement des explosifs, qui collabore étroitement avec les autorités du pays depuis janvier 2025, a indiqué que la présence d'armes classiques sur ces sites en compromet l'accès en toute sécurité.
D'autres menaces peuvent inclure des champs de mines périmétriques et internes, des armes abandonnées, ainsi que des pièges ou des engins explosifs improvisés, a-t-il détaillé, ajoutant que certains sites ont fait l'objet de frappes aériennes qui les ont laissés jonchés de bombes non explosées, d'obus et d'autres munitions.
Soulignant que l'élimination des restes du programme chimique syrien est une « responsabilité nationale », le représentant syrien a assuré que « malgré les défis actuels », son gouvernement continue de collaborer avec le Secrétariat technique de l'OIAC, comme l'atteste la création d'un groupe de travail national.
Cependant, alors que la guerre fait de nouveau rage au Moyen-Orient, comme l'a déploré la France, M. Ebo a indiqué que les visites du Secrétariat ont été suspendues en raison du conflit dans la région. Dans ce contexte, le délégué de Bahreïn a appelé à débarrasser le Moyen-Orient de toutes les armes de destruction massive, tandis que la Chine a demandé qu'elles ne tombent pas entre les mains des groupes terroristes en Syrie. De son côté, la Türkiye a mis en garde contre tout acte d'agression extérieure susceptible de compromettre un processus de démantèlement déjà complexe, en citant les agissements d'Israël.
Si les intervenants, à l'instar de la Türkiye et de M. Ebo, ont dans leur ensemble salué le professionnalisme du travail de l'OIAC, une note dissonante est venue de la Fédération de Russie. Cette délégation a regretté que les activités du Secrétariat technique de l'OIAC en Syrie continuent d'être axées sur un seul objectif: rechercher les éléments « cachés » du programme chimique militaire de la Syrie en vue d'accuser l'ancien gouvernement de crimes.
À part des chiffres retentissants sur les soi-disant « fautes » commises par le Gouvernement de Bachar el-Assad, le Secrétariat technique ne fournit ni preuves ni éléments permettant de corroborer les accusations, a tranché la représentante russe. Elle a pointé l'incapacité de l'OIAC à accomplir son travail de manière qualitative, ainsi que la réticence de son secrétariat technique à corriger la méthodologie qu'il utilise. « Tant que ces défis ne seront pas relevés, il sera impossible de tourner cette page de l'histoire syrienne ».