UNOG - United Nations Office at Geneva

03/25/2026 | News release | Distributed by Public on 03/25/2026 15:23

L’ONU réclame des réparations pour les « torts historiques » de l’esclavage

Des applaudissements ont éclaté dans la salle de l'Assemblée générale des Nations Unies, mercredi, alors que les États membres adoptaient une résolution qualifiant la traite transatlantique des esclaves de crime le plus grave contre l'humanité.
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La résolution, portée par le Ghana, a recueilli 123 voix pour. Trois pays - l'Argentine, Israël et les États-Unis - ont voté contre, et 52 se sont abstenus.

« Aujourd'hui, nous nous rassemblons dans une solidarité solennelle pour affirmer la vérité et ouvrir la voie à la guérison et à la justice réparatrice », a déclaré le président du Ghana, John Dramani Mahama, s'exprimant avant le vote au nom du Groupe africain, fort de ses 54 membres - le plus vaste bloc régional au sein des Nations Unies.

Volés, enchaînés, déportés

Pendant plus de 400 ans, des millions d'êtres humains ont été arrachés à l'Afrique, mis aux fers et déportés vers le Nouveau Monde pour y trimer dans les champs de coton ainsi que dans les plantations de canne à sucre et de café, sous une chaleur accablante et le claquement du fouet.

Dépouillés de leur humanité fondamentale et même de leurs propres noms, ils furent contraints d'endurer des générations d'exploitation, dont les répercussions se font encore sentir aujourd'hui, notamment sous la forme d'un racisme anti-Noirs et d'une discrimination persistants.

La résolution souligne que « la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains constituent les plus graves crimes contre l'humanité, en raison de la rupture décisive qu'ils ont provoquée dans l'histoire mondiale, de leur ampleur, de leur durée, de leur caractère systémique, de leur brutalité et de leurs conséquences durables, qui continuent d'influer sur la vie de tous les peuples à travers des systèmes racialisés de travail, de propriété et de capital ».

UN News/Elizabeth Scaffidi
Un mémorial de l'esclavage à Stone Town, à Zanzibar, en Tanzanie.

Réparer les torts, soutenir les réparations

Le texte affirme l'importance de remédier aux torts historiques subis par les Africains et les personnes d'ascendance africaine de sorte à contribuer à la justice, aux droits de l'homme, à la dignité et à l'apaisement, et souligne que les demandes de réparations sont un pas concret vers la réparation de ces torts.

Le texte était « hautement problématique à d'innombrables égards », a déclaré l'ambassadeur Dan Negrea, représentant des États-Unis auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC), avant le vote.

Il a déploré que Washington « doive une fois de plus rappeler à cette instance que les Nations Unies existent pour maintenir la paix et la sécurité internationales » et qu'elles « n'ont pas été fondées pour promouvoir des intérêts et des programmes étroits et spécifiques, pour instituer des Journées internationales thématiques, ou pour créer de nouveaux mandats coûteux en matière de réunions et de rapports ».

En outre, les États-Unis « ne reconnaissent aucun droit légal à des réparations pour des torts historiques qui n'étaient pas illégaux au regard du droit international au moment où ils se sont produits ».

Photo de l'ONU/Manuel Elías
Annalena Baerbock, présidente de l'Assemblée générale, s'adresse à l'Assemblée générale des Nations unies à l'occasion de la Journée internationale du souvenir des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves.

Une grave violation des droits de l'homme

Les horreurs de l'esclavage ont résonné dans la salle de l'Assemblée générale alors que les États Membres commémoraient la Journée internationale de commémoration des victimes de l'esclavage.

« La traite des esclaves et l'esclavage figurent parmi les violations des droits de l'homme les plus graves de l'histoire de l'humanité - un affront aux principes mêmes consacrés par la Charte de nos Nations Unies et la Déclaration universelle des droits de l'homme, nées elles-mêmes, en partie, de ces injustices du passé », a déclaré la Présidente de l'Assemblée générale, Annalena Baerbock.

Les pays d'où furent arrachés les Africains réduits en esclavage ont également été « vidés de leur substance », ayant perdu des générations entières qui auraient potentiellement pu les aider à prospérer.

« Il s'agissait, pour reprendre des termes plus froids, d'une extraction massive de ressources », a-t-elle affirmé.

Lever les obstacles persistants

Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a appelé à s'attaquer aux héritages durables de l'esclavage, à savoir l'inégalité et le racisme.

« Nous devons désormais lever les obstacles persistants qui empêchent tant de personnes d'ascendance africaine d'exercer leurs droits et de réaliser leur potentiel », a-t-il déclaré.

« Nous devons nous engager - pleinement et sans hésitation - en faveur des droits de l'homme, de l'égalité et de la dignité inhérente à chaque personne ».

À cet égard, la deuxième Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine et la Décennie des réparations de l'Union africaine revêtent une importance capitale, a-t-il estimé.

Photo de l'ONU/Manuel Elías
Le Secrétaire général António Guterres s'adresse à l'Assemblée générale des Nations Unies à l'occasion de la Journée internationale du souvenir des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves.

Respecter les pays africains

Le chef de l'ONU a exhorté les pays à s'en servir pour stimuler l'action visant à éradiquer le racisme systémique, à garantir une justice réparatrice et à accélérer un développement inclusif, caractérisé par un accès égal à l'éducation, à la santé, à l'emploi, au logement et à un environnement sûr.

« Mais des actions bien plus audacieuses - de la part d'un nombre bien plus important d'États - sont nécessaires », a-t-il ajouté.

« Cela implique des engagements à respecter la pleine maîtrise qu'exercent les pays africains sur leurs propres ressources naturelles. Ainsi que des mesures pour garantir leur participation et leur influence, sur un pied d'égalité, au sein de l'architecture financière mondiale et du Conseil de sécurité des Nations Unies ».

Pas de paix sans justice réparatrice

La première Poète lauréate de la Barbade, Esther Philips, a lu un extrait de l'une de ses œuvres mettant en scène une jeune fille qui déambule sur le site d'une ancienne plantation de canne à sucre, sans en saisir la portée historique, sous le regard de ses ancêtres qui y sont inhumés.

« Les esprits des victimes de l'esclavage sont présents dans cette salle en cet instant même, et ils n'attendent qu'un seul mot : justice », a déclaré Mme Philips aux délégués.

« Car pour eux, comme pour le monde, il ne saurait y avoir de paix sans justice - une justice réparatrice - et cet appel ne trouve écho que lorsque les mots se transforment en actes. La question est la suivante : qu'allez-vous faire ? »

UNOG - United Nations Office at Geneva published this content on March 25, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on March 25, 2026 at 21:23 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]