07/13/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/13/2026 16:25
Le Conseil de sécurité s'est réuni, cet après-midi, en urgence à la demande du Gouvernement du Yémen après que l'Iran a fait atterrir à Sanaa, le 3 juillet, puis à Hodeïda le 13 juillet, des aéronefs en violation du droit international. Les intervenants ont appelé à la désescalade dans un contexte régional marqué par une reprise des hostilités entre l'Iran et les États-Unis. La situation humanitaire critique a également été au cœur des débats.
M. Mohamed Khaled Khiari, Sous-Secrétaire général pour le Moyen-Orient, l'Europe, les Amériques, l'Asie et le Pacifique, a précisé que le 3 juillet un aéronef iranien a transporté depuis le Yémen une délégation houthiste pour assister aux funérailles du Guide suprême iranien. Un autre aéronef iranien s'est posé le 13 juillet à Hodeïda, à la suite de frappes imputées par les houthistes à l'Arabie saoudite contre l'aéroport de Sanaa pour empêcher que cet aéronef n'y atterrisse.
Les houthistes ont alors annoncé la fin de la désescalade et procédé à des frappes contre l'Arabie saoudite, frappes qui ont été interceptées. Le Gouvernement du Yémen avait précédemment mis en garde l'Iran contre les vols non autorisés à destination du Yémen et s'était engagé à prendre toutes les mesures nécessaires, a déclaré M. Khiari. L'Iran a porté atteinte à la souveraineté du Yémen et violé le droit international, a déclaré la France.
« En soutenant les houthistes, Téhéran fait peser une menace sur la paix et la sécurité internationales et viole les résolutions de ce Conseil en manquant à ses obligations au titre de l'embargo sur les armes institué par la résolution 2216 (2015) et étendu aux houthistes en tant qu'entité par la résolution 2624 (2022). » La France a dit attendre de l'Iran qu'il se conforme pleinement à ses obligations et mette un terme à tout transfert d'équipements militaires au profit des houthistes.
Même son de cloche du côté des États-Unis qui ont indiqué que ces aéronefs transportaient également des drones, en violation de l'embargo sur les armes. « Si elles étaient confirmées, les informations selon lesquelles ces vols auraient transporté du personnel militaire, des experts techniques et des équipements destinés à renforcer les capacités militaires des houthistes susciteraient de graves inquiétudes », a déclaré le Royaume-Uni.
Le Yémen n'a pas sollicité cette séance uniquement pour discuter de l'incident d'un vol non autorisé effectué par un État Membre des Nations Unies, mais parce que cet événement constitue un précédent extrêmement dangereux, a déclaré le délégué de ce pays. Il a, lui aussi, déclaré que l'utilisation de l'aéroport de Sanaa, qui échappe au contrôle du Gouvernement yéménite légitime, pour accueillir des vols non autorisés, viole la souveraineté du Yémen.
Il a précisé que le vol du 13 juillet était lié au transfert de personnel, d'expertise et de matériel à caractère militaire ou à double usage. La compagnie aérienne exploitant le vol, Mahan Air, n'est en effet pas une compagnie civile ordinaire. « Ces dernières années, son nom a été associé à la fourniture d'un soutien logistique au Corps des gardiens de la révolution islamique, et elle a fait l'objet de sanctions de certains pays. » Les États-Unis ont estimé que les houthistes font montre d'une sophistication militaire croissante grâce au soutien iranien.
M. Khiari, appuyé par la plupart des délégations, a exhorté les houthistes à s'abstenir de toute nouvelle escalade et les a encouragés à privilégier le dialogue. « Il est impératif de reconnaître que la seule voie vers la paix et la stabilité au Yémen passe par un dialogue direct et franc entre toutes les principales forces politiques du pays, y compris les houthistes, dans le respect des intérêts légitimes de chacune », a jugé la Fédération de Russie.
La désescalade serait favorisée par un apaisement des tensions régionales, a tranché M. Khiari, en se disant préoccupé par la reprise des hostilités. Dans ce droit fil, la Somalie, au nom des A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie), a appelé à préserver le Yémen des tensions régionales et mis en garde contre toute ingérence extérieure. La France a fustigé le comportement déstabilisateur de l'Iran dans la région, comme illustré par la reprise des affrontements dans le golfe Persique depuis le 7 juillet et l'annonce de la fermeture du détroit d'Ormouz.
« L'Iran ne ménage aucun effort pour attiser les tensions dans la région, notamment par ses attaques répétées contre les pays du Conseil de coopération du Golfe et la Jordanie, et par le maintien du blocage du détroit d'Ormouz, voie de navigation essentielle, en violation flagrante de la Charte des Nations Unies, du droit international et des résolutions de l'ONU », a accusé la délégation de Bahreïn.
La déléguée des États-Unis a dénoncé les tirs de l'Iran contre des navires commerciaux, un pétrolier du Qatar ayant pris feu. Les attaques iraniennes sapent le mémorandum d'accord entre les deux pays, selon elle. « Si l'Iran attaque des navires, nous répondrons car il s'agit de défense », a dit la délégation, en ajoutant que cette défense n'est pas un engagement rhétorique. « Elle est suivie d'actes. »
Jugeant elle aussi que la situation du Yémen est liée à celle de tout le Moyen-Orient, la Chine a exhorté les États-Unis et l'Iran à mettre en œuvre de bonne foi ledit mémorandum. « Il faut faire le choix des négociations pour régler les différends », a déclaré la Chine, en demandant que la navigation par le détroit d'Ormouz soit garantie. Le Pakistan a également appelé les parties concernées à régler leurs différends par le dialogue et la diplomatie.
M. Indrika Ratwatte, Sous-Secrétaire général par intérim aux affaires humanitaires, a fait un point sur la situation humanitaire dans le pays. Il a relevé que « la crise humanitaire s'aggrave alors même que notre capacité d'intervention a été considérablement réduite ». Le pays est confronté simultanément à de multiples chocs: l'aggravation de l'insécurité alimentaire, les répercussions attendues du phénomène El Niño sur la production agricole et les moyens de subsistance, ainsi qu'une baisse sans précédent du financement humanitaire.
Plus de 18 millions de personnes au Yémen souffrent de la faim, nombre d'entre elles étant en situation d'insécurité alimentaire aiguë, a-t-il poursuivi. « C'est le pays qui compte la plus grande population confrontée à des niveaux d'insécurité alimentaire dits 'd'urgence' ». La malnutrition continue de menacer la vie de millions d'enfants ainsi que celle des femmes enceintes et allaitantes, a-t-il déploré.
La Somalie a qualifié la situation humanitaire « d'alarmante », tandis que la Russie a plaidé pour la levée des restrictions sur l'acheminement des articles humanitaires essentiels. M. Ratwatte a surtout mis en garde contre une nouvelle escalade -que ce soit au Yémen ou dans l'ensemble de la région- qui pourrait avoir des conséquences humanitaires immédiates et désastreuses. « La population yéménite ne peut tout simplement pas supporter un nouveau choc. »