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09/07/2026 | News release | Distributed by Public on 09/07/2026 10:13

À la Fabrique de la diplomatie, climat et développement au défi du réel

À la Fabrique de la diplomatie, climat et développement au défi du réel

Publié le 7 septembre 2026

Elena Scappaticci / AFD

Les 4 et 5 septembre 2026, le groupe AFD participait à Paris à la deuxième édition de la Fabrique de la diplomatie, organisée par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, qui vise à rendre plus lisibles l'action et la politique étrangère de la France. L'une des conférences posait une question volontairement provocatrice : « Climat ou développement : le dilemme énergétique ? ». Une conviction commune en est ressortie : loin de s'opposer, climat et développement sont désormais indissociables.

La foule se presse devant l'amphithéâtre de la Sorbonne Nouvelle, bientôt rempli d'un public particulièrement jeune, à l'occasion de la Fabrique de la diplomatie. Parmi eux, trois Camerounais, étudiants en relations internationales à Paris, sont venus écouter ce que diplomates, militants et acteurs du développement ont à dire sur le réchauffement climatique.

L'un d'eux, déjà sensible aux questions écologiques, explique que cet épisode a « encore accentué [sa] conviction » : « si on arrive à un niveau où on a de plus en plus de périodes qui sont comme ça, ce sera difficile de vivre ». Dans l'amphithéâtre, c'est de l'irruption très concrète du climat dans les trajectoires de développement qu'il sera question pendant une heure.

Climat ou développement : faut-il vraiment choisir ?

À la tribune, trois profils différents sont réunis pour tenter de dénouer ce qui ressemble, au premier abord, à une contradiction : Nisreen Elsaim, militante soudanaise pour le climat et lauréate de l'Initiative Marianne ; François Grünewald, du Groupe URD, spécialiste de l'évaluation et de la recherche opérationnelle dans les contextes de crise ; et Laurent Biddiscombe, directeur exécutif Solutions Développement Durable de l'Agence française de développement.

En ouverture, Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l'étranger, revient d'un déplacement dans les îles du Pacifique, où la vulnérabilité des Tuvalu face à la montée des eaux donne au dilemme posé par la conférence une dimension très concrète. Sa réponse est sans ambiguïté : en matière de climat et de développement, « on ne peut pas faire l'un sans l'autre ».

Reste à savoir comment. Car derrière cette convergence de principe se cachent des réalités très différentes, à commencer par celle du Soudan, confronté à une crise humanitaire majeure et dont part Nisreen Elsaim pour rappeler la nécessité de réduire les émissions tout en investissant dans des infrastructures capables d'absorber les chocs climatiques. Avec une formule qui frappe l'amphithéâtre, la jeune militante explique se sentir déjà comme « une mauvaise ancêtre » et plaide notamment pour les « solutions fondées sur la nature » (des solutions qui s'appuient sur les écosystèmes pour répondre aux défis climatiques) - invitant à renouer avec certains savoirs anciens et une manière de construire davantage adaptée aux écosystèmes et moins coûteuses en CO₂.

François Grünewald ramène lui aussi le débat au terrain, évoquant notamment le cas d'une ville colombienne détruite dans la cordillère où, plutôt que de bétonner les rives, leur stabilisation grâce à des arbres a permis de privilégier une solution fondée sur la nature tout en créant de l'emploi local. Un arbitrage qui, souligne-t-il, n'a d'ailleurs rien d'exotique : dans la Drôme, les mêmes débats existent. Peu à peu, malgré la diversité des expériences et des profils réunis sur scène, les ponts se créent : le climat n'est plus une contrainte supplémentaire qui viendrait s'ajouter aux impératifs du développement, mais une donnée qui en transforme désormais les conditions mêmes.

Le défi du financement

Reste une difficulté de taille : financer cette transformation. Car, comme le rappelle Laurent Biddiscombe, l'adaptation aux effets du changement climatique et la transformation des systèmes énergétiques exigent des investissements considérables, précisément dans des pays qui ne disposent pas toujours des marges de manœuvre nécessaires.

Le Sénégal, le Maroc et le Kenya permettent d'en saisir les principaux blocages. Dans le premier, la crise de la dette réduit les capacités d'emprunt alors même que le pays s'est engagé dans un Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP - Just Energy Transition Partnership) - un mécanisme de coopération internationale destiné à aider certains pays émergents et en développement à sortir progressivement des énergies fossiles. Dans le deuxième, les trajectoires étudiées supposent douze à quinze années d'investissements très élevés pour passer aux énergies durables. Au Kenya, enfin, le coût du crédit pour financer une centrale solaire peut atteindre 9 à 10 %, contre 4 à 6 % en France. En d'autres termes, les pays qui doivent investir massivement dans leur transition sont parfois ceux pour lesquels lever les capitaux nécessaires coûte le plus cher.

C'est ici que le rôle d'une banque publique de développement comme l'AFD prend tout son sens. Il ne s'agit pas seulement de financer des infrastructures moins émettrices, mais d'accompagner des trajectoires de développement capables de résister aux effets déjà présents du dérèglement climatique. Laurent Biddiscombe rappelle que les solutions ne peuvent pas se construire uniquement entre bailleurs et États : elles se jouent également sur le terrain, avec les entreprises, les banques, les consommateurs et la société civile.

En Afrique du Sud, par exemple, sortir progressivement du charbon implique d'accompagner la reconversion des travailleurs des mines, preuve que la transition énergétique est aussi une transition sociale.

Les outils financiers doivent eux-mêmes évoluer : alors que les dons se raréfient, Laurent Biddiscombe insiste sur la nécessité de mieux les cibler et évoque de nouveaux mécanismes, comme les debt swaps, des mécanismes de conversion de dette permettant de dégager des ressources pour financer des projets climatiques.

Du Kenya à la France, une même équation

Au fil de l'échange, le dilemme annoncé dans le titre de la conférence s'efface. Malgré leurs approches différentes, les trois intervenants aboutissent au même constat : on ne peut plus penser le développement sans prendre en compte le changement climatique, au risque de voir ses effets réduire à néant les progrès accomplis. C'est la conclusion de Laurent Biddiscombe : « Opposer le climat et le développement est un contresens : si nous n'intégrons pas l'urgence climatique, c'est le développement lui-même qui est compromis. » La canicule évoquée avant l'ouverture de l'amphithéâtre fait écho aux situations discutées sur scène et renverse finalement la question posée une heure plus tôt : non plus climat ou développement, mais quel développement dans un monde en surchauffe ?

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