04/22/2026 | News release | Archived content
KAPCHORWA, Ouganda - « En tant que femme coach, les filles me font confiance », déclare Zuena Cheptoek, coach d'athlétisme dans la ville de Kapchorwa, dans l'est de l'Ouganda. « Elles me confient des choses qu'elles ne peuvent dire à personne d'autre, sur la pression à subir des mutilations génitales féminines, sur les injonctions qu'elles reçoivent à abandonner l'école, sur des relations qui les font se sentir en danger. »
Les mutilations génitales féminines constituent une grave violation des droits humains ainsi qu'une préoccupation de santé publique dans certaines régions d'Ouganda, en particulier celles qui sont rurales et isolées. Mme Cheptoek travaille avec des jeunes filles des communautés sebei, qui font face à des normes de genre biaisées et très ancrées, un facteur qui explique des taux élevés de mutilations génitales féminines et de mariage d'enfants.
« Cette mentalité minimise leur potentiel social, intellectuel et culturel. Le sport nous permet de remettre cela en question. »
Les mutilations génitales féminines sont souvent la première étape vers le mariage d'enfants et l'abandon de scolarité, des faits sociaux étroitement liés à la pauvreté. Les jeunes filles pauvres sont plus susceptibles de subir ces conséquences néfastes, qui perpétuent à leur tour le cycle d'appauvrissement. Toutefois, pour la plupart des filles, y résister a un coût personnel très élevé : on les accuse de tourner le dos à la tradition, ce qui les éloigne de leurs communautés et les expose même à la violence et aux abus.
Le changement prend cependant forme dans les établissements scolaires, grâce à la détermination de femmes qui redéfinissent ce qui est possible.
Mme Cheptoek travaille avec la Joshua Cheptegei Development Foundation, par l'intermédiaire du Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l'élimination des mutilations génitales féminines. Le but est d'utiliser le sport comme point de départ pour faire changer les sociétés, en travaillant avec des enfants, des adolescent·e·s et des jeunes, en particulier des filles, qui sont souvent mises à l'écart des opportunités dans les communautés sebei.
Le sport peut constituer un outil puissant pour faire progresser l'égalité des genres et l'autonomisation des femmes. © UNFPA OugandaChaque année, pour Noël, une course rassemble garçons et filles de toutes les communautés sebei, mais cet événement va bien au-delà de l'athlétisme. Avant la course proprement dite, la Fondation organise des discussions avec les membres des communautés locales (parents, leaders culturel·le·s, écoles et parties prenantes régionales) en utilisant le théâtre et l'engagement des pair·e·s pour ouvrir des débats autour des mutilations génitales féminines et du mariage d'enfants.
« Sans sport et sans scolarité, la plupart d'entre elles seraient déjà mariées ou déscolarisées » - Zuena Cheptoek
Dans ces courses, 12 filles sont sélectionnées pour des bourses d'éducation (offertes par des sponsors) qui leur permettent de s'inscrire à l'école élémentaire. Un partenariat a également été mis en place avec les collèges locaux, où la plupart des élèves de moins de 16 ans ont participé aux courses de Noël par le passé.
« La plupart de ces filles viennent de communautés où les mutilations génitales féminines sont encore pratiquées », explique Mme Cheptoek. « Sans sport et sans scolarité, la plupart d'entre elles seraient déjà mariées ou déscolarisées. »
Pourtant, voir les jeunes filles réussir en athlétisme et à l'école a commencé à faire évoluer les comportements. « Une partie des parents constate désormais que l'athlétisme peut transformer non seulement une jeune fille, mais toute la communauté », ajoute Mme Cheptoek. « En courant, ces filles s'éloignent des pratiques néfastes et se rapprochent d'un avenir qu'elles auront elles-mêmes choisi. »
Le sport n'est qu'une partie de leur parcours : le lieu d'entraînement sert aussi d'espace sûr où les jeunes filles peuvent apprendre, poser des questions et construire leur confiance en elles, à l'écart de la pression et des normes sociales.
En tant que coach, Mme Cheptoek propose aussi des conseils adaptés à l'âge en matière de santé sexuelle et reproductive, ainsi qu'une orientation en ce qui concerne la sécurité personnelle et le soutien psychosocial. Elle aide les jeunes filles à gérer les difficultés associées à la visibilité et au succès, en particulier dans une société où l'indépendance féminine est toujours contestée.
« Aucune femme ne devrait être punie parce qu'elle tente de réaliser son potentiel » - Zuena Cheptoek
« Les filles qui réussissent en tant qu'athlètes s'entendent souvent dire "Tu devrais arrêter la course et te marier" », souligne-t-elle. « Mais l'indépendance financière et l'éducation leur donnent le choix. »
La coach est très vigilante sur la question de la violence basée sur le genre, et discute ouvertement de ce qu'est une relation saine, du consentement et des signes d'alerte en matière de violences. Malheureusement, ces conversations ont été rendues très urgentes par des tragédies récentes telles que le meurtre de Rebecca Cheptegei, coureuse de fond ougandaise, morte des suites d'une agression par son ex-partenaire en 2024, après une dispute au sujet d'une propriété.
« Nous parlons de sécurité, car nous ne voulons plus perdre d'autres femmes », affirme Mme Cheptoek. « Les athlètes féminines sont de plus en plus vulnérables, car elles remettent en question les rôles traditionnels de genre, mais aucune femme ne devrait être punie parce qu'elle tente de réaliser son potentiel. »
« La mort de Rebecca nous a rappelé que le succès expose les femmes au danger », poursuit-elle. « Les athlètes féminines sont aujourd'hui plus indépendantes financièrement et socialement, ce qui peut déclencher des violences dans une société qui croit encore que la place d'une femme est à la cuisine et auprès des enfants. »
La prévention précoce et le soutien psychosocial sont essentiels dans la lutte contre la violence basée sur le genre : Mme Cheptoek ouvre ainsi des discussions sur le pouvoir, le contrôle et les signes qui doivent alerter, afin que les athlètes aient conscience de leurs droits et sachent où trouver de l'aide.
« Le sport doit offrir de la liberté aux filles, et non mettre leur vie en danger. »
Les initiatives et événements sportifs peuvent aussi ouvrir le dialogue sur l'importance de l'élimination des mutilations génitales féminines, de la promotion des droits et de la santé sexuelle et reproductive, et du renforcement de l'égalité des genres. L'UNFPA travaille en collaboration avec des partenaires nationaux et communautaires en Ouganda pour mobiliser les communautés par le sport, permettant ainsi de sensibiliser des centaines de jeunes, de parents et de leaders locales et locaux au sein d'espaces inclusifs et rassurants.