08/06/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/06/2026 15:30
Estimant, ce matin devant le Conseil de sécurité, que les conditions préalables à la tenue d'élections crédibles, pacifiques et inclusives ne sont pas encore réunies au Soudan du Sud, la majorité des délégations a suivi l'appel de la Représentante spéciale en invitant les parties sud-soudanaises au dialogue afin de garder en vie l'Accord revitalisé sur le règlement du conflit dans ce pays.
Alors que le Gouvernement a annoncé la tenue des élections générales le 22 décembre prochain, la Représentante spéciale et Cheffe de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a en effet appelé « les acteurs politiques à retourner au dialogue afin de reconstruire la confiance, réduire les tensions et générer le consensus ». Dans cette perspective, Mme Anita Kiki Gbeho a insisté pour que « la voix des partis politiques, de la société civile, des acteurs confessionnels, des femmes, jeunes et d'autres parties prenantes soit entendue ».
Des inquiétudes ont également fusé au sujet d'une situation politico-sécuritaire tendue avec la détention du Premier Vice-Président, M. Riek Machar, ainsi que les hostilités soutenues entre l'Armée populaire de libération du Soudan dans l'opposition (APLS dans l'opposition), dont il est issu, et les Forces sud-soudanaises de défense du peuple (SSPDF), ainsi que des affrontements impliquant d'autres groupes d'opposition et groupes armés affiliés. Les violences intercommunautaires et celles liées aux ressources se poursuivent parallèlement aux conflits à motivation politique.
Le 22 juin, la Commission électorale nationale du Soudan du Sud a annoncé que les premières élections générales du pays depuis l'indépendance, qui ont été reportées à plusieurs reprises, se tiendraient le 22 décembre. Cette annonce intervient dans un contexte d'inquiétudes persistantes quant au fait que plusieurs critères clefs de l'Accord revitalisé, notamment l'inscription des électeurs, l'éducation civique, les dispositions en matière de sécurité électorale et un recensement national, restent en suspens.
Pour la Représentante spéciale, il est nécessaire de procéder à une évaluation objective et réaliste des conditions nécessaires pour tenir des élections. Elle a salué la mission future de l'Union africaine à cet effet, réitérant qu'une telle évaluation doit être suivies d'efforts collectifs pour gérer les importants défis politiques, sécuritaires et institutionnels identifiés par les parties sud-soudanaises et les partenaires régionaux.
« Les conditions nécessaires pourront-elles être réunies à temps? » Peu de délégations ont marqué leur optimisme sur la question. À ce propos, Mme Gbeho a signalé que la confiance entre les principales parties prenantes reste très délicate, tout en soulignant que si elles sont bien organisées, les élections peuvent ouvrir une voie vers la paix plutôt que de générer de nouvelles tensions.
Même son de cloche pour les trois membres africains du Conseil, les A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie), qui appellent les signataires de l'Accord revitalisé à faire preuve de volonté politique et à mener un dialogue inclusif en vue des élections de décembre. « Des élections crédibles doivent consolider la paix plutôt qu'aggraver les divisions politiques », a souligné la délégation somalienne, qui s'exprimait en leur nom.
« Si le peuple sud-soudanais doit pouvoir choisir ses représentants et exiger d'eux qu'ils rendent des comptes, les élections doivent être crédibles, pacifiques et inclusives, sous peine de provoquer un retour au conflit », a renchéri le Royaume-Uni, appuyé par la France. Selon la délégation britannique, « une élection à laquelle les principaux partis ne pourraient pas participer librement ne servirait ni la démocratie ni la paix ».
Si les élections ont lieu, nous attendons des dirigeants qu'ils garantissent un climat pacifique et qu'ils les financent à l'aide des ressources publiques nationales, a souligné pour sa part la délégation des États-Unis, qui a, du reste, fait observer que le dialogue sera impossible tant que le chef du deuxième parti signataire de l'Accord de paix de 2018 reste assigné à résidence et sous le coup de poursuites judiciaires.
Le Soudan du Sud a assuré que les défis liés aux élections de décembre peuvent être surmontés. « Notre détermination à laisser le peuple sud-soudanais choisir ses dirigeants n'a jamais été aussi forte », a déclaré le délégué du pays, appelant à la poursuite des efforts nationaux et à la coopération avec les partenaires régionaux et internationaux de son pays.
« Les principaux obstacles sont bien connus: l'insécurité persistante causée par des groupes armés, les contraintes économiques sévères exacerbées par le régime de sanctions, et la nécessité d'une plus grande clarté quant aux critères de levée de ces mesures. »
En outre, il a soutenu que la condition sine qua non pour la tenue d'élections est l'existence d'un fichier électoral crédible, rappelant que le référendum sur l'indépendance a démontré qu'il est possible d'exercer un choix démocratique sans qu'un recensement préalable spécifique à cette fin ne soit immédiatement requis.
Préoccupé par la menace que feraient peser sur la paix régionale et internationale un effondrement potentiel de l'Accord revitalisé, le Président de la Commission mixte de suivi et d'évaluation reconstituée a exhorté le Conseil de sécurité à continuer de soutenir sa mise en œuvre intégrale en tant que seul cadre viable pour une paix durable au Soudan du Sud.
Le général de division George Aggrey Owinow a en effet fait état d'une mise en œuvre « partielle et incohérente » du cessez-le-feu, les principaux mécanismes de sécurité n'étant toujours pas opérationnels. Les progrès dans ce domaine ont été considérablement freinés par l'impasse politique et sécuritaire qui dure depuis mars 2025, dans un contexte humanitaire et économique difficile.
Cette impasse a nui à l'application de dispositions clefs de l'Accord, notamment celles relatives à la gouvernance et à la sécurité, et a érodé la confiance dans le processus de paix, a-t-il déploré.
Pointé du doigt par plusieurs délégations face aux modifications apportées à l'Accord revitalisé par le Gouvernement, le délégué du Soudan du Sud a argué que ces récents ajustements n'avait pas été effectués unilatéralement. « Ces mesures ont été prises dans le cadre de l'Accord afin de faire avancer sa mise en œuvre après de longs retards ».
Pour la Fédération de Russie, il convient de laisser à Djouba le soin de déterminer le calendrier des différentes dispositions de l'Accord. Et le pays a un besoin urgent d'une assistance concrète, et non de critiques, surtout dans un contexte marqué par des difficultés économiques. La Chine a aussi estimé que la communauté internationale doit promouvoir la paix et la stabilité et investir davantage dans l'aide au développement et l'humanitaire.
Il est vrai que la situation humanitaire demeure préoccupante avec environ 420 000 déplacés depuis le début de l'année, notamment dans l'État de Jongleï. Le pays a également accueilli pas moins de 1,4 millions de réfugiés ayant fui le Soudan voisin, ce qui place une pression supplémentaire sur les capacités nationales et les services humanitaires, a signalé la Représentante spéciale, qui a marqué son inquiétude face aux confrontations en cours entre les Forces sud-soudanaises de défense du peuple et l'APLS dans l'opposition , particulièrement dans l'État de Jongleï et d'autres comme ceux du Haut-Nil, de l'Unité et, dans une moindre mesure, de Bahr el-Ghazal.
Présidente du South Sudan Women's Empowerment Network, Mme Lilian Riziq, a signalé que, plus de 10 ans après l'indépendance, les femmes continuent de faire face à trois menaces conjuguées: l'insécurité physique, la précarité économique et l'exclusion politique.
De même, la violence fondée sur le genre reste omniprésente. Et les violences sexuelles liées aux conflits continuent d'être utilisées comme arme de terreur, a-t-elle dénoncé.
« Or, la protection des femmes et des filles est indissociable de la transition politique plus large au Soudan du Sud », a souligné l'intervenante, exhortant à garantir la participation pleine, égale, significative et sûre des femmes sud-soudanaises au processus d'élaboration de la constitution, à la justice transitionnelle et à toutes les décisions politiques.
« Il ne peut y avoir de paix durable sans la participation pleine, égale, significative et sûre des femmes », a renchéri le Panama, qui a annoncé avoir participé, ce matin, avec d'autres membres du Conseil, à une déclaration commune des signataires des engagements communs sur les femmes, la paix et la sécurité.
S'agissant des allégations de violence contenues dans le rapport du Secrétaire général, la délégation sud-soudanaise a par ailleurs soutenu que lorsque la MINUSS a été dissuadée de se rendre dans certaines zones, ces mesures visaient à la soutenir et à garantir la sécurité de son personnel et de son matériel. « Quant aux incidents survenant dans les zones contrôlées par des groupes armés d'opposition, ils ne peuvent être imputés sans nuance au Gouvernement du Soudan du Sud ».