08/26/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/27/2026 02:45
La loi canadienne sur l'information en ligne risque d'être la victime des négociations commerciales houleuses entre Washington et Ottawa. Les États-Unis auraient en effet exprimé leurs préoccupations concernant cette loi, qui oblige les géants de la technologie agissant en tant qu'"intermédiaires d'information numérique" à rémunérer les organes de presse canadiens. Reporters sans frontières (RSF) déplore que l'administration Trump utilise les politiques relatives à l'information numérique comme levier de négociation dans les discussions sur les droits de douane et l'accès aux marchés.
Alors que les négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada ont échoué fin août, des informations parues dans des médias tels que le quotidien Toronto Star ont révélé que les négociateurs américains avaient ciblé la loi sur l'information en ligne (Online News Act), afin d'obtenir une concession de la part du Canada. Aucune des deux parties n'a confirmé les points précis à l'ordre du jour des négociations, mais le représentant américain au commerce (USTR), Jamieson Greer, a indiqué sur les réseaux sociaux que l'accord inclurait un "alignement en matière de commerce numérique". L'USTR avait déjà qualifié la loi sur l'information en ligne de source de friction. Le président Trump s'est quant à lui insurgé contre les réglementations numériques en vigueur dans d'autres pays, affirmant qu'elles "s'en prennent à nos incroyables entreprises technologiques américaines".
"Le journalisme n'est pas une monnaie d'échange. Il faut rendre hommage au Canada pour avoir cherché des solutions innovantes afin de soutenir le journalisme indépendant. Ce pays ne devrait pas avoir à choisir entre la préservation de la viabilité de son écosystème de l'information et la protection de son accès au marché américain. Les États-Unis, quant à eux, ne devraient pas se faire le porte-parole de Meta et d'Alphabet. Ces deux groupes disposent d'énormes budgets de lobbying, qu'ils ont déjà mobilisés, sans succès, pour empêcher l'adoption de la loi sur l'information en ligne, l'Online News Act. Un écosystème de l'information sain est un élément essentiel de la démocratie, et non une marchandise à négocier autour d'une table. Les négociations commerciales, c'est pour l'acier et le bois d'œuvre, pas le journalisme."
Les enjeux dépassent le cadre des relations entre les États-Unis et le Canada. Partout dans le monde, les gouvernements sont confrontés aux bouleversements économiques causés par le transfert des recettes publicitaires vers les grandes plateformes numériques et par l'érosion qui en résulte pour les modèles économiques ayant traditionnellement financé le journalisme.
Si les mesures visant à soutenir la pérennité du journalisme devenaient des enjeux dans des négociations commerciales sans rapport avec ce sujet, les petits pays seraient, en particulier, contraints d'abandonner des politiques médiatiques adoptées démocratiquement. Ils pourraient également s'exposer à des représailles économiques de la part de partenaires commerciaux plus puissants, comme les États-Unis. Cela conférerait aux partenaires commerciaux étrangers - et aux géants de la tech qui font pression sur eux - une influence considérable sur les règles régissant les écosystèmes d'information locaux.
Comment la loi canadienne a déclenché une bataille avec les géants de la tech
Le Canada a adopté sa loi sur l'information en ligne, également connue sous le nom de projet de loi C-18, en juin 2023. Ce texte visait à remédier à ce que les législateurs canadiens décrivaient comme un déséquilibre important dans le rapport de force entre les grandes plateformes numériques et les entreprises de presse. Elle établissait, en ce sens, un cadre pour les accords commerciaux entre les plateformes et les organes de presse canadiens éligibles. La loi s'est retrouvée au cœur d'un différend majeur avec Meta et Alphabet, respectivement les maisons-mères de Facebook et de Google.
En 2023, Meta a mis fin à la diffusion de contenus d'actualité sur Facebook et Instagram au Canada plutôt que de participer à ce dispositif. En conséquence, les utilisateurs et les médias canadiens se sont retrouvés, pour l'essentiel, dans l'impossibilité de consulter ou de partager des contenus d'actualité sur les plateformes de Meta. Alphabet a adopté une approche différente. L'entreprise a accepté de verser chaque année 100 millions de dollars canadiens, indexés sur l'inflation, au Canadian Journalism Collective - un organisme à but non lucratif créé pour soutenir le journalisme d'intérêt public - afin qu'ils soient redistribués aux organes de presse canadiens éligibles. Cet accord a conduit l'autorité canadienne de régulation des communications, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), à accorder à Google une dérogation de cinq ans au processus de négociation obligatoire prévu par la loi.
Le différend avec Meta n'est toujours pas résolu. En février 2026, un groupe représentant des chaînes de télévision locales indépendantes a demandé au CRTC d'obliger Meta à négocier dans le cadre de la loi sur l'information en ligne. Selon le gouvernement canadien, Meta a soutenu qu'elle n'était pas soumise à cette loi et a refusé de prendre d'autres mesures en réponse aux demandes du groupe.