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04/22/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/22/2026 17:10

Conseil de sécurité: inquiétudes face à la division de la classe politique en Libye

10142e séance - matin
CS/16346
22 avril 2026

Conseil de sécurité: inquiétudes face à la division de la classe politique en Libye

Une semaine après avoir prolongé les sanctions sur les exportations illicites de pétrole libyen, le Conseil de sécurité s'est de nouveau penché, ce matin, sur la situation en Libye, marquée par l'absence de progrès dans la mise en œuvre de la feuille de route électorale de l'ONU et la persistance de divisions et pôles de pouvoirs parallèles.

« Nous ne sommes pas au point où nous souhaiterions l'être en termes de progrès sur la feuille de route », a regretté d'emblée la Représentante spéciale du Secrétaire général, Mme Hanna Serwaa Tetteh.

Certains acteurs libyens continuent de faire fi des attentes de l'opinion publique quant à leur participation aux processus politiques ou à l'exercice d'un leadership politique fondé sur une légitimité démocratique. Et en dépit de quelques avancées, des structures parallèles ont été mises en place en dehors du cadre des accords existants, ce qui risque de limiter l'efficacité du processus de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL) visant à la réunification institutionnelle et l'établissement d'une légitimité démocratique pour le pouvoir politique.

La Représentante spéciale a aussi dit rester préoccupée par la division continue du système judiciaire libyen. La persistance de deux organes constitutionnels, deux conseils supérieurs de la magistrature parallèles, prenant des décisions unilatérales, notamment en matière de nomination et de mutation de hauts responsables judiciaires, constitue un facteur préoccupant.

Faire comme si de rien n'était dans les circonstances actuelles légitime involontairement le statu quo, au lieu de favoriser des négociations sérieuses et d'encourager les compromis nécessaires à la réunification du pays, a-t-elle prévenu.

Néanmoins, le dialogue structuré, partie intégrante de la feuille de route, a pu se poursuivre en vue de formuler des recommandations susceptibles de créer les conditions nécessaires à la tenue d'élections nationales, au renforcement des institutions étatiques et à la mise en œuvre de réformes essentielles, a indiqué Mme Tetteh, qui a précisé que ce processus doit s'achever en juin.

Mettant en garde contre le recyclage de propositions n'ayant pas fait leurs preuves, le représentant de la Libye s'est inquiété de la multiplication des solutions internationales proposées pour trouver une issue à la crise dans son pays.

« Il ne faut pas tomber dans le piège de la gestion des crises au lieu de trouver une solution à la crise » qui, a-t-il soutenu, est directement liée à des positions qui ne reflètent pas les intérêts des Libyens. Cette situation risque de provoquer des fractures internes et de mener à un conflit par procuration.

« Mettre fin aux oppositions politiques en Libye est une option qui permettrait de régler tous les autres problèmes militaires, économiques ou humanitaires », a-t-il argué.

Insistant elle aussi sur la nécessité de préserver le caractère souverain du processus politique, la Fédération de Russie a appelé les acteurs internationaux à favoriser le dialogue plutôt que les arrangements informels susceptibles d'aggraver les divisions.

Un budget national unifié qui fait l'unanimité

La dégradation continue de la situation économique en Libye a également mobilisé l'attention des délégations, la Représentante spéciale s'inquiétant de voir les richesses nationales de la Libye absorbées par une « économie politique pervertie » qui alimente des dépenses échappant à tout contrôle et instrumentalise les revenus pétroliers.

« Sans un ensemble complet et contraignant de mesures de mise en œuvre, il sera difficile de modifier la dynamique qui conduit au détournement des richesses de la nation », a signalé Mme Tetteh qui a rappelé que la Libye bénéficie d'une manne de recettes pétrolières importante, bien que potentiellement de courte durée.

Aussi a-t-elle salué la signature, le 11 avril, de l'accord pour un budget national unifié, le premier en plus de 10 ans.

Cet accord « historique » offre à la Libye l'occasion d'améliorer sa gouvernance économique, s'est félicité le Royaume-Uni, alors que les États-Unis, qui ont rappelé leur contribution au processus, y ont vu « un véritable jalon sur la voie de la stabilisation du pays ».

Le représentant de la Libye, qui a précisé que ce budget permettra d'unifier les dépenses publiques, de renforcer la transparence et de limiter les exercices parallèles, a exhorté en outre à prévenir tout abus ou manipulation des avoirs libyens gelés.

Un appel dont s'est fait l'écho la Chine qui a insisté pour que les actifs gelés du pays soient préservés. Elle a également souhaité voir les recettes issues du secteur pétrolier financer le développement du pays.

Les Libyens doivent conserver le contrôle exclusif de leur économie et de leurs ressources naturelles, notamment les hydrocarbures, a renchéri la Fédération de Russie qui a mis en garde contre toute ingérence extérieure dans la gestion de ces ressources.

Une situation sécuritaire stable mais fragile

S'agissant de la situation sécuritaire, la Représentante spéciale a fait état d'incidents localisés, notamment dans les zones frontalières du sud, et d'un regain de tension entre les acteurs de la sécurité sur fond de flux continu d'armes vers la Libye en violation de l'embargo.

Un dialogue inclusif entre les principaux acteurs militaires et de sécurité libyens est nécessaire pour instaurer la confiance et relever les défis sécuritaires en vue de l'unification des institutions militaires, a-t-elle estimé.

Comme d'autres délégations, le Danemark a plaidé pour une application stricte de l'embargo sur les armes, ajoutant qu'en l'absence d'autres mécanismes de contrôle et de conformité, l'opération militaire de l'Union européenne en Méditerranée (IRINI), dont le mandat fera l'objet de négociations en mai, joue un rôle important. La Grèce s'est d'ailleurs dite prête à travailler, en tant que coporte-plume aux côtés de la France, au renouvellement du mandat d'IRINI.

La France s'est félicitée du lancement de l'exercice militaire conjoint « FLINTLOCK 2026 », mené par les États-Unis, l'Italie et des unités libyennes de l'ouest et de l'est avec une contribution de plus de 30 pays. Cet exercice promeut la réunification des institutions militaires et de sécurité libyennes, une priorité de ce Conseil, dans l'intérêt du pays et de la région.

Par la voix de la délégation congolaise, les A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie) ont noté qu'une réunification des institutions de sécurité restera difficile à concrétiser en l'absence d'une stratégie agréée par les acteurs libyens, avant de réitérer leur exigence d'un retrait immédiat de toutes les forces étrangères, des combattants étrangers et des mercenaires.

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