Prime Minister of the French Republic

01/16/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/17/2026 18:01

Budget 2026 : Sébastien Lecornu défend un budget de compromis

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a fait un point d'étape sur le projet de loi de finances 2026, vendredi 16 janvier 2026, depuis l'hôtel de Matignon, à Paris.

Le chef du Gouvernement s'exprimait alors que les débats dédiés au projet de Budget 2026 à l'Assemblée nationale, prévus vendredi 16 janvier et lundi 19 janvier, ont été annulés, faute d'accord possible.

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Source : Gouvernement

Allocution du Premier ministre, vendredi 16 janvier 2026.

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Allocution du Premier ministre

Vendredi 16 janvier 2026

Sébastien LECORNU

Mesdames et Messieurs, permettez-moi de vous rendre compte, depuis le mois de septembre, j'ai tenu une ligne simple, faire fonctionner les institutions, respecter le Parlement avec une méthode nouvelle, assumer les responsabilités, repousser le désordre, en un mot, apaiser, remettre du calme. Cela impose de la retenue, une volonté sincère de dialogue et une forme d'exigence collective. L'Assemblée nationale ressemble aux Français peut-être encore plus aujourd'hui qu'hier. Elle est le fruit de vos choix, elle reflète nos doutes, nos désaccords, pour ne pas dire parfois nos divisions, nos inquiétudes, mais elle dit aussi quelque chose de votre exigence à ce que vos responsables politiques travaillent ensemble, s'entendent, comme dans tant d'autres démocraties, comme d'ailleurs tout un chacun doit le faire dans sa vie personnelle ou professionnelle, comme le font des milliers d'élus locaux au quotidien dans les conseils municipaux.

Pour sortir de la crise à l'automne dernier, j'ai pris un engagement clair : ne pas gouverner contre le Parlement comme si la majorité était absolue, ne pas gouverner comme avant, ne pas confisquer le débat budgétaire, ne pas utiliser le passage en force comme un réflexe, obliger les formations politiques à repartir des contraintes réelles qui pèsent sur le pays pour travailler sur le fond. Et pour tout cela, déconnecter, je l'ai dit de nombreuses reprises, l'action du Gouvernement de tout agenda électoral, à l'approche notamment de l'élection présidentielle. Cet engagement, nous l'avons tenu. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, vous le savez, a été longuement discuté, amendé, puis adopté par le Parlement. C'est un texte solide, il protège notre modèle social, il garantit l'accès aux soins, il engage des économies réelles, même si on le sait tous, elles devront être largement prolongées pour résorber le déficit trop important. Mais surtout, cet exercice unique depuis 2022 a permis de ramener du calme, de montrer que la démocratie parlementaire peut encore décider, que le travail des parlementaires peut aboutir à des choix politiques, même s'ils ne sont pas ceux d'un seul camp à la fin.

Mais la situation est, hélas, bien différente pour les discussions sur le budget de l'État après, pourtant, 350 heures de débat. Depuis Noël, celles-ci sont entravées : la Commission mixte paritaire a échoué, le Sénat n'a pas trouvé de compromis avec l'Assemblée. Au sein même de l'Assemblée nationale, certains ont choisi le blocage, en Commission des finances comme en séance. La France insoumise et le Rassemblement national, chacun à leur manière, ont bloqué ce travail et ont méthodiquement rendu le texte incohérent et donc, à la fin, invotable.

Ce n'est pas une divergence de fonds, c'est une stratégie cynique et profondément délibérée. J'avais fait le choix de laisser le pouvoir au Parlement de débattre, puis de décider jusqu'au bout de la procédure. Je regrette qu'à cause de certains, quelques-uns, cela ne soit pas possible, comme ce fut le cas avec succès en décembre dernier pour le financement de notre Sécurité sociale. Cette semaine encore, en plein milieu des discussions budgétaires, deux motions de censure ont été déposées par le RN et la France insoumise sur le traité entre l'Union européenne et le Mercosur, motion complètement déconnectée de la réalité, alors même que la France vote contre ce traité, alors même que la situation internationale exige de la visibilité, de la stabilité et du sérieux, alors même que le pays a besoin d'un budget.

Pour autant, tout ne s'est pas arrêté ces derniers jours. De longues réunions de travail ont eu lieu, elles ont permis des échanges sérieux, souvent exigeants, avec des groupes parlementaires qui soutiennent le Gouvernement, mais aussi avec des groupes qui sont clairement dans l'opposition au Gouvernement. Avec, tout simplement d'ailleurs, pour résumer les choses plus simplement, des députés et des sénateurs qui veulent tout simplement faire leur travail. C'est par ce travail précisément de fonds que nous avons pu malgré tout avancer. Et c'est ce travail qui permet aujourd'hui au Gouvernement de proposer des évolutions importantes du projet de budget pour cette année 2026.

Le budget doit dire ce que nous protégeons, ce que nous finançons, ce que nous réformons aussi. Comment nous redressons nos comptes publics ? Faisons des économies sans casser le pays, sa croissance, dans la justice et dans l'équité. Je tiens à le dire, le Gouvernement ne renoncera pas aux compromis et nous continuerons de travailler avec les groupes parlementaires qui ont eu le courage de faire passer l'intérêt général avant leurs intérêts partisans.

C'est le moment, au fond, de la grande clarification pour chaque force politique, et pour le Gouvernement de tracer de nouvelles orientations budgétaires pour éviter tout blocage.

Je n'hésite pas à dire que ce budget va être différent du budget initial. Il est meilleur, il peut rassembler et il est, je le crois, responsable. Il traduit des choix politiques, il n'obéit pas à la seule logique comptable, il conforte des engagements pour la France, il respecte le travail, les efforts et les attentes de nos concitoyens.

D'abord, pour le pouvoir d'achat des travailleurs. Je l'avais dit lors de ma déclaration de politique générale, et si le budget pour la sécurité sociale a permis de sanctuariser les droits de celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie et qui donc aujourd'hui sont à la retraite, le budget de l'État doit lui traduire une priorité claire, être du côté des travailleurs. Parce que c'est le travail qui doit augmenter le pouvoir d'achat des Français, et beaucoup de nos concitoyens qui font fonctionner notre pays, travaillent de nuit, font des heures supplémentaires et pourtant gagnent le SMIC ou un peu plus que le SMIC.

La solidarité nationale pour ces salariés des secteurs privés comme public d'ailleurs s'exprime par un complément de revenus, c'est la prime d'activité. Le budget initial envisageait d'en réduire la portée. Il faut le reconnaître, c'était une erreur. Il faut donc non seulement revenir sur cette mesure d'économie, mais nous allons aller plus loin en réformant cette prime, car il faut que le travail paie plus. Plus de 3 millions de ménages qui gagnent le SMIC ou un peu plus que le SMIC seront désormais garantis de gagner plus à la fin du mois. Ils verront leur prime d'activité augmentée en moyenne de 50 euros par mois. C'était une demande clairement formulée. Le Gouvernement s'y engage.

Au-delà de cette mesure immédiate, attendue, importante, le Gouvernement proposera dans les prochaines semaines une réforme des allocations de solidarité par la création d'une allocation sociale unifiée, protégeant mieux nos concitoyens les plus fragiles, tout en garantissant que le travail soit toujours plus rémunérateur, précisément que l'absence de travail.

Reconnaître la primauté du travail justifie également que l'impôt sur le revenu n'augmente pas. Le barème sera ainsi revalorisé pour que l'inflation ne se transforme pas en augmentation masquée de cet impôt.

Le soutien au travail, enfin, c'est la possibilité tout simplement de trouver un emploi, de conserver son emploi. Nous ne devons pas abandonner le combat contre le chômage. Nous faisons donc un choix important. Nous ne toucherons pas aux allégements de charges. Parce qu'augmenter les charges, c'est augmenter le coût du travail pour les employeurs. Et augmenter le coût du travail, c'est menacer l'emploi, et donc notre économie, et donc notre modèle social.

Pour les mêmes raisons, nous continuerons à soutenir l'apprentissage des jeunes, en particulier ceux qui travaillent dans les PME. Là aussi, c'est une demande, elle a été entendue. Le budget de compromis que nous proposons protège donc celles et ceux qui travaillent et qui produisent cette ligne de bon sens, je le crois, doit pouvoir rassembler.

Le travail permet aussi la solidarité pour les plus fragiles. Il n'y aura aucune mesure pesant sur les allocations pour les personnes en situation de handicap ou pour les allocations sur le logement, ce qu'on appelle les APL.

De même, il n'y aura pas de réforme de l'abattement de l'impôt sur le revenu pour les retraités. Ainsi, et pour définitivement peut-être tordre le cou aux mensonges de certains, il n'y aura dans ce budget aucune augmentation de la fiscalité sur les ménages, directe ou indirecte. Mais nous nous battrons contre la fraude, la suroptimisation fiscale et certains abus ou détournements de la loi. Chacun doit payer sa juste part. C'est une question de justice fiscale et l'attente des contribuables est forte. C'est un débat important pour l'avenir.

Ensuite, ce budget doit donner une priorité à la jeunesse. Les bourses étudiantes seront maintenues. Pour tous les étudiants, le repas à 1 euro au restaurant universitaire sera une réalité à compter du mois de mai. Les universités et les organismes de recherche verront également leurs moyens renforcés pour respecter les engagements de la programmation pour la recherche qui a été votée par le Parlement. Dans l'éducation nationale, 2 000 postes supplémentaires seront créés, notamment pour accueillir, et c'est une priorité, nos enfants en situation de handicap.

Troisième priorité, et elle est attendue, c'est le logement. Ce poste ampute de plus en plus le pouvoir d'achat des ménages. La construction de logements dans notre pays est insuffisante, ce qui n'est pas sans impact économique sur certaines filières comme la construction. Il faut donc des mesures d'urgence et des mesures structurelles. La construction et la rénovation de logements abordables est d'abord la responsabilité des bailleurs sociaux. Nous augmenterons donc leurs moyens de 400 millions d'euros pour qu'ils construisent plus et rénovent mieux, mais nous ne devons plus opposer investissement public et investissement privé, comme ce fut le cas malheureusement depuis trop longtemps. Il faut donc aussi relancer l'investissement locatif privé. Nous poserons ainsi les bases d'un statut du bailleur privé.

Nous maintenons par ailleurs MaPrimeRénov'. C'est un dispositif utile, efficace, mais nous lutterons davantage contre les abus et les détournements encore trop nombreux qui abîment la réputation du dispositif.

Autre priorité et vous le savez, nous en avons beaucoup parlé, c'est l'agriculture. Je confirme que les engagements pris par le Gouvernement et la ministre ces derniers jours seront tenus, et la crise que nous connaissons justifie d'ailleurs pleinement de ne pas voir les débats au Parlement s'enliser comme ce fut le cas cette semaine.

Cinquième priorité, c'est la nécessité de réaliser des économies structurelles, justes, efficaces. L'État fait des efforts, sans démagogie, et loin des idées pseudo-miraculeuses que l'on peut voir ici ou là dans la presse ou dans les débats. Mais la réalité, c'est que pour la première fois, les dépenses des ministères en euros courants seront inférieures à celles de l'année dernière. Clairement, cela sera dur et méritera un pilotage de chaque instant par les ministres.

En parallèle, une réforme de l'État et de la décentralisation que j'ai annoncée va nous permettre de nous interroger sur ce que nous attendons de l'État pour l'avenir et enfin d'interroger en profondeur l'efficacité de la dépense publique pour faire des économies, des vraies économies, non plus des rabots à l'aveugle comme malheureusement, on a pu le voir ou le connaître ces dernières décennies. Les collectivités territoriales, régions, départements, intercommunalités, mairies devront également participer à l'effort collectif, mais je l'ai dit dans des proportions acceptables.

Nous n'accepterons pas, le Gouvernement n'acceptera pas la baisse des moyens de fonctionnement des communes de près de 20 % par la DGF votée cette semaine à l'initiative du Rassemblement national. À quelques semaines des élections municipales, nos élus locaux doivent disposer des moyens d'agir et de la visibilité qui va avec. Et donc, nous serons au rendez-vous. Les travaux se poursuivent, notamment avec les différents groupes politiques au Sénat.

Ensuite, nous assumons des exceptions, des économies d'un côté, des investissements de l'autre. Plusieurs ministères voient ainsi, malgré ce contexte budgétaire difficile, leurs crédits augmenter. En premier lieu, les armées. Un effort considérable qui va permettre à notre système de défense de changer de dimension. Le Parlement a déjà approuvé par un vote à ma demande il y a quelques semaines le principe de cet effort. La situation internationale, on le voit bien, l'exige et commande de nous donner les moyens de notre autonomie et donc, de notre liberté. C'est un engagement du président de la République que j'ai d'ailleurs eu l'honneur de mettre en œuvre comme ministre des Armées. Et cet engagement sera donc bien tenu puisqu'une nouvelle loi de programmation militaire sera votée avant ce 14 juillet.

Avec la sécurité extérieure, autre préoccupation majeure, la sécurité intérieure, la police, la gendarmerie comme la justice ont besoin de crédits supplémentaires, notamment, entre autres, pour mieux lutter contre l'insécurité du quotidien, mais aussi le narcotrafic. Là encore, le Parlement a délibéré récemment.

Enfin, il en va de même pour les ministères de l'Éducation nationale ou celui de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, parce que c'est l'avenir du pays, tout simplement, qui peut être contre ?

C'est également le cas du ministère de la Transition écologique, qui a occupé largement les débats et qui verra notamment augmenter le Fonds vert, bien connu des élus locaux, des acteurs de terrain, pour engager de nouveaux projets à l'échelle locale.

C'est également le cas pour nos Outre-mer, qui constituent une priorité, vous le savez, et en particulier les mesures qui participent au soutien à la Nouvelle-Calédonie dans un contexte particulier, mais aussi à la reconstruction de Mayotte, qui seront évidemment bien mises en œuvre. Je ne veux pas être trop long, je le suis déjà, mais d'autres mesures, corrections, ajustements de ce budget seront précisés par les ministres dans les heures et les jours qui vont venir.

Pour résumer, un budget d'économie juste, un budget de protection et d'investissement, ce ne sont pas que des mots, un budget qui repousse la fiscalité déraisonnable ou déconnectée de la réalité économique, et au final, un budget dont le déficit se réduit. Je l'avais dit, le déficit ne devra pas dépasser 5 %. En 2025, les deux gouvernements successifs ont tenu le déficit à 5,4 %, pardonnez-moi, et ce n'était pas facile, mais c'est fait. Cette année, nous serons à 5 % de déficit. Nous y arriverons. Et si la croissance est soutenue, et d'ailleurs, la stabilité politique y contribue, ce sera sans doute peut-être moins. La France tient ses engagements. La France est gouvernée. La France doit rester crédible dans un moment où, je l'avais dit dans cette cour lors de ma nomination par le président de la République, la vie politique intérieure ne peut ignorer et se décaler autant de la situation internationale et de ses nombreux dérèglements.

Nous sommes la France, il faut le redire, il n'est pas question de se laisser aller au déclin sans réagir et sans tout tenter. Pour conclure, je voudrais vous dire, à titre peut-être plus personnel, que je ressens une réelle déception, mais aussi de l'inquiétude à voir une partie de la classe politique préférer le blocage au travail, et une certaine tristesse à voir la vie parlementaire n'avoir fonctionné jusqu'au bout que pour un seul des deux textes budgétaires qui étaient proposés au débat. J'ai voulu une approche nouvelle. Je n'y renonce pas pour autant, même si la vie des partis politiques et des appétits liés à la prochaine campagne présidentielle ont parfois eu raison du bon sens et de la responsabilité. La mienne, en tout cas, est d'aller au bout de la mission qui m'a été confiée, donner un budget à la France, servir tout simplement son pays. Et pour tout cela, je vous en remercie.

Pouvoir d'achat des travailleurs, solidarités, logement, agriculture, réforme de l'État, sécurité… : Sébastien Lecornu a listé les évolutions du projet de loi par rapport au texte initial, défendant un budget de compromis « meilleur », « responsable » et pouvant « rassembler ».

Le budget doit dire ce que nous protégeons. Ce que nous finançons. Ce que nous réformons. Comment nous redressons nos comptes publics, faisons des économies. Sans casser le pays, dans la justice et l'équité.

Sébastien Lecornu

  • Premier ministre

Il a notamment évoqué :

  • une réforme de la prime d'activité,
  • le maintien des allègements de charges,
  • un repas à 1 euro au restaurant universitaire à compter du mois de mai,
  • une augmentation de 400 millions d'euros des moyens des bailleurs sociaux pour le logement,
  • le maintien de MaPrimeRénov',
  • une augmentation du fonds vert pour engager des projets à l'échelle locale.

Il a indiqué assumer des exceptions pour faire des investissements, notamment en matière de sécurité intérieure ou extérieure, mais aussi concernant l'éducation.

Le projet de loi de finances pour 2026 n'ayant pu être promulgué avant le 31 décembre 2025, une loi de finances spéciale a été promulguée en décembre pour permettre à l'État et aux collectivités locales de bénéficier des ressources nécessaires pour fonctionner à compter du 1er janvier 2026, en attendant le vote d'un budget.

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Prime Minister of the French Republic published this content on January 16, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on January 18, 2026 at 00:01 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]