UN - United Nations

07/20/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/20/2026 15:21

Haïti: le Représentant spécial prévient le Conseil de sécurité que les progrès en matière électorale et sécuritaire sont essentiels pour maintenir la dynamique

10198e séance - matin
CS/16417
20 juillet 2026

Haïti: le Représentant spécial prévient le Conseil de sécurité que les progrès en matière électorale et sécuritaire sont essentiels pour maintenir la dynamique

« Haïti continue de faire face à une insécurité persistante, à des besoins humanitaires aigus et à des défis institutionnels, avec des conséquences dévastatrices pour sa population », a déclaré ce matin le Représentant spécial du Secrétaire général pour Haïti lors de son exposé trimestriel devant le Conseil de sécurité. La situation du pays a vivement préoccupé les délégations qui se sont exprimées, dont les chefs de la diplomatie d'Haïti, de la République dominicaine et de la République démocratique du Congo (RDC), et des appels à poursuivre le soutien à la stabilisation du pays ont été lancés.

Il y a actuellement une opportunité de faire avancer la transition politique, a reconnu. M. Carlos Ruiz Massieu, qui est aussi le Chef du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), comme le démontrent, selon lui, les développements récents. Une chance à saisir pour inverser la menace posée par les gangs et restaurer la gouvernance démocratique. C'est pourquoi les préparatifs électoraux et l'amélioration de la sécurité doivent progresser de concert pour maintenir la dynamique.

« Malgré les défis, Haïti avance », a confirmé la Ministre haïtienne des affaires étrangères. « Nous sommes plus près que nous ne l'avons été depuis des années de rétablir la sécurité et d'organiser des élections crédibles », a fait valoir Mme Raïna Forbin devant des membres du Conseil soucieux de la reprise du processus électoral et de la fin de l'emprise des gangs sur la vie publique.

Pour rappel, après l'assassinat du Président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti a sombré dans une crise multidimensionnelle caractérisée par une violence extrême, une impasse politique et des conditions humanitaires désastreuses. Des gangs armés ont pris le contrôle de vastes zones de Port-au-Prince, la capitale, recourant notamment aux meurtres, aux enlèvements et aux violences sexuelles dans un climat d'impunité généralisée.

La sécurité, défi le plus urgent

La violence des gangs continue de faire de nombreuses victimes parmi une population déjà éprouvée, a indiqué le Représentant spécial. S'y ajoutent des millions d'Haïtiens toujours déplacés ou en situation d'insécurité alimentaire, les femmes et les enfants continuant d'en subir les conséquences les plus graves.

La Directrice exécutive de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Mme Monica Juma, a constaté que les gangs armés ne cherchent plus seulement à s'emparer de territoires, mais à prendre le contrôle des institutions et des infrastructures économiques vitales. C'est une évolution majeure de leur stratégie, témoignant d'une volonté d'étendre leur influence au-delà de Port-au-Prince, vers l'Artibonite, le département du Centre et les axes routiers du Sud, a-t-elle expliqué. De plus, les gangs multiplient leurs sources de revenus illicites, créant un écosystème criminel plus adaptable, plus résilient et plus complexe à démanteler.

En l'absence de sécurité publique digne de ce nom, certains gangs se présentent comme des « protecteurs de la communauté », brouillant les frontières entre violence criminelle, justice expéditive et autorité légitime. Cela érode encore plus la confiance de l'opinion publique dans les institutions. Mme Juma a donc appelé à aider l'État haïtien à reprendre le contrôle de territoires et d'axes de ravitaillement décisifs, à démanteler les économies criminelles qui alimentent la violence et à renforcer les contrôles aux frontières et les douanes, parallèlement aux efforts régionaux visant à endiguer l'afflux d'armes, de drogues et d'équipements vers Haïti.

L'espoir suscité par la Force de répression des gangs

Dans ce contexte de grave insécurité, les membres du Conseil ont entendu un quatrième exposé sur l'opérationnalisation et les premières actions de la Force de répression des gangs. Le Représentant spécial pour cette force, M. Jack Christofides, a détaillé les structures mises sur pied ainsi que les processus de planification et les mécanismes de coordination qui sont nécessaires pour lancer des opérations antigangs soutenues. Dans les premières phases de son action, la Force se concentre sur des zones prioritaires soigneusement sélectionnées afin d'y établir une sécurité permanente avant d'étendre progressivement sa portée opérationnelle.

Si cette dynamique est maintenue après les premières interventions de terrain, la Force pourra progressivement étendre son action et accroître la pression sur les gangs et leurs réseaux de soutien, a dit M. Christofides, « mais si cet élan est brisé, nous risquons de perdre cette dynamique ». Une éventualité que la communauté internationale souhaite éviter. C'est pourquoi le Royaume-Uni, par exemple, a dit avoir versé 7,5 millions de dollars au mécanisme de respect des droits humains de la Force.

« Nous exhortons la communauté internationale à renforcer son engagement auprès du Gouvernement haïtien et des autres acteurs clefs afin d'œuvrer pour un avenir stable, sûr et démocratique pour le peuple haïtien », a plaidé la Jamaïque qui s'exprimait au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM). Celle-ci a d'ailleurs appuyé le renouvellement du mandat de la Force après fin septembre 2026 (date prévue pour la fin de son mandat), pour éviter une nouvelle détérioration de la situation sécuritaire et pour prévenir tout risque d'instabilité généralisée et d'anarchie.

Encore faut-il que la Force soit dotée d'un personnel suffisant, car à peine plus d'un millier de personnes sont arrivées sur le terrain alors que le personnel prévu initialement était de 5 550 personnes maximums. Cet écart représente le principal obstacle à la réussite de la mission, s'est lamenté le Ministre des affaires étrangères de la République dominicaine, le seul pays frontalier d'Haïti.

M. Roberto Álvarez Gil a analysé le problème, qui est selon lui d'ordre logistique: la disponibilité limitée du transport aérien stratégique pour acheminer les troupes, alors que le personnel, les ressources nécessaires à leur soutien et une structure de commandement opérationnelle ont été engagés. Un appel relayé par la délégation des États-Unis, pour qui la Force de répression des gangs, en 10 mois, a démontré ce que l'ONU est capable de faire quand elle revient à ses fondamentaux. La délégation s'est néanmoins impatientée devant le sort des enfants soldats enrôlés par les gangs.

Les enfants en grand danger

Près d'un membre de gang sur deux est aujourd'hui un enfant, a en effet dénoncé la Représentante spéciale du Secrétaire général pour la question des enfants et des conflits armés. « Les enfants en danger doivent être protégés », a rappelé Mme Vanessa Frazier qui a dénombré plus de 2 800 violations contre les enfants recensées en 2025 dans le pays. Plus de 800 enfants ont été recrutés par les gangs et ils doivent être considérés comme des victimes selon elle. Plusieurs voix se sont élevées au Conseil pour appeler la communauté internationale à agir afin d'« éviter une génération perdue » d'enfants d'Haïti.

« Ce n'est pas le moment de reculer », a clamé Haïti qui a appelé le Conseil de sécurité à appuyer le plein déploiement de la Force, ainsi que le renouvellement de son mandat. Le renforcement de l'état de droit et de la reddition de comptes est capital pour restaurer la confiance du public, a rappelé opportunément Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, Ministre des affaires étrangères et de l'intégration régionale de la RDC. Au nom des A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie), elle a estimé que l'élan constaté doit être entretenu par un dialogue inclusif.

Saisir les opportunités d'avancer

Pour la Chine, le chaos sécuritaire d'Haïti est un symptôme. Le problème depuis des décennies tient de l'échec de l'État. Les autorités doivent désormais investir dans les services essentiels en faveur de la population, de l'eau, de l'éducation et du logement, a prôné la délégation chinoise.

La Fédération de Russie a souhaité qu'Haïti détermine son propre avenir, à l'abri des « ingérences extérieures pernicieuses » qui sont à l'origine de tant de problèmes dans le pays. Selon la délégation, la contrebande d'armes à destination du pays se poursuit pratiquement sans aucun contrôle et l'embargo imposé par le Conseil s'avère inefficace. La Russie a estimé « incompréhensible » que les États-Unis, « principale source d'expéditions illicites », ignorent ce trafic.

Malgré ces défis, la tenue d'élections demeure une priorité pour la CARICOM. Il ne faut pas que les défis sécuritaires retardent le processus politique, a également plaidé. M. Ruiz Massieu en souhaitant voir progresser de concert les préparatifs électoraux et la sécurité, pour maintenir la dynamique prise.

Il a assuré que le lancement des inscriptions sur les listes électorales aujourd'hui marque une autre étape importante. La prochaine priorité est l'adoption d'un calendrier électoral crédible et réaliste. Dans ce contexte, le déploiement complet de la Force de répression des gangs, en appui aux autorités nationales, demeure essentiel pour instaurer un climat de sécurité propice au processus électoral. Cette réponse sécuritaire, pour être efficace et durable, doit s'inscrire dans une approche globale visant au renforcement de l'ensemble de la chaîne police-justice-prison, a suggéré la France.

Sept des 10 départements sont en mesure d'accueillir des activités électorales sans entraves majeures sur le plan sécuritaire, s'est enorgueillie la Ministre d'Haïti. Mme Forbin a jugé essentiel le déploiement de la Force dans ces trois départements restants. Elle a détaillé les mesures considérables qui ont été prises pour rétablir la sécurité avec la formation de plus de 2 000 policiers et le recrutement en cours de 1 500 nouveaux membres des Forces armées d'Haïti. Les résultats sont encourageants, a-t-elle conclu sur une note d'espoir, comme plusieurs délégations.

À l'intention des organes d'information. Document non officiel.
UN - United Nations published this content on July 20, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on July 20, 2026 at 21:21 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]