06/17/2026 | Press release | Archived content
À l'été 2021, les collines du nord-est de l'Algérie ont disparu derrière des murs de fumée. Des incendies de forêt ont ravagé les régions de Béjaïa, El Tarf et Tizi Ouzou, avec une rapidité et une violence qui ont pris de court les habitants et submergé les sapeurs-pompiers. Plus de cent personnes ont perdu la vie. Les forêts qui avaient fait vivre des familles depuis des générations, en assurant leurs moyens de subsistance, en servant d'abri à leurs troupeaux et en régulant les bassins versants, ont été réduites en cendres en l'espace de quelques jours. À eux seuls, les dégâts causés à l'agriculture et aux habitations ont dépassé les 124 millions de dollars.
La catastrophe de 2021 a été la manifestation d'une menace qui couvait depuis des années.
Entre 1985 et 2022, l'Algérie a enregistré plus de 75 000 incendies de forêt. Chaque année, ce sont en moyenne 35 000 hectares qui partent en fumée, soit la superficie de 50 000 terrains de football. Ce qui a changé, ce n'est pas seulement la fréquence des incendies, mais leur ampleur : sécheresses prolongées, températures en hausse et dégradation des sols ont alimenté la multiplication de mégafeux, plus rapides, plus intenses et infiniment plus dévastateurs. Et la tendance ne s'infléchit pas.
Derrière ces chiffres, ce sont des agriculteurs, des éleveurs, des apiculteurs et des familles entières dont les moyens de subsistance se sont volatilisés du jour au lendemain, et des habitats naturels dévastés. Au-delà des pertes immédiates, la destruction des forêts affaiblit les fonctions essentielles des bassins versants, réduisant ainsi la capacité du milieu naturel à réguler et stocker l'eau, avec des conséquences qui peuvent se faire sentir pendant des années.
Du combat contre les flammes à la gestion du risque
Pendant des décennies, la lutte contre les incendies de forêt s'est focalisée sur les efforts d'extinction des feux. Mais face à des saisons de feux de plus en plus longues et intenses, la gestion du risque d'incendie nécessite désormais une action sur tous les fronts, de la prévention et de la préparation à l'intervention et à la reconstruction.
« Pour faire face aux incendies de forêt en Algérie, la priorité est de passer d'une approche purement réactive à une démarche axée sur la prévention, une gestion résiliente des paysages et une gouvernance renforcée de l'environnement, explique Maria Sarraf, cheffe de service au pôle Environnement de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan. La protection des forêts est cruciale pour la biodiversité, la sécurité hydrique, la résilience des écosystèmes et les moyens de subsistance qui en dépendent. »
La situation a conduit le gouvernement algérien à entreprendre, en partenariat avec le Groupe de la Banque mondiale, un diagnostic complet du secteur forestier. L'objectif était de comprendre comment lutter contre les incendies, pourquoi ils sont de plus en plus destructeurs et quelles mesures seront nécessaires pour réduire les risques à long terme.
Les conclusions mettent en lumière un secteur forestier confronté à de multiples défis. Des plans de gestion forestière qui n'ont pas été actualisés, ce qui limite la capacité à réduire activement et efficacement les risques d'incendie. Des délimitations forestières encore lacunaires, qui exposent les forêts aux empiètements et à la compétition pour l'utilisation des terres. Des systèmes de données fragmentés, qui empêchent d'obtenir une vision globale et cohérente de l'état des forêts et des risques d'incendie. Une coordination interinstitutionnelle à renforcer, dont les insuffisances actuelles pèsent sur les efforts de préparation et de riposte. Et enfin, la pression du surpâturage et des défrichements et l'application inégale des lois, qui aggravent la dégradation des forêts et accentuent leur vulnérabilité aux incendies.
Soit autant de défis qui exigent d'adopter une approche plus intégrée de la gestion des risques d'incendie. C'est pourquoi les efforts se concentrent à présent sur le renforcement des fondements d'un système moderne de gestion des incendies de forêt, qui repose sur des outils d'alerte précoce, des systèmes de données et de cartographie perfectionnés, une coordination institutionnelle plus étroite et des capacités techniques accrues, tant à l'échelon national que local. L'ensemble de ces mesures visent à améliorer l'état de préparation, consolider la prévention et réduire durablement les risques d'incendie de forêt.
Une initiative pilote est actuellement déployée dans la wilaya de Béjaïa, deuxième province d'Algérie la plus durement touchée : entre 1985 et 2022, près de 5 300 incendies y ont ravagé plus de 144 000 hectares. En cause, notamment, l'imbrication de zones d'habitat denses et de massifs forestiers, qui accentue les risques d'incendie. Un plan d'investissement est en cours d'élaboration pour renforcer, à l'échelle nationale, les systèmes d'alerte précoce et d'intervention contre les incendies de forêt. Cette approche associe appui institutionnel et investissements ciblés dans les infrastructures et les équipements : des caméras et drones aux routes d'accès, en passant par les systèmes d'approvisionnement en eau.
Des réformes sont également en cours. L'adoption de la loi forestière de 2023, puis celle de la loi sur la gestion des risques de catastrophe en 2024 constitue une succession d'avancées majeures en faveur d'une gouvernance plus solide des risques d'incendie, de la mobilisation d'investissements privés et de la promotion d'une participation accrue des populations locales à la gestion des forêts.
« La gestion des risques d'incendie de forêt en Algérie évolue vers un modèle plus intégré et anticipatif, qui privilégie la prévention, la préparation et la résilience au lieu de s'attacher uniquement à répondre à l'urgence, explique Hamid Afra, délégué national aux risques majeurs au ministère algérien de l'Intérieur, des Collectivités locales et des Transports. Pour réduire les risques d'incendie de forêt dans un contexte d'évolution du climat, il est essentiel d'investir dans des systèmes modernes, de mener une action coordonnée et d'améliorer la santé des écosystèmes forestiers. »
Réduire les risques d'incendie grâce au renforcement de l'économie forestière
La gestion des risques d'incendie va bien au-delà de la simple amélioration des dispositifs de lutte contre le feu. Lorsque les forêts ont subi des dégradations et qu'elles sont sous-exploitées, les risques d'incendie augmentent. L'Algérie commence à tirer parti des vastes opportunités économiques qu'offre son secteur forestier, générant ainsi des emplois et des revenus qui incitent les communautés riveraines à mieux protéger cette ressource. Les produits forestiers non ligneux, tels que le liège, la résine, les huiles essentielles et les plantes médicinales, offrent un fort potentiel de valorisation et de création d'emplois. L'écotourisme constitue une autre filière en plein essor, les parcs nationaux attirant d'ores et déjà des millions de visiteurs chaque année.
La nouvelle approche place les populations locales et les municipalités au cœur des efforts de prévention, en les associant directement à la gestion des forêts. Les actions auprès des jeunes revêtent en particulier une importance capitale, non seulement pour lutter contre le chômage, mais aussi pour forger une nouvelle génération de « gardiens » des forêts.
L'Algérie se trouve aujourd'hui à un tournant. Cette transition nécessitera un changement de mentalité : il ne faut plus considérer les incendies comme des situations d'urgence isolées, mais les appréhender comme les composantes d'un système plus vaste, façonné par le climat, l'utilisation des terres et les réalités économiques.
« On assiste en Algérie à une véritable prise de conscience du fait que les incendies de forêt ne sont plus seulement un problème environnemental, mais bien un enjeu de développement, souligne Cemile Hacibeyoglu Ceren, représentante résidente de la Banque mondiale en Algérie. Soutenir ces efforts, c'est aider à mettre en place des systèmes capables de mieux protéger, dans les années à venir, à la fois les populations et les ressources naturelles. »
S'il est impossible d'éradiquer les incendies de forêt, il est en revanche possible d'en réduire considérablement l'impact. Avec des investissements appropriés et le soutien des institutions et des communautés, les forêts algériennes peuvent jouer un rôle clé dans la construction d'un avenir plus résilient.