05/20/2026 | Press release | Distributed by Public on 05/21/2026 04:00
Après avoir couvert une affaire d'intérêt public impliquant le président maldivien Mohamed Muizzu, deux journalistes du média en ligne Adhadhu, Mohamed Shahzan et Leevan Ali Naseer, ont été condamnés abusivement pour "outrage au tribunal". Reporters sans frontières (RSF) demande leur libération immédiate et l'annulation des poursuites engagées contre eux, ainsi que contre le rédacteur en chef adjoint et le directeur général du média.
L'affaire débute avec la diffusion d'un documentaire intitulé Aisha, produit par le site d'information Adhadhu. Dans ce film de 30 minutes, diffusé le 28 mars sur les réseaux sociaux du média, une ancienne assistante du président affirme avoir été victime de harcèlement et d'abus de pouvoir de la part de Mohamed Muizzu, avec qui elle aurait entretenu une liaison présumée. Selon l'enquête de Adhadhu, ces accusations ont été corroborées par des historiques de conversations, des relevés d'appels et le calendrier de ses nominations.
Un mois plus tard, le 27 avril, après qu'un journaliste de Adhadhu, Mohamed Shahzan, a interrogé le président Mohamed Muizzu lors d'un point presse présidentiel au sujet de ces allégations, la police perquisitionne les locaux de Adhadhu durant quatre heures. Plusieurs ordinateurs portables, disques durs et clés USB sont saisis, en application d'un mandat délivré par le tribunal pénal en vertu de l'article 612(a) du Code pénal, qui renvoie à l'infraction de "qazf", soit une fausse accusation d'adultère en droit islamique. Le 29 avril, le directeur général de Adhadhu, Hussain Fiyaz Moosa, ainsi que du rédacteur en chef adjoint, Hassan Mohamed sont convoqués par la police et le tribunal pénal ordonne la rétention de leurs passeports pour une période de trois mois.
Dans la foulée, le 10 mai, le tribunal pénal enregistre formellement des accusations de "qazf" contre Hussain Fiyaz Moosa et Hassan Mohamed. Ils encourent une peine maximum de 80 coups de fouet et d'un an, sept mois et six jours de prison. Le tribunal prononce également une ordonnance de non-divulgation interdisant toute mention des accusations visant le président, ainsi que des procédures judiciaires liées à l'affaire. Le lendemain, lors d'une conférence de presse, Mohamed Shahzan, journaliste de Adhadhu, et vice-président de l'Association des journalistes des Maldives (MJA), interroge, à nouveau, le président Mohamed Muizzu sur les allégations formulées dans le documentaire. Il a en conséquence été expulsé de force de la conférence de presse sur ordre du président. Son collègue Leevan Ali Naseer rend compte, pour sa part, de l'existence de l'ordonnance judiciaire de non-divulgation.
Le 12 mai, les deux journalistes sont alors condamnés pour "outrage au tribunal" : Mohamed Shahzan écope de 15 jours de prison pour avoir posé sa question au président, tandis que Leevan Ali Naseer est condamné à dix jours d'enfermement pour avoir rapporté l'existence de l'ordonnance de non-divulgation, le tribunal estimant qu'il avait violé les restrictions en rendant publics des ordres judiciaires. Ce dernier a également été condamné à une amende d'environ 1.675 dollars américains, tandis que le montant de l'amende de Mohamed Shahzan n'est pas encore connu, selon la MJA. Les deux journalistes n'ont disposé que de deux heures pour obtenir l'assistance d'un avocat, un délai insuffisant pour préparer leur défense. Ils ont en outre été condamnés à huis clos, sans garanties suffisantes de procès équitable.
"L'emprisonnement de deux journalistes du site d'information Adhadhu, Mohamed Shahzan et Leevan Ali Naseer, est une dérive extrêmement inquiétante du pouvoir aux Maldives. Aucun journaliste ne devrait être privé de liberté pour avoir posé une question ou rapporté l'existence d'une décision judiciaire. Les autorités maldiviennes doivent libérer immédiatement ces deux professionnels de l'information et garantir que les tribunaux ne soient pas utilisés pour réduire la presse au silence. Le recours à l'outrage au tribunal ne saurait servir d'instrument pour intimider des journalistes ni empêcher la couverture d'une affaire concernant la plus haute autorité de l'État. Les poursuites abusives contre Hussain Fiyaz Moosa et Hassan Mohamed doivent également être abandonnées
Le 17 mai, la Haute Cour a rejeté le recours de l'Association des journalistes des Maldives (MJA) contre l'ordonnance de non divulgation, estimant que l'organisation n'est pas habilitée à contester. Cette décision a fait l'objet d'un pourvoi devant la Haute Cour. Un second recours contre l'ordonnance de non-divulgation a également été déposé par le directeur général de Adhadhu, Hussain Fiyaz Moosa, et accepté par la Haute Cour.
Le 19 mai, en signe de solidarité avec Adhadhu et ses journalistes, 13 médias maldiviens participent à un black-out de leurs publications et ont suspendu leur travail pour la journée.