RSF - Reporters sans frontières

04/21/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/22/2026 07:27

Tunisie : le média d’investigation Inkyfada menacé de dissolution, l’étau n’en finit pas de se resserrer sur la presse indépendante

Après une suspension et des blocages financiers répétés, les autorités tunisiennes franchissent un nouveau seuil dans leur offensive contre la presse indépendante. Le tribunal de première instance de Tunis examinera le 11 mai 2026 une demande de dissolution visant l'association Al Khatt, structure gestionnaire du site d'information Inkyfada. Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement cette tentative d'étouffer un média d'investigation indépendant.

"La procédure de dissolution engagée contre Inkyfada est un acte de censure institutionnelle. Les autorités tunisiennes cherchent à éliminer par voie judiciaire ce qu'elles n'ont pu réduire au silence par la suspension ou l'asphyxie financière. C'est le droit du public tunisien à un paysage médiatique pluraliste, capable de refléter leurs réalités et de mettre en lumière leurs défis, qui est en jeu. RSF exige l'abandon immédiat de cette procédure inique."

Oussama Bouagila
Directeur du bureau Afrique du Nord de RSF

L'association Al Khatt, fondée en 2013, gère depuis 2014 la plateforme d'investigation Inkyfada, reconnue pour la qualité de ses enquêtes sur les réalités politiques et sociales du pays. "Inkyfada est né au sein d'Alkhatt, qui l'a incubé financé en partie, et surtout protégé, en garantissant à la rédaction une indépendance éditoriale totale. C'est ce cadre qui rend possible le journalisme que nous pratiquons", témoigne Malek Khadhraoui, directeur éditorial de Inkyfada, aussi membre du Conseil d'administration de RSF.

Depuis fin 2023, Al Khatt est soumise à une accumulation de pressions : blocages de fonds répétés pouvant s'étendre jusqu'à sept mois, suspension d'un mois en octobre 2025, convocation devant la brigade des crimes financiers en janvier 2026, et ce malgré la remise complète des documents exigés à chaque étape, selon les informations de RSF. « Depuis deux ans, les mesures qui visent Al Khatt affectent concrètement le travail des journalistes de Inkyfada », ajoute Malek Khadhraoui.

Ce type de harcèlement frappe simultanément médias indépendants et société civile. Cette procédure s'inscrit dans un contexte de rétrécissement accéléré de l'espace médiatique et civique tunisien. En octobre 2024, le média indépendant Nawaatavait déjà été suspendu trente jours à l'issue d'un audit administratif d'un an. Deux journalistes demeurent actuellement détenus et le décret-loi 54 continue d'être utilisé contre les voix indépendantes.

La Tunisie occupe la 129e place au Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de RSF.

Publié le 21.04.2026
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