02/12/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/12/2026 14:00
L'Envoyé spécial du Secrétaire général, M. Hans Grundberg, a rappelé ce matin, devant le Conseil de sécurité, qu'aucun acteur n'a le droit de précipiter unilatéralement le Yémen dans un conflit régional. « La retenue est une nécessité », a-t-il déclaré, à l'unisson des autres intervenants. Les appels à préserver l'intégrité du Yémen et à remédier à la situation humanitaire ont par ailleurs été nombreux.
Dans son intervention prononcée depuis Riyad, en Arabie saoudite, l'Envoyé spécial a invité à la « lucidité » sur ce qu'une décennie de guerre a fait du Yémen. Les tensions régionales se sont aggravées, nourrissant le conflit tout en étant nourries par lui. La seule voie viable est un processus politique sous les auspices de l'ONU, a-t-il tranché. « Pour ce faire, nous devons faire fond sur ce qui marche, abandonner les hypothèses dépassées et faire montre de pragmatisme. »
Un processus crédible doit avoir un double horizon: aboutir à des accords de court terme apaisant les souffrances et un horizon de plus long terme de règlement du conflit, notamment sur les principes de gouvernance et les arrangements sécuritaires. L'Envoyé spécial a insisté sur l'importance d'une désescalade régionale: « Quelles que soient les dynamiques régionales, le Yémen ne doit pas être entraîné dans une confrontation plus large. »
Une position largement partagée, notamment par la France, qui a exhorté les houthistes à cesser leur politique de déstabilisation. Le mouvement continue de menacer la région et le trafic maritime par une rhétorique agressive. « Compte tenu de la posture des houthistes et du contexte régional, le risque d'une nouvelle escalade demeure. » Bahreïn a condamné les actes terroristes alimentant les tensions, ainsi que les saisies de biens de l'ONU par les houthistes.
La paix que nous recherchons ne peut se construire avec des milices qui considèrent la guerre, le chaos et la destruction comme un moyen de survie, a abondé le délégué du Yémen. « Les milices houthistes demeurent la menace la plus grave pour la stabilité du pays, de la région, du monde et de la navigation internationale. » Nos efforts resteront fragiles tant que l'acheminement de fonds et d'armes vers des groupes voyous se poursuivra, a-t-il tranché.
Dans ce droit fil, les États-Unis ont rappelé avoir adopté, le 16 janvier dernier, des mesures de sanction ciblant les capacités terroristes des houthistes. Ils ont dénoncé le mépris par l'Iran des résolutions du Conseil en fournissant armes et renseignements aux houthistes, leur permettant ainsi de mener des activités de déstabilisation. « Tous les navires à destination des ports contrôlés par les houthistes, notamment ceux partant de ports chinois, devraient respecter les procédures en vigueur. »
Rétorquant aux « accusations infondées » des États-Unis, la Chine a assuré respecter les résolutions du Conseil. « Notre approche en matière d'exportations militaires a toujours été prudente et nous avons le droit d'entretenir des relations commerciales avec tous les pays. » Les délégations ont par ailleurs réclamé la libération des membres du personnel onusien et humanitaire détenus par les houthistes. « Nous condamnons les peines de mort prononcées par les houthistes et les détentions des travailleurs humanitaires », a déclaré le Royaume-Uni.
Sur le plan intérieur, la formation d'un nouveau gouvernement a été saluée. Ce gouvernement peut consolider les gains enregistrés grâce à des institutions renforcées et des réformes économiques, a estimé l'Envoyé spécial, en se félicitant de la nomination de trois femmes ministres. « Le dialogue dans le sud, en cours de préparation, est l'occasion de commencer à répondre à des revendications de long terme et à façonner un consensus sur les questions cruciales pour les habitants du sud et tous les Yéménites. »
Cette position a été notamment partagée par la Chine, qui a soutenu la souveraineté du pays et encouragé au dialogue pour répondre aux griefs de la population du sud. La France a également réaffirmé son attachement à l'unité et à l'intégrité territoriale du Yémen et soutenu les efforts de consolidation de l'État yéménite menés par le gouvernement légitime. « Après la crise de décembre 2025, la priorité doit aller à la stabilisation du pays et au renforcement du Gouvernement yéménite. »
La France a ainsi salué la perspective de la tenue, en Arabie saoudite, du dialogue inclusif en faveur du règlement de la question du sud yéménite, tandis que Bahreïn a souligné les efforts saoudiens visant à créer les conditions propices à l'édification d'un avenir meilleur au Yémen. De son côté, la Somalie a noté les tensions entre le Gouvernement du Yémen et le Conseil de transition du Sud, qui ont mis en lumière de nombreuses fragilités. Elle a toutefois salué les signes positifs, tels que la formation du nouveau Gouvernement et la levée du couvre-feu à Aden.
« Ces dernières semaines, le Gouvernement yéménite a réalisé des progrès tangibles en matière d'unification du commandement sécuritaire et militaire et d'amélioration des services essentiels », a assuré le délégué du Yémen. Il a mentionné la résolution de la crise énergétique et le versement des salaires du personnel civil et militaire, grâce au soutien de l'Arabie saoudite. Le Gouvernement a également pris des mesures concrètes pour améliorer la gestion des ports et des aéroports afin de faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire.
La gravité de la situation humanitaire a été rappelée par la Directrice de la Division des finances et de la mobilisation au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Mme Lisa Doughten. « Cette année, 22,3 millions de personnes -soit la moitié de la population- auront besoin d'une aide humanitaire, ce qui représente une augmentation de 2,8 millions par rapport à l'année dernière. » Plus de 18 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë.
Le 29 janvier, les autorités de facto ont de nouveau pénétré sans autorisation dans plusieurs bureaux des Nations Unies à Sanaa, réquisitionnant du matériel et des véhicules, a-t-elle dénoncé. Elles continuent également de refuser les autorisations de vol du Service aérien d'aide humanitaire des Nations Unies à destination de Mareb. « Ces ingérences surviennent alors que la situation humanitaire est plus critique que jamais. » À cette aune, elle a appelé à un financement durable de la réponse humanitaire au Yémen.
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