03/05/2026 | News release | Distributed by Public on 03/05/2026 23:49
Sans eux, la promesse d'une économie numérique et décarbonée resterait lettre morte. Mais à mesure que la demande explose, l'ombre des rivalités géopolitiques s'allonge.
Jeudi, devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Rosemary DiCarlo, a décrit une transformation rapide et lourde de conséquences. « Les minéraux critiques comptent parmi les principaux moteurs de l'économie du XXIᵉ siècle », a-t-elle déclaré. « D'innombrables choses que nous tenons pour acquises - les smartphones, les véhicules électriques et les technologies médicales de pointe - ne seraient pas possibles sans eux ».
Il y a encore une décennie, ces ressources occupaient une place marginale dans les calculs stratégiques. Aujourd'hui, elles structurent l'architecture industrielle et énergétique du monde. En 2023, le commerce des minerais bruts et semi-transformés a atteint environ 2 500 milliards de dollars, soit plus de 10 % du commerce mondial. Et la trajectoire reste ascendante : la demande pourrait tripler d'ici à 2030 et quadrupler d'ici à 2040.
Cette ruée vers les ressources est souvent présentée comme une promesse. Emplois, diversification économique, développement durable. Mais la réalité est plus ambivalente.
« La hausse de la demande en minéraux critiques alimente également la concurrence géopolitique et affecte les chaînes d'approvisionnement mondiales », a averti Mme DiCarlo. L'extraction minière, a-t-elle ajouté, est fréquemment associée à des violations des droits humains et à une dégradation environnementale.
Autrement dit, la transition énergétique, censée ouvrir la voie à une économie plus propre, s'appuie souvent sur des chaînes d'approvisionnement opaques et contestées. Derrière les batteries et les aimants des technologies vertes, on trouve parfois des mines artisanales dangereuses, des communautés déplacées et des paysages dévastés.
L'enjeu dépasse donc la seule question industrielle. Il touche à la gouvernance mondiale des ressources.
La tension est particulièrement vive dans les pays en conflit ou fragilisés. Par une ironie tragique, certains des territoires les plus riches en ressources minérales figurent aussi parmi les plus instables.
La République démocratique du Congo (RDC), par exemple, concentre plus de 70 % de l'extraction mondiale de cobalt, métal indispensable aux batteries des appareils électroniques. Le Myanmar, lui, est l'un des principaux fournisseurs mondiaux de terres rares, essentielles à l'électronique avancée. L'Ukraine possède d'importantes réserves de titane et de lithium.
Dans ces contextes, l'exploitation des ressources peut devenir un moteur de violence.
« Dans les contextes affectés par les conflits, l'exploitation minière, lorsqu'elle n'est pas gérée de manière responsable, peut avoir des effets dévastateurs. Elle peut affaiblir la gouvernance, alimenter les économies illicites et financer des groupes criminels et armés », a expliqué Mme DiCarlo.
Dans l'est de la RDC, le contrôle des zones riches en minerais reste l'un des moteurs majeurs du conflit. Selon les estimations évoquées à l'ONU, la coalition rebelle AFC/M23, qui a conquis l'an dernier de larges pans de territoires dans les provinces du Nord- et du Sud-Kivu, tirerait plus d'un million de dollars par mois de l'exploitation et de la contrebande de minerais.
Ce phénomène n'est pas nouveau. Depuis deux décennies, le Conseil de sécurité tente d'endiguer ces « économies de guerre » à coups de sanctions, d'enquêtes et de mécanismes de traçabilité. Les groupes d'experts mandatés par l'ONU scrutent les circuits commerciaux, identifient les violations et tentent de démêler les routes clandestines par lesquelles circulent minerais et profits.
Face à cette nouvelle géopolitique des ressources, l'ONU plaide pour une approche plus structurée. L'enjeu est double : éviter que les minerais critiques ne deviennent un nouveau moteur de conflits, tout en veillant à ce que leur exploitation profite réellement aux populations locales.
Pour y parvenir, trois priorités émergent, selon Mme DiCarlo : garantir des retombées économiques équitables pour les pays producteurs, renforcer la traçabilité des minerais afin de lutter contre les flux illicites, et intégrer la gestion des ressources naturelles dans les efforts de médiation et de résolution des conflits.
La diplomatie des ressources devient ainsi un nouveau terrain d'action pour les négociateurs de paix.
« L'exploitation équitable et responsable des minéraux critiques peut contribuer à sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Et elle peut aussi contribuer à promouvoir la paix », a estimé la responsable onusienne.
Encore faut-il que cette promesse ne se transforme pas en mirage. Car sous la surface lisse des technologies de la transition énergétique, la ruée vers les métaux du futur redessine déjà les lignes de fracture du monde.