06/01/2026 | News release | Distributed by Public on 06/01/2026 14:33
Plan de 1749 du fort de Détroit dessiné par Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry (1682-1756), ingénieur en chef de la Nouvelle-France
La Société d'histoire et de généalogie de Charlesbourg a présenté la dernière conférence de sa saison le 27 mai à la bibliothèque Paul-Aimé-Paiement. À cette occasion, l'historien Michel Thévenin a entretenu l'auditoire de sa recherche doctorale menée à l'Université Laval et qui a pris fin en 2025. Le thème de son exposé était Les Vauban du Canada: les ingénieurs militaires en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763).
«Dans ma maîtrise en histoire à l'Université Laval, explique-t-il, j'y ai questionné la transposition en Amérique des méthodes européennes d'attaque et de défense des places fortes. À la fin de ma maîtrise, en 2018, c'est presque naturellement que j'ai choisi de poursuivre au doctorat avec un sujet relativement proche. J'ai donc décidé de m'intéresser aux individus derrière la guerre de siège, à savoir les ingénieurs militaires.»
Dans ses recherches, Michel Thévenin a identifié 17 ingénieurs militaires qui possédaient le brevet et le titre et qui ont séjourné en Nouvelle-France au cours de la période comprise entre 1756 et 1763, soit durant la guerre de Sept Ans. Ce conflit a vu quelques puissances européennes s'affronter, la France et l'Angleterre poursuivant les hostilités jusque dans leurs colonies d'Amérique du Nord. Sur les 17 ingénieurs, 10 étaient nobles, 6 autres n'appartenaient pas à la noblesse et un autre avait un statut social imprécis. Soulignons que trois d'entre eux étaient nés en Amérique et considérés comme nobles. Selon l'historien, certains ont connu des fortunes diverses. «Trois d'entre eux, indique-t-il, ont été capturés en mer en 1755 et un quatrième a été détourné vers la Louisiane au lieu de Québec en 1759.»
En Nouvelle-France, les ingénieurs militaires étaient des experts scientifiques et techniques. Leur rôle consistait à concevoir les fortifications et à superviser les travaux de défense.
Michel Thévenin a un intérêt particulier pour Lombard de Combles. «Sa présence en Nouvelle-France est très brève, dit-il, car il arrive à Québec en mai 1756 et meurt sur les rives du lac Ontario le 11 août suivant. Il est le seul ingénieur mort au combat en Nouvelle-France. Malgré son court séjour en Amérique, sa contribution est majeure dans la préparation du siège des forts britanniques de Chouaguen, dans l'État de New York d'aujourd'hui, dont la capture en août 1756 constitue une victoire française majeure.»
François de Caire est un autre nom qui ressort. Arrivé au Canada en mai 1759, il en repart avec les troupes françaises vaincues, à l'automne 1760. «En un an et demi, raconte l'historien, il a tout de même le temps d'être aide de camp du général Montcalm, de se battre en duel avec un ingénieur canadien, de servir comme ingénieur à la défense de Québec en 1759 et lors de la tentative de reprise de la ville en 1760, d'épouser une Canadienne et de prendre des notes sur le climat canadien, qui seront lues en 1765 à l'Académie royale des sciences de Paris!»
Dans le contexte d'une animation grand public, Michel Thévenin a présenté, en costume d'époque, les résultats de sa recherche doctorale.
Selon lui, l'aventure coloniale a représenté un attrait pour certains des ingénieurs militaires nés en France. «J'ai vu dans les sources, explique-t-il, des traces pour sept de ces ingénieurs qui demandent à aller servir aux colonies, pas nécessairement par goût de l'aventure; je n'ai pas vu de sources personnelles le confirmant, mais plus parce qu'au milieu du 18e siècle, les colonies sont vues par les jeunes ingénieurs comme un potentiel accélérateur de carrière.»
À cette époque, la formation des ingénieurs militaires français était à la fois théorique et pratique. Les candidats apprenaient notamment les mathématiques, la géométrie, l'architecture et l'hydraulique, de même que le dessin, la coupe des pierres et la charpente. Par contre, la formation militaire restera déficiente jusqu'au milieu du 18e siècle, qui elle comprendra des exercices annuels préparant les ingénieurs à mener un siège. «Cette évolution dans la formation, soutient Michel Thévenin, se voit dans mon échantillon de 17 ingénieurs, puisque la moitié d'entre eux sont formés selon l'ancien système "artisanal", huit d'entre eux sont élèves à l'École royale du génie de Mézières pendant quelques mois ou années entre 1749 et 1756.»
Le dispositif défensif français en Amérique du Nord comprenait plusieurs dizaines de forts, la plupart étant construits à l'embouchure d'un lac ou le long d'une rivière. Plusieurs, en plus d'une fonction militaire, servaient également d'entrepôts pour la traite des fourrures et de comptoirs commerciaux près de villages autochtones. Selon leur importance, leur emplacement et leur fonction, ces forts pouvaient être une simple maison forte en bois avec une palissade autour. «Pour d'autres forts, comme celui de Chambly, qui devait contrôler la circulation sur la rivière Richelieu, on privilégie la pierre, explique l'historien. Cela dit, la terre est aussi utilisée pour des fortifications plus massives en pierre, en raison de sa capacité de résistance aux chocs de l'artillerie.»
Montcalm et des soldats du régiment du Languedoc, à Fort Carillon, en juillet 1758. Illustration d'Eugène Leliepvre.
- Beaverbrook Collection of War Art, Canadian War Museum
Quelques forts français ont été construits dans la décennie 1750. Ils étaient pensés pour offrir une résistance plus importante aux assauts de l'ennemi. En fin de compte, ils n'ont pas fait le poids à partir du moment où les Britanniques, tout comme les Français d'ailleurs, décident d'amener en Amérique du Nord de l'artillerie lourde conçue pour percer des murs de fortifications européennes. «Seule la forteresse de Louisbourg, dans la Nouvelle-Écosse d'aujourd'hui, peut rivaliser face à l'artillerie lourde britannique et, dans une très moindre mesure, Québec, souligne-t-il. Par contre, ces fortifications ont rempli leur rôle de surveillance des axes de communication et ont nécessité, pour certaines d'entre elles, un véritable siège.»