IndustriALL Global Union

06/29/2026 | News release | Archived content

Les travailleurs du secteur pétrolier et gazier revendiquent une transition juste et la responsabilisation des entreprises

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29 juin, 2026Le 25 juin 2026, IndustriALL a organisé la réunion virtuelle de son Réseau mondial du pétrole et du gaz, rassemblant des syndicats affiliés du monde entier, pour faire face à une crise commune : les travailleuses et travailleurs du secteur sont mis à rude épreuve par les conflits géopolitiques, la volatilité des marchés, les attaques des entreprises contre les droits syndicaux ainsi qu'une transition énergétique qui progresse plus rapidement que la création d'emplois et la mise en place des infrastructures nécessaires pour la soutenir.

Emmanuel Adjei-Danso, Directeur chargé des secteurs minier et énergétique auprès d'IndustriALL, a ouvert les échanges en exposant les pressions structurelles qui remodèlent le secteur : instabilité des prix, régimes de sanctions, perturbations de la chaîne d'approvisionnement et accélération de la transition énergétique. Il a mis en avant la question centrale qui allait guider les débats de la journée : comment les travailleuses, les travailleurs et leurs syndicats peuvent-ils garantir que la transition soit équitable et que personne ne soit laissé pour compte ?

Témoignages venus des régions : les travailleuses et travailleurs en première ligne

Prosper Akrai, représentant le NUPENG (Syndicat national du pétrole et du gaz naturel du Nigeria), a décrit les conséquences en cascade de la suppression des subventions sur les carburants au Nigeria en mai 2023. Le prix de détail de l'essence a augmenté d'environ 643%. Le coût des denrées alimentaires a grimpé en flèche, absorbant près de 80% du revenu mensuel d'un travailleur moyen. Le naira s'est effondré. Les travailleuses et travailleurs sont confrontés à la fois à l'érosion des salaires, à la précarisation de l'emploi et à une détérioration de la situation sécuritaire.

Prosper Akrai a également dénoncé une attaque directe contre les droits syndicaux. Le NUPENG et son syndicat frère ont été la cible d'une campagne organisée par la raffinerie Dangote, qui a mobilisé les médias, des influenceurs des réseaux sociaux et des responsables politiques pour nuire à l'image publique des syndicats après que ceux-ci ont exigé que les travailleuses et travailleurs se voient accorder le droit de se syndiquer.

Pour les États-Unis, Mike Smith, Président du programme national de négociation dans le secteur pétrolier pour les Métallos USW, a confié que BP avait mis en lock-out environ 900 travailleuses et travailleurs de sa raffinerie de Whiting, dans l'Indiana, depuis mars 2026. BP a refusé de s'aligner sur un accord-cadre conclu avec Marathon et exige la conversion de 100 emplois syndiqués en postes en sous-traitance, la mise en place de barèmes salariaux multiples, ainsi qu'une clause relative aux droits de la direction qui priverait les salariés de la possibilité de négocier l'impact de l'intelligence artificielle. Des « remplaçants », rémunérés deux fois et demie le taux syndical, exploitent désormais, au ralenti, cette installation d'une capacité de 400.000 barils par jour.

« Nous continuerons à nous mobiliser s'il y a des actions dans n'importe quel pays. Nous n'allons laisser aucun répit à British Petroleum, où que ce soit de par le monde »,

a déclaré Mike Smith. Il a remercié IndustriALL et Unite pour leurs actions de solidarité, notamment lors de l'assemblée générale des actionnaires de BP à Londres.

Naoki Kashima, Président exécutif de la sous-commission « Pétrole » du JEC-Rengo (Japon), a expliqué que la dépendance du pays vis-à-vis du détroit d'Ormuz, par lequel transitent plus de 90% de ses importations de pétrole brut, l'expose fortement aux conflits régionaux. Toute perturbation risque de faire grimper les coûts de l'énergie, de l'alimentation et de la logistique, ce qui pourrait anéantir les gains salariaux obtenus par les syndicats japonais ces dernières années.

Hassan Juma, Président de l'IGFOGPU (Fédération générale irakienne des syndicats du pétrole, du gaz et de la pétrochimie), a livré le témoignage le plus urgent de la journée. La production pétrolière en Irak a chuté d'environ 70% en raison du conflit régional. Plus de 2.500 travailleuses et travailleurs employés par des multinationales ont été renvoyés dans leurs foyers sans salaire. Les multinationales sont parties ; les travailleurs n'ont pas été payés.

« Les premiers et derniers touchés sont les travailleurs qui œuvrent en sous-traitance pour ces multinationales, car ils n'ont toujours pas reçu leur salaire depuis le début de la guerre », a déclaré Hassan Juma. « Ils n'ont pas accès aux soins de santé et ils n'ont pas d'assurance maladie. »

Il a décrit les conditions de travail des ouvriers à Bassorah, où les températures atteignent 47 degrés Celsius, et où elles grimpent même jusqu'à 50 ou 60 degrés en été. L'économie irakienne, a-t-il précisé, dépend des recettes pétrolières pour 85% de son budget fédéral, ce qui expose entièrement les salaires, les retraites et les services publics aux perturbations.

Tina Wilhelm, d'IGBCE (Allemagne), a clôturé la table ronde régionale en décrivant la contradiction structurelle à laquelle l'Europe est confrontée. Les énergies fossiles restent essentielles à la stabilité industrielle, mais la demande à long terme est incertaine. Les entreprises sous-investissent, tant dans les infrastructures existantes que dans les technologies d'avenir, et les travailleuses et travailleurs ne savent pas clairement à quoi ressemblera leur avenir. Elle a fait valoir que la transition énergétique ne réussira que si elle est viable sur le plan industriel et socialement juste, les travailleuses et travailleurs étant reconnus comme des parties prenantes actives du processus et non passives face à ses conséquences.

Responsabiliser le capital : les accords-cadres mondiaux

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d'IndustriALL, a présenté la stratégie de l'organisation consistant à utiliser les accords-cadres mondiaux pour obliger les multinationales à respecter les normes du travail tout au long de leurs chaînes d'approvisionnement, quelles que soient les exigences de la législation nationale.

« Les accords-cadres mondiaux constituent un levier pour notre cœur de métier : la syndicalisation », a déclaré Kemal Özkan. « Grâce aux clauses par lesquelles l'employeur s'engage à respecter la liberté syndicale et la négociation collective, nous faisons également un pas important en matière de dialogue social. »

Il a indiqué que l'accord d'IndustriALL avec ENI avait été renouvelé en janvier 2026, avec de nouveaux engagements en matière de diligence raisonnable concernant les droits de l'homme et d'intégration de la Convention n°190 de l'OIT sur la violence et le harcèlement. Des accords avec TotalEnergies et Engie sont également en vigueur, ce dernier incluant un engagement explicite en faveur d'une transition juste et d'un emploi durable. Il a appelé à une implication renouvelée auprès de Petrobras à l'issue des élections brésiliennes d'octobre 2026 et a réaffirmé la pleine solidarité d'IndustriALL avec les membres des Métallos USW victimes d'un lock-out imposé par BP.

Conclusions : solidarité, stress thermique et plan d'action pluriannuel

Les conclusions ont souligné que le stress thermique était devenu un enjeu transversal en matière de santé au travail. IndustriALL et l'OIT discutent actuellement d'un programme visant à lutter contre le stress thermique dans l'ensemble du secteur, comprenant notamment des formations spécifiques.

Frode Alfheim, Coprésident de la section de l'énergie d'IndustriALL et Président de Styrke (Norvège), a conclu par un appel à la solidarité mondiale, en revenant sur les témoignages du Nigeria et de l'Irak.

« Il s'agit d'un enjeu industriel mondial pour lequel nous devons travailler ensemble afin de garantir que ces travailleuses et travailleurs bénéficient du soutien dont ils ont besoin »,

a-t-il déclaré.

Il a souligné que le succès de la Norvège dans la gestion des recettes pétrolières au profit de l'intérêt général trouvait ses racines dans l'expertise apportée par l'Irak à la fin des années 1960. Il a appelé le réseau à s'appuyer sur cette histoire de partage transfrontalier des connaissances et de solidarité.

Les participants sont convenus d'élaborer un plan d'action pluriannuel reliant les syndicats affiliés à travers l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement mondiale du pétrole et du gaz.

Shutterstock : image d'archive représentant des travailleurs d'une raffinerie de pétrole
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