01/23/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/23/2026 14:00
Dans un contexte de tensions tant au niveau mondial que régional, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Colombie a affirmé, ce matin devant le Conseil de sécurité, que l'année à venir doit être l'occasion de faire progresser la paix et de permettre à la Colombie et à ses partenaires de s'engager dans le dialogue pour relever les défis communs, « notamment dans la zone frontalière où la coopération de toutes les parties est essentielle ».
Venu présenter le rapport trimestriel du Secrétaire général sur la mise en œuvre de l'Accord final pour la fin du conflit et la construction d'une paix stable et durable signé en 2016, M. Miroslav Jenča, qui est également le Chef de la Mission de vérification des Nations Unies dans le pays, a ainsi exhorté l'Administration actuelle à accélérer le processus de mise en œuvre de l'Accord final au cours des derniers mois de son mandat.
« Le renforcement de la structure gouvernementale de haut niveau chargée de la mise en œuvre, comme l'a ordonné la Cour constitutionnelle, constituerait une base particulièrement importante pour l'avenir », a-t-il estimé.
La mise en œuvre de l'Accord final se poursuit mais nécessite l'appui de la communauté internationale, a confirmé le Vice-Ministre des affaires multilatérales de la Colombie.
M. Mauricio Jaramillo Jassir a indiqué que son gouvernement progresse vers la création d'une instance dédiée à la mise en application de l'Accord final, conformément aux décisions constitutionnelles. « L'expérience colombienne démontre que la paix est un chemin long et exigeant, mais possible lorsqu'il existe une volonté politique, un soutien international et un engagement ferme en faveur du multilatéralisme », a-t-il dit.
« La paix en Colombie, c'est la paix au Panama et dans toute la région », a lancé le représentant panaméen. S'attardant sur la question des élections, ce dernier a appelé à garantir des conditions de sécurité pour le scrutin prévu le 31 mai afin d'éviter la répétition d'actes déplorables, évoquant l'assassinat du candidat à la présidentielle Miguel Uribe Turbay.
Les élections prévues cette année constituent une étape importante pour le pays, mais elles comportent aussi un risque accru de violences et de menaces, ont d'ailleurs averti maintes délégations. Celle du Royaume-Uni a appelé le Gouvernement colombien à renforcer les garanties de sécurité et à assurer un processus démocratique sûr et ouvert à tous, comme prévu dans l'Accord final.
« Garantir la sécurité des candidats et des électeurs dans les régions touchées par le conflit est crucial », a souligné le Représentant spécial qui a appelé à maintenir l'élargissement du droit de vote dans les zones historiquement touchées par le conflit.
Pour le Danemark, il faut mettre l'accent sur la participation pleine, égale et effective des femmes, tandis que la Grèce a salué l'engagement pris par plusieurs groupes armés de s'abstenir de toute violence ou ingérence durant le processus électoral.
Les A3 (Libéria, République démocratique du Congo, et Somalie), s'exprimant par la voix du Libéria, ont encouragé le maintien de l'utilisation des instruments de sécurité établis dans le cadre de l'Accord final, y compris le Système général de sécurité pour l'exercice de la liberté politique, afin de protéger les civils, les leaders sociaux, les anciens combattants et les candidats pendant la période électorale.
Le Ministre colombien a fait mention des mesures de sécurité prises par l'État colombien en vue des élections de 2026, assurant que la participation des femmes y sera renforcée.
La question de la sécurité des anciens combattants a d'ailleurs été soulevée à de nombreuses reprises par les délégations qui ont noté que leur réintégration est essentielle au succès de l'Accord final.
Le Chef de la Mission a indiqué que 487 anciens combattants ont été tués depuis la signature de l'Accord final. Il s'agit d'une atteinte inacceptable à la paix, s'est-il indigné, avant d'appeler les autorités à redoubler d'efforts pour enquêter sur ces crimes et à accorder la priorité aux garanties de sécurité pour les signataires de l'accord de paix.
« La réintégration des anciens combattants est essentielle au succès des accords de paix visant à mettre fin aux conflits armés internes », a souligné M. Jenča.
Or, neuf ans après que les FARC-EP (Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée populaire) ont déposé les armes en vertu de l'Accord final, le chemin s'est avéré difficile pour plus de 11 000 anciens combattants qui participent encore au programme de réintégration du Gouvernement. En effet, la viabilité économique de nombreux projets productifs lancés par d'anciens combattants reste un défi. L'accès à la terre -que ce soit pour le logement ou à des fins productives- a progressé, mais la question doit être pleinement résolue.
Jugeant que la poursuite des discussions avec ces groupes armés encourage ces derniers à poursuivre leurs actions aux dépens des civils, les États-Unis ont salué les mises en garde adressées par le Président Petro à l'Armée de libération nationale (ELN).
La représentante américaine a cependant fait savoir qu'en dépit des consultations constructives entre les Présidents Trump et Petro, son gouvernement reste préoccupé par l'instabilité, les violences et le trafic de stupéfiants illicites en Colombie.
Le fait que Bogota négocie avec certains groupes armés risque de créer des incidents dangereux qui, s'ils demeurent impunis, pourraient contaminer d'autres régions du pays, menacer la région « et très certainement les Américains », a mis en garde la représentante selon qui l'échec de la stratégie de sécurité, qui se caractérise par l'arrêt de l'éradication de la culture de la coca, permettrait aux groupes armés de consolider leur règne de terreur.
À l'instar du Danemark, la délégation américaine s'est également déclarée effarée par l'augmentation des recrutements d'enfants par les organisations narcoterroristes.
Selon M. Jenča, la section de l'Accord final consacrée à la réforme rurale offre une occasion historique de s'attaquer à l'une des causes profondes du conflit en Colombie.
Bien que la mise en œuvre de cette réforme ait été complexe, la distribution de près de 300 000 hectares de terres ces dernières années aux paysans, aux victimes et aux populations ethniques constitue un progrès. Néanmoins, des efforts accrus sont nécessaires pour atteindre l'objectif fixé par l'Accord final.
« Aucun gouvernement antérieur n'a réalisé de progrès aussi substantiels sur les questions foncières qui constituent l'une des causes structurelles de la violence en Colombie », a fait observer le Vice-Ministre colombien.
Ce dernier s'est félicité d'un accès accru à la terre, des solutions trouvées pour le logement et du développement de projets productifs collectifs et individuels, et surtout de l'opérationnalisation du Système national de réintégration.
Des défis subsistent toutefois en matière de durabilité économique et de prise en charge des signataires hors des anciens espaces territoriaux, a néanmoins reconnu le Vice-Ministre en assurant que le Gouvernement s'engage à renforcer la coordination et l'investissement.
« La réforme rurale est au cœur de l'Accord final. Elle s'attèle au traitement des causes mêmes du conflit interne. Sans elle, il ne pourra y avoir de résorption des inégalités qui sous-tendent les logiques de violence », a renchéri la France. Des progrès dans ce domaine sont indispensables pour éviter toute velléité de réarmement et pour inciter d'autres groupes armés à s'engager dans la voie de la démobilisation.
Au cours de son intervention, le Représentant spécial a indiqué que la Mission de vérification poursuit ses activités avec près de 200 personnes en moins et une réduction des ressources de près de 15 millions de dollars.
En outre, suite à la modification de son mandat, la Mission se concentre à présent sur trois piliers essentiels: vérification de la mise en œuvre des dispositions de l'Accord final concernant la réforme agraire; réintégration des anciens combattants; et sécurité des communautés des régions touchées par le conflit. Les tâches de vérification précédentes relatives à la justice transitionnelle, au chapitre ethnique et au suivi du cessez-le-feu ayant été abolies.
Il est regrettable que la Mission de vérification opère avec un mandat réduit, à un moment particulièrement sensible pour le suivi des décisions de la Juridiction spéciale pour la paix, centrées sur les victimes et la réconciliation, élément clef de l'Accord final, a estimé le Panama qui a espéré que ce vide sera rapidement comblé afin de préserver la pleine efficacité de l'accompagnement international.
Le délégué russe a lui aussi déploré que, « sur un coup de tête de Washington », la Mission de vérification ait été privée de son mandat de vérification de l'exécution des sentences de la Juridiction spéciale pour la paix. À ce propos, le Royaume-Uni a espéré que les parties s'accorderont rapidement sur un nouveau mécanisme permettant de vérifier l'application des sanctions décidées par la Juridiction spéciale pour la paix.
Selon le Vice-Ministre colombien, ce tribunal est un « exemple pour le monde ». Au cours du second semestre 2025, les premières condamnations ont été prononcées contre les principaux responsables de violences, établissant des ordonnances axées sur les réparations, la non-répétition et la mise en œuvre de sanctions restauratives, a-t-il indiqué.
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