UNOG - United Nations Office at Geneva

05/29/2026 | News release | Distributed by Public on 05/29/2026 13:08

Les cas de violences sexuelles liées aux conflits ont plus que doublé en 2025, met en garde l’ONU

Près de 10.000 cas de violences sexuelles liées aux conflits ont été recensés dans le monde l'année dernière - soit plus du double du chiffre de l'année précédente -, alors que le viol, l'esclavage sexuel et les enlèvements ont été utilisés comme armes de guerre en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe et dans les Caraïbes.

Lors de la publication du rapport annuel de l'ONU vendredi, la Représentante spéciale Pramila Patten a indiqué que ces chiffres reflétaient une tendance mondiale qui s'accentuait, la crise étant alimentée par l'insécurité croissante, les déplacements de population et la baisse des ressources destinées aux survivantes.

« En 2025, les cas documentés de violences sexuelles utilisées comme tactique de guerre, de torture, de terrorisme et de répression politique, caractérisés par une brutalité extrême et visant de manière écrasante les femmes et les filles, ont augmenté de manière spectaculaire », a-t-elle affirmé aux journalistes au siège de l'ONU à New York.

Le rapport a recensé 9.788 cas de violences sexuelles liées aux conflits en 2025. Toutefois, ce chiffre ne reflétait pas la réalité brutale, selon Mme Patten.

« Les chiffres contenus dans ce rapport ne doivent pas être considérés comme un tableau complet, mais comme une indication d'un schéma beaucoup plus large de violations qui restent largement invisibles et sous-déclarées », a-t-elle ajouté.

Des civils pris pour cibles

Le document fait état de viols, de viols collectifs, d'esclavage sexuel, de mariages forcés, de traite et d'enlèvements commis tant par des acteurs étatiques que non étatiques dans 21 pays touchés par des conflits.

Les femmes et les filles sont restées les principales cibles, bien que les hommes et les garçons aient également été victimes de violences sexuelles, souvent en détention et à titre de torture. Les personnes LGBTQI+ ont également été exposées à un risque accru de persécution et de harcèlement ciblés.

Selon le rapport, l'âge des victimes allait de 1 à 70 ans dont des cas impliquant des personnes handicapées.

Pour Mme Patten, ces violences s'accompagnaient fréquemment de violences physiques extrêmes, notamment des meurtres après un viol et des cas de suicide parmi les survivants.

« Au fond, ce rapport traite de la souffrance humaine de tous ces survivants et de ces communautés vivant dans l'ombre de la guerre », a-t-elle détaillé.

Groupes armés et accès

Le document souligne que les groupes armés non étatiques, y compris les groupes criminels organisés, continuent de recourir à la violence sexuelle pour exercer leur contrôle sur les communautés et les territoires, notamment dans les zones riches en ressources naturelles.

Les femmes et les filles déplacées ou réfugiées sont exposées à des risques accrus, en particulier dans les zones reculées et frontalières où les réseaux de soutien se sont effondrés.

Selon les conclusions du rapport, la disponibilité généralisée des armes légères continue également d'alimenter la violence sexuelle dans de nombreux conflits.

Parallèlement, les restrictions à l'accès humanitaire, l'insécurité et le manque de financement rendaient plus difficile la documentation des abus et l'aide aux survivantes.

© UNICEF/Jospin Benekire Une jeune mère en République démocratique du Congo, victime d'un viol, tient dans ses bras son bébé de 18 mois (Archives)

Auteurs de violences avérés

L'annexe du document recense 77 parties jugées responsables de pratiques systématiques de violences sexuelles liées au conflit, dont 62 acteurs non étatiques.

Parmi les nouveaux ajouts figurent trois groupes armés non étatiques opérant en République démocratique du Congo : les éléments armés Wazalendo, les Forces nationales de libération et les Maï-Maï du groupe armé de l'Union des patriotes pour la libération du Congo.

Deux acteurs étatiques - les forces armées et de sécurité russes, ainsi que les forces armées et de sécurité israéliennes - ont également été ajoutés à la liste, à la suite de constatations de pratiques persistantes de violences sexuelles documentées par l'ONU.

Ces deux parties avaient été « mises en garde » l'année dernière « quant à leur inscription potentielle sur la liste lors de la prochaine période de référence ».

Appel à l'action

Le rapport exhorte le Conseil de sécurité et les États membres à renforcer la prévention, la responsabilisation et le soutien aux survivants.

Parmi les recommandations figurent :

- garantir un accès humanitaire sans entrave,

- renforcer les mécanismes de surveillance et de sanctions,

- soutenir les conseillers en matière de protection des femmes au sein des missions de l'ONU,

- renforcer les enquêtes et les poursuites judiciaires,

- et augmenter le financement des services médicaux, psychosociaux et juridiques.

Mme Patten a appelé à ce que l'attention reste centrée sur les survivants. Car

ces violations ne sont « ni isolées ni limitées à quelques contextes ».

« Elles revêtent une ampleur mondiale, ont des conséquences dévastatrices et exigent une réponse axée non pas sur des gesticulations politiques, une indignation sélective ou des discours préconçus, mais sur les droits, les besoins et la dignité des victimes et des survivants », a-t-elle fait valoir.

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