WHO - World Health Organization

08/24/2026 | Press release | Archived content

Allocution liminaire du Directeur général de l’OMS à la 76e session du Comité régional de l’Afrique – 24 août 2026

Votre Excellence Taye Atske Sélassié, Président de l'Éthiopie,

Votre Excellence Mahmoud Ali Youssouf, Président de la Commission de l'Union africaine,

L'honorable Dre Assa Badiallo Touré, Ministre de la santé et du développement social du Mali et présidente du soixante-quinzième Comité régional,

L'honorable Dre Mekdes Daba Feyssa, Ministre de la santé d'Éthiopie,

Mesdames et Messieurs les ministres et cheffes ou chefs de délégation,

Mon ami et collègue, le Directeur régional, Professeur Mohamed Janabi,

Chers collègues et amis, chères collègues et amies,

Bonjour à toutes et à tous. Je regrette profondément de ne pas pouvoir être avec vous en personne aujourd'hui.

Je remercie le Gouvernement et le peuple éthiopien, en particulier Son Excellence le Président, d'accueillir la réunion du Comité régional cette année,

Je remercie également le Professeur Janabi pour son premier rapport complet en tant que Directeur régional, qui rend compte de l'une des années les plus difficiles et les plus importantes de l'histoire récente de la Région.

Malgré les réductions les plus drastiques enregistrées par le financement international de la santé depuis une génération, notre Région a réalisé des progrès significatifs l'année dernière.

Huit pays, dont l'Algérie, le Burundi, le Cabo Verde, la Guinée, le Kenya, Maurice et le Sénégal, ont franchi des étapes majeures dans l'élimination de maladies.

Par ailleurs, plus de 28 millions de doses de médicaments contre les maladies tropicales négligées (MTN) ont été livrées malgré un gel des financements, notamment en République démocratique du Congo (RDC), pays qui supporte la plus lourde charge mondiale de la maladie du sommeil.

Selon les estimations, 21,7 millions de personnes vivant avec le VIH ont bénéficié d'un traitement ininterrompu, et le Botswana, l'Eswatini, le Lesotho, la Namibie, le Rwanda, la Zambie et le Zimbabwe ayant déjà atteint les objectifs 95-95-95.

Par ailleurs, la couverture du traitement antituberculeux est remontée à 74 %, contre 52 % en 2020, l'Ouganda traitant désormais plus de 90 % des cas selon les estimations.

Le « grand rattrapage » a permis d'atteindre plus de 18 millions d'enfants non vaccinés, et l'OMS a soutenu le déploiement du vaccin antipaludique dans 25 pays ; au Burkina Faso, le nombre de cas a déjà chuté de près d'un tiers.

Six pays supplémentaires ont introduit la vaccination contre le papillomavirus, et le Cabo Verde, Maurice et les Seychelles sont les premiers pays d'Afrique subsaharienne à parvenir à l'élimination vérifiée de la rougeole et de la rubéole.

Concernant la santé mentale, quatre millions de personnes supplémentaires au Ghana et au Zimbabwe ont désormais accès aux services.

Et les épidémies sont détectées et contenues plus rapidement - l'épidémie de maladie à virus Marburg en Éthiopie et la précédente épidémie de maladie d'Ebola en RDC ont toutes deux été endiguées en moins de 90 jours.

J'adresse mes félicitations à tous les États Membres et à l'ensemble des personnels pour ces bons résultats.

Mais comme nous le savons toutes et tous, la Région reste confrontée à de multiples défis.

Les familles paient encore un tiers des dépenses de santé de leur poche ;

le choléra a atteint un record régional avec plus de 245 000 cas ;

44 pays sur 47 ne sont pas en mesure d'enregistrer de manière fiable les causes de décès de leur population ;

et environ 70 % des décès maternels, ainsi que près de la moitié des décès d'enfants de moins de cinq ans dans le monde, surviennent en Afrique.

Nous nous réunissons également dans le contexte d'une épidémie de maladie d'Ebola en RDC. Il s'agit de la deuxième plus importante de l'histoire. Elle se propage plus rapidement que toutes les précédentes, avec plus de 5500 personnes infectées et plus de 2600 décès enregistrés dans six provinces.

L'épidémie avait déjà atteint l'Ouganda avant même que nous en ayons connaissance, bien que les mesures résolues prises par ce pays l'aient stoppée.

Avec le Gouvernement de la RDC, les CDC-Afrique et les partenaires, nous intensifions notre riposte.

Nous poursuivons également les essais cliniques de trois vaccins et de trois traitements.

Mais de nombreuses chaînes de transmission restent introuvables.

Il ne faut pas oublier non plus que la maladie d'Ebola n'est que l'une des menaces auxquelles la population de la RDC est confrontée. C'est pourquoi notre priorité absolue doit demeurer le renforcement des systèmes de santé en tant que fondement de la couverture sanitaire universelle.

Cette tâche est devenue plus difficile en raison des coupes drastiques dans le financement international auxquelles de nombreux pays ont dû faire face l'année dernière.

Le processus n'a pas été progressif. Des programmes vitaux se sont effondrés presque du jour au lendemain, des cliniques ont fermé et des personnels de santé ont perdu leur emploi.

Les programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose, le paludisme, les maladies tropicales négligées, ainsi que les soins maternels et néonatals ont été les plus durement touchés.

Votre Secrétariat a aidé les États Membres à mobiliser des ressources nationales, notamment des taxes sur les produits nocifs pour la santé : 15 pays ont ainsi réformé la fiscalité du tabac l'année dernière.

L'Afrique du Sud finance désormais les trois quarts de sa lutte contre le VIH sur ses ressources nationales, et le Nigéria a augmenté le financement national de la lutte contre la tuberculose.

Mais cette crise recèle une opportunité : s'affranchir de la dépendance vis-à-vis de l'aide et renforcer la souveraineté, l'autonomie et la solidarité en matière de santé.

Je trouve encourageant de constater que de nombreux pays de notre continent ont lancé de nombreuses initiatives.

Votre programme de travail cette semaine répond directement à ces défis.

La stratégie de financement de l'avenir de la santé définit la manière dont la Région peut passer, au cours de la prochaine décennie, d'une situation de dépendance à des systèmes financés au niveau national.

Le Programme de gestion des personnels de santé en Afrique s'attaque à la pénurie chronique d'agentes et d'agents de santé.

Et la stratégie régionale de réglementation des produits médicaux jette les bases de la production locale.

Ces initiatives s'inscrivent dans le prolongement des travaux menés par l'OMS pour renforcer la production locale grâce au Centre de transfert de ‎technologie pour les vaccins à ARNm, situé au Cap, ainsi qu'à l'appui technique et financier que nous avons apporté à l'Agence africaine du médicament.

Je félicite l'Éthiopie, et aujourd'hui le Mozambique, pour avoir atteint le niveau de maturité 3 en matière de réglementation.

Une production locale renforcée nous permet également d'accélérer la lutte contre la résistance aux antimicrobiens.

Chères et chers collègues, les points inscrits à votre ordre du jour ne constituent pas des documents distincts.

Guidés par votre vision, « Une nouvelle ère de santé pour l'Afrique », ils constituent le modèle de l'avenir que vous choisissez - un avenir défini par la souveraineté et la solidarité.

L'année écoulée a également été marquée par des changements profonds pour l'OMS.

Même si les coupes auxquelles nous avons dû faire face ont été un choc, c'était un choc que nous avions prévu et auquel nous nous étions préparés.

Lorsque nous avons entamé la transformation de l'OMS en 2017, nous avons identifié notre dépendance excessive à l'égard d'une poignée de donateurs comme un risque majeur.

Nous avons proposé un plan, approuvé en 2022, visant à porter les contributions fixées à 50 % du budget de base, contre seulement 20 % auparavant.

Comme vous le savez, la première augmentation a eu lieu en 2023, la deuxième en 2025, et trois autres sont prévues : en 2027, en 2029 et en 2031.

Nous avons également élargi notre base de donateurs par l'intermédiaire de la Fondation pour l'OMS et de notre premier cycle d'investissement - et je remercie les 22 États Membres d'Afrique qui y ont contribué.

Grâce à ces mesures, nous avons mobilisé 92 % des ressources nécessaires au budget de base du présent exercice (2026-2027), ce qui représente notre meilleur résultat jamais enregistré à ce stade d'un exercice biennal.

Par ailleurs, étant donné que la majorité des contributions volontaires demeurent préaffectées, des poches de sous-financement subsistent dans bon nombre de nos domaines d'activité.

Nous avons désormais achevé le processus de redéfinition des priorités et de réorientation, et atteint un point de stabilité : nous sommes désormais plus indépendants et ciblons mieux nos activités.

Ce fut possible grâce à votre soutien.

Dans le même temps, nous ne devons pas oublier que l'OMS n'est qu'une partie de l'architecture de la santé mondiale, et que les coupes budgétaires de l'année dernière ont mis en lumière des faiblesses qui doivent être corrigées.

Lors de l'Assemblée mondiale de la Santé en mai, les États Membres ont confié au Secrétariat l'organisation d'un processus conjoint de réforme, centré sur les pays, inclusif et transparent.

Un groupe de travail a été mis en place et il présentera son rapport plus tard cette année.

L'OMS aborde ce processus avec humilité, dans le cadre de son rôle fédérateur, rassemblant différentes parties prenantes sur un pied d'égalité.

Votre Excellence le Président Taye Atske Selassie,

Excellences, chères collègues et amies, chers collègues et amis, permettez-moi de vous présenter cinq priorités pour l'année à venir. Il s'agit d'une liste de choses à faire, si vous voulez.

Premièrement, finaliser l'annexe PABS afin que l'Accord sur les pandémies puisse entrer en vigueur.

Deuxièmement, approuver la prochaine augmentation des contributions fixées lors de l'Assemblée mondiale de la Santé en mai prochain, ce qui permettra de continuer à renforcer le financement durable de l'Organisation.

Troisièmement, s'engager activement dans la réforme de l'architecture de la santé mondiale et définir celle qui convient.

Quatrièmement, soutenir la lutte contre la maladie d'Ebola en RDC.

Et cinquièmement : s'appuyer sur la transformation de l'OMS pour continuer à bâtir une Organisation plus simple et plus efficace, qui obtient des résultats là où c'est le plus important, c'est-à-dire dans vos pays.

Comme vous le savez, et comme mon collègue et ami, le Professeur Janabi, l'a dit plus tôt, c'est ma dernière réunion du Comité régional en tant que Directeur général, mon mandat se terminant en août 2027.

Lorsque je me suis adressé pour la première fois à ce Comité, au Zimbabwe, en 2017, j'ai affirmé que c'était aux États Membres de tenir les rênes, de définir leurs propres priorités.

Neuf ans plus tard, c'est aujourd'hui le principe sur lequel l'Afrique finance, gouverne et assure sa propre santé.

Notre Afrique se trouve à un tournant.

Pendant de nombreuses années, nous avons compté sur des donateurs étrangers, et bien entendu, nous leur en sommes reconnaissants.

Mais la vérité, c'est que l'Afrique perd bien plus d'argent qu'elle n'en reçoit.

Chaque année, le continent perd environ 90 milliards de dollars des États-Unis à cause de flux financiers illicites, soit plus que les 74 milliards USD qu'elle a reçus au titre de l'aide publique au développement en 2023.

Les gouvernements consacrent désormais davantage au service de la dette extérieure qu'ils ne reçoivent d'aide (163 milliards USD l'an dernier), plus de la moitié des pays dépensant davantage pour les intérêts que pour la santé.

Si nous parvenons à endiguer les flux financiers illicites, à obtenir des conditions d'endettement plus équitables et à tirer pleinement parti des taxes sur les produits nocifs pour la santé, parallèlement aux autres réformes nationales déjà en cours, l'Afrique disposera de ressources amplement suffisantes pour financer la santé de sa population.

C'est la nouvelle ère que nous devons bâtir : une ère définie et financée par l'Afrique, pour l'Afrique, au cours de laquelle nous construirons ensemble l'Afrique que nous voulons tous : une Afrique plus saine, plus sûre et plus juste.

Je remercie tous les États Membres ainsi que toutes et tous mes collègues des bureaux régionaux et des bureaux de pays pour leur soutien et pour tout ce qu'ils ont fait et continuent de faire.

Avoir occupé le poste de Directeur général a été pour moi le plus grand honneur de ma vie, et j'espère que vous continuerez à me soutenir dans la mise en œuvre de la vision que j'ai présentée pour l'année à venir.

Je vous souhaite à toutes et tous beaucoup de succès.

Je vous remercie.

WHO - World Health Organization published this content on August 24, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on August 27, 2026 at 02:08 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]