07/07/2026 | News release | Distributed by Public on 07/07/2026 13:44
Quelques minutes plus tard, Cuba répondait en accusant Washington de mener contre l'île une « guerre multidimensionnelle » et un « siège énergétique » assimilable à « un blocus naval ». Dans cet échange virulent, une évidence : le traditionnel débat annuel sur le blocus américain a changé de nature.
Pendant des décennies, la confrontation opposait deux récits désormais bien connus. D'un côté, La Havane dénonçait un embargo économique et financier vieux de plus de 60 ans, principal obstacle à son développement. De l'autre, Washington imputait les difficultés de l'île à l'échec de son système politique d'inspiration marxiste. Cette année, un nouvel acteur domine les échanges : le pétrole. Ou plus exactement son absence.
Depuis le début de 2026, Cuba traverse la plus grave crise énergétique de son histoire récente. Les coupures de courant s'étendent parfois sur plusieurs jours, paralysant les transports, interrompant l'approvisionnement en eau potable, désorganisant les hôpitaux et aggravant les pénuries alimentaires. Lundi encore, l'ensemble du réseau électrique national s'est effondré, plongeant une nouvelle fois près de dix millions d'habitants dans le noir.
ONU Photos / Manuel Elías L'Assemblée générale de l'ONU vote pour décider de la tenue du débat sur la nécessité de mettre fin à l'embargo économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba.Au cœur de cette crise se trouve une nouvelle stratégie américaine. Depuis le retour du président Donald Trump à la Maison Blanche, Washington ne se contente plus de maintenir le blocus économique hérité de la guerre froide. Son administration exerce désormais de fortes pressions sur les pays et les entreprises qui approvisionnent Cuba en hydrocarbures, notamment le Venezuela et le Mexique, multipliant sanctions secondaires et menaces contre les transporteurs. Pour La Havane, il ne s'agit plus seulement d'un embargo commercial, mais d'une tentative assumée d'asphyxie énergétique.
« Le gouvernement des États-Unis mène contre Cuba une guerre multidimensionnelle, non conventionnelle, qui dure depuis près de sept décennies et qui est devenue encore plus cruelle ces sept derniers mois », a lancé le ministre cubain des affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla. « S'y ajoute désormais un siège énergétique équivalant à un blocus naval, qui constitue un acte de guerre ».
Le chef de la diplomatie cubaine décrit une île confrontée à des coupures de courant interminables, à des pénuries d'eau et de médicaments et à une hausse de la mortalité infantile, qu'il attribue directement au durcissement des sanctions américaines. Les pertes économiques imputables au blocus entre mars 2025 et février 2026 atteindraient un niveau record de 8 milliards de dollars, sans même prendre en compte les effets du « siège énergétique » instauré cette année.
Washington déroule un récit diamétralement opposé.
Le représentant américain n'a pas tant cherché à répondre aux accusations cubaines qu'à délégitimer le débat lui-même. A ses yeux, cette réunion constitue une opération de communication orchestrée par La Havane afin de détourner l'attention de ses propres responsabilités.
« La Havane organise cette réunion année après année [...] parce qu'elle veut faire de cette Assemblée le complice de sa machine de répression », a-t-il affirmé. « Le véritable embargo cubain n'est pas celui que La Havane prétend subir. C'est celui que le régime impose à son propre peuple : à la liberté d'expression, à la liberté de culte, à l'entreprise, à la dissidence, aux droits politiques, à l'espoir et, désormais, très littéralement, à la lumière ».
Le diplomate américain a insisté sur les quelque 800 prisonniers politiques détenus selon Washington, accusant les autorités cubaines de réserver l'électricité disponible aux bureaux du régime pendant que les habitants restent plongés dans l'obscurité.
Pour illustrer son propos, il est allé jusqu'à dénoncer le coût même de la réunion. Les 84 000 dollars que représenterait cette séance de trois heures permettraient, selon lui, de nourrir des milliers d'enfants cubains, d'acheter des kits médicaux d'urgence ou encore des lampes solaires pour des familles privées d'électricité.
La Russie est venue apporter un soutien sans ambiguïté à son allié cubain, en reprenant presque point par point les arguments de La Havane.
« Imaginez une journée ordinaire à Cuba. Vous vous réveillez. Il n'y a pas d'électricité. Il n'y a plus d'eau parce que les pompes se sont arrêtées. Les aliments dans le réfrigérateur sont avariés. Les transports publics sont à l'arrêt. L'hôpital le plus proche fonctionne sur des générateurs de secours », a déclaré son représentant.
Pour Moscou, les pénuries ne résultent pas d'une incapacité économique cubaine, mais de l'impossibilité d'acheminer librement du carburant vers l'île sous l'effet des sanctions extraterritoriales américaines. Le diplomate russe a affirmé que les livraisons d'hydrocarbures ont « pratiquement cessé » depuis le début de l'année, à l'exception d'un pétrolier russe ayant livré en mars 100 000 tonnes de pétrole brut à titre d'aide humanitaire.
Il a cité également une chute du produit intérieur brut comprise entre 20 % et 24 % au premier trimestre 2026, une inflation de 13 % et une forte hausse des prix agricoles. Il est même allé jusqu'à convoquer un parallèle historique saisissant : la ration quotidienne de pain distribuée aujourd'hui aux Cubains - 60 grammes par personne - est inférieure, affirme-t-il, aux 125 grammes accordés aux habitants de Léningrad au plus fort du siège nazi.
Depuis 1992, l'Assemblée générale adopte chaque année, à une majorité écrasante, une résolution demandant la levée du blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba. Washington continue de défendre ces sanctions comme un moyen de pression sur un régime autoritaire, tandis que la grande majorité des États membres les jugent contraires au droit international en raison de leurs effets extraterritoriaux.
Mais le débat de cette année révèle une évolution importante. La controverse ne porte plus seulement sur les conséquences d'un embargo instauré au début des années 1960. Elle se concentre désormais sur une crise énergétique aiguë qui sert de terrain à une nouvelle confrontation entre Washington et La Havane.
D'un côté, les États-Unis affirment que les coupures d'électricité sont la conséquence directe de décennies de mauvaise gestion économique et de répression politique. De l'autre, Cuba soutient que le durcissement des mesures américaines contre ses approvisionnements pétroliers transforme progressivement les sanctions économiques en véritable instrument d'asphyxie énergétique.
Dans cette bataille diplomatique, chacun revendique la même image - une île plongée dans le noir - pour en tirer une conclusion exactement inverse. Pour Washington, cette obscurité est le symbole de l'échec du régime cubain. Pour La Havane, elle est devenue la preuve la plus visible d'une stratégie américaine de pression maximale. C'est désormais autour de cette question que se joue l'affrontement.
POUR EN SAVOIR PLUS, lire, ci-dessous, la couverture en direct assurée par nos collègues de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :