01/16/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/16/2026 06:58
Le recyclage est aujourd'hui sous pression en Europe, alerte Harld Peters, CEO de Renewi, géant de la valorisation des déchets. En cause, tant la concurrence de matières premières importées que des règles locales inadaptées.
C'est une entreprise plus connue pour ses camions et ses poubelles, que pour sa taille et l'étendue de ses activités. Pourtant, Renewi est un gros morceau: 6.700 employés dont 2.400 en Belgique, l'un de ses deux principaux marchés avec les Pays-Bas, devant la France et le Portugal.
Recyclage du verre, des composants électroniques, nettoyage de l'eau, dépollution des sols, transport de déchets chimiques, etc. Ce spécialiste du traitement et recyclage des déchets, né de la fusion de Shanks (Royaume-Uni) et Van Gansewinkel (Pays-Bas) en 2017, réalise largement plus d'un milliard et demi d'euros de chiffre d'affaires par an, et affiche l'ambition d'être un leader européen de la valorisation des déchets.
Pourtant, ce n'est pas avec l'âme conquérante que son CEO, Harld Peters, nous déroule les difficultés actuelles de son secteur. "Le recyclage est un pilier stratégique pour l'Europe, mais il subit actuellement une forte pression due aux importations bon marché, et à une réglementation fragmentée. Nous devons choisir maintenant: rester dépendants de matières premières bon marché et polluantes, ou construire une économie circulaire solide." Le mérite de la clarté.
L'homme, patron de Renewi depuis juillet 2025, soit quelques mois à peine après le rachat de l'entreprise par deux fonds d'investissement (un canadien et un australien), semble bien décidé à tirer la sonnette d'alarme. Pourquoi donc? Premier problème majeur: la concurrence des matières premières importées, à bas coût. "Les processus de recyclage de plastique existants sont aujourd'hui sous forte pression", cadre le CEO.
Pourquoi investir dans de nouvelles technologies de recyclage? "Pour l'instant, et notamment suite à la guerre en Ukraine, les importations de plastique vierge en provenance de Chine sont largement moins chères que le plastique recyclé en Europe." Donner des chiffres est compliqué, assure le CEO, tant les segments et les qualités de produits varient, mais la différence de prix serait à deux chiffres, en termes de pourcentage, avance Harld Peters. Inutile dans ce contexte pour les recycleurs d'espérer faire rentrer suffisamment de cash en vue d'investir.
"Tous les investissements doivent avoir un business case. Pour l'instant, et certainement dans le cas du recyclage du plastique, on n'y est pas." Or, ces investissements permettraient d'augmenter le niveau de qualité des produits issus du recyclage, et de démultiplier les possibilités d'en faire des débouchés commerciaux à destination d'autres industries, promet Renewi, en citant les déchets de construction, qui ont longtemps servi uniquement pour du remblai de routes, et que l'entreprise espère pouvoir convertir en matière première pour du ciment, ce qui lui permettrait de dégager de nouveaux revenus.
Deuxième problème majeur pour le CEO de Renewi: les règles du jeu. "On manque de règles claires et de long terme, tant au niveau européen qu'au niveau des États. C'est une industrie dans laquelle la technologie peut jouer un rôle majeur. Mais pour réaliser les investissements nécessaires, il faut arrêter de changer les législations tous les deux ans. Nous avons besoin de visibilité sur dix, 15, 20 ans." Harld Peters déplore également le morcellement des règles entre pays européens, en brandissant un nouvel exemple: les Pays-Bas mènent actuellement des discussions sur une taxe sur le CO₂ qui passerait de 140 à 340 euros la tonne - dans la dernière proposition du gouvernement néerlandais. "Il y a dès lors un risque que, vu l'augmentation de presque 250% du coût, toutes les entreprises néerlandaises transfèrent leurs déchets vers d'autres pays européens. Il faut mettre un terme à cette concurrence interne à l'Europe".
Le risque? Un désert du recyclage. Ou comment la fragmentation des règles en Europe a, une nouvelle fois, des conséquences sur l'investissement. "Dans un futur proche, nous aurons besoin d'entreprises capables de recycler. L'Europe a une vision à horizon 2030 et 2035 (il fait notamment référence à l'obligation de recyclage de 55% des plastiques à horizon 2030, NDLR).
Mais le risque, si rien ne change, c'est que nous n'ayons tout simplement pas les capacités de recyclage requises pour atteindre les objectifs que nous nous fixons."
"Rien que dans le Benelux, ce sont au moins une dizaine d'entreprises spécialisées dans le recyclage du plastique qui ont disparu. Or, face aux États-Unis et à la Chine, je crois que l'Europe a bien compris l'intérêt de diminuer au maximum sa dépendance vis-à-vis de matières premières primaires. Malgré cela, l'inertie politique dans la prise de décision demeure. Elle est douloureuse à voir, cette incapacité européenne à formuler une réponse valable face à des menaces extérieures". Si l'Europe a bien compris son intérêt, lui reste encore dès lors à réagir à la hauteur de l'enjeu.
[Source : L'Echo 16/01/2026]