03/20/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/20/2026 08:16
Arrêté par l'armée russe en mars 2022, le journaliste ukrainien Dmytro Khyliuk a passé plus de trois ans dans les geôles du Kremlin, où il a été battu, affamé et privé d'informations avant d'être libéré lors d'un échange de prisonniers, le 24 août 2025. De retour en Ukraine, il se mobilise sans relâche pour obtenir la libération de ses 26 confrères toujours détenus par Moscou.
Né en 1975, Dmytro Khyliuk s'est tourné vers le journalisme à 30 ans « par hasard » et y a découvert une vocation et un métier : « Le journalisme permet de demander des comptes aux autorités et de rendre service à la société. » En 2014, il rejoint l'Agence ukrainienne d'information indépendante (UNIAN), fondée en 1993, où il couvre les questions politiques. Son parcours est indissociable des périodes clés de l'histoire contemporaine de l'Ukraine : la révolution de la dignité (ou de Maïdan) en 2013-2014, l'occupation de la Crimée, la guerre dans le Donbass, puis l'invasion russe le 24 février 2022.
Le 3 mars 2022, il se trouve avec son père dans leur jardin de Kozarovychi, un village au nord de Kyiv dont les forces ukrainiennes ont détruit le barrage pour enrayer l'invasion ennemie. Des soldats russes les interceptent, les plaquent au sol et les arrêtent. Commencent alors pour Dmytro Khyliuk plus de trois ans de détention arbitraire. D'abord emprisonné sur place, il est transféré viale Bélarus à Novozybkov, dans le sud-ouest de la Russie, avant d'être enfermé à la colonie pénitentiaire IK-7 de Pakino, dans la région de Vladimir, à 200 km à l'est de Moscou. Les coups, les humiliations, le froid et la faim rythment son quotidien. Selon ses codétenus qui parviennent à donner de ses nouvelles, son poids tombe à 45 kilos. Pour lui, « le plus difficile reste l'absence totale d'information » : il ignore tout de ce qu'il se passe en Ukraine. Jusqu'au 24 août 2025, jour de sa libération, lorsqu'il retrouve enfin ses proches.
Depuis, Dmytro Khyliuk multiplie les prises de parole à Kyiv, Strasbourg ou Bruxelles. Inlassablement, il raconte son calvaire et rappelle le sort des 26 journalistes ukrainiens encore emprisonnés par la Russie de Poutine. Nommer les victimes, raconter leur histoire et maintenir la pression contre le Kremlin est pour lui une absolue nécessité. De retour à son poste de journaliste politique chez UNIAN, Dmytro Khyliuk assume aussi son rôle de témoin et de porte-parole : faire entendre aujourd'hui la voix que la Russie lui a volée pendant plus de trois ans.
Par Pauline Maufrais, chargée de la zone Ukraine pour RSF
Cet article a été initialement publié en français dans le numéro de mars 2026 de l'Album photo de RSF 100 photos pour la liberté de la presse.