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UNOG - United Nations Office at Geneva

01/27/2026 | News release | Distributed by Public on 01/27/2026 23:19

À l’ONU, les voix de la Shoah face au retour de la haine

La grande salle de l'Assemblée générale était comble, lundi à New York, pour la journée internationale consacrée à la mémoire des victimes de l'Holocauste. En présence du chef des Nations Unies et de dizaines de délégations, la cérémonie a mis au centre celles et ceux dont la voix se fait chaque année plus rare : les survivants.

À l'ouverture, l'hémicycle s'est levé pour les applaudir. Puis, à l'invitation de Melissa Fleming, qui dirige le département de la communication de l'ONU, les participants ont observé une minute de silence, debout, à la mémoire des millions de victimes de l'Holocauste.

Chaque 27 janvier, date anniversaire de la libération par l'Armée rouge du camp d'Auschwitz, en Pologne en 1945, la communauté internationale commémore les six millions de Juifs assassinés par les nazis et leurs collaborateurs. Cette mémoire inclut aussi celle des Roms et des Sintis, des personnes handicapées, des personnes LGBTIQ+ et de toutes celles et ceux pris dans la mécanique de déshumanisation, de persécution et d'extermination de l'Allemagne hitlérienne.

Mais cette année, à l'ONU, la commémoration a pris un ton plus grave encore : celui de l'urgence.

La veille, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, avait appelé la communauté internationale à « ne pas seulement regarder vers le passé, mais à réfléchir à notre présent et à protéger notre avenir », soulignant que la mémoire de la Shoah ne peut être dissociée des choix politiques et sociaux d'aujourd'hui.

US Holocaust Memorial Museum/Yad Vashem
Les prisonniers juifs sont soumis à un processus de sélection sur une rampe à Auschwitz-Birkenau, en Pologne.

« Ils vivent dans notre mémoire »

À 97 ans, Evelyn Konrad s'est avancée au pupitre de l'Assemblée. Née à Vienne en 1928, elle n'a jamais retrouvé les siens. Sa grand-mère est morte sur un transport vers le camp d'extermination de Treblinka. « Ils n'ont pas de tombes. Mais ils vivent dans notre mémoire », a-t-elle lancé, avant de rappeler la mission transmise « à nos enfants et aux enfants de nos enfants : le devoir humain de se souvenir des six millions ».

Les Nations Unies s'emploient à lutter contre l'antisémitisme par l'éducation, la mémoire et la prévention :

  • L'un des piliers de cette action est le Programme de sensibilisation des Nations Unies sur l'Holocauste, créé par une résolution de l'Assemblée générale afin de promouvoir la mémoire et l'enseignement de l'Holocauste, et de lutter contre sa négation et sa déformation. Parmi ses nombreuses activités, ce programme pilote chaque année la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste. Des expositions sont disponibles en ligne.
  • Le Bureau des Nations Unies pour la prévention du génocide et la responsabilité de protéger œuvre à l'identification des signes avant-coureurs de génocides et de crimes connexes, notamment l'incitation à la haine et la discrimination. Ensemble, ces initiatives traduisent l'engagement des Nations unies à combattre l'antisémitisme dans le monde.
  • Chaque membre du personnel des Nations Unies est encouragé à suivre un cours introductif en ligne gratuit sur la stratégie et le plan d'action des Nations Unies contre les discours de haine, qui inclut la lutte contre l'antisémitisme. Ce cours a été conçu par le Bureau des Nations Unies pour la prévention du génocide et la responsabilité de protéger, en collaboration avec le Collège des cadres du système des Nations unies (UNSSC).
  • L'ONU lutte également contre l'antisémitisme à travers des efforts plus larges visant à combattre les discours de haine. L'initiative #NoToHate promeut la tolérance, l'inclusion et le respect des droits humains, en encourageant chacun à s'opposer à la haine et à la discrimination sous toutes leurs formes. Des vidéos sont disponibles, ainsi que des ressources pédagogiques adaptées à l'âge des enfants, à visionner et à télécharger.
  • Ces actions s'inscrivent dans le cadre du plan d'action des Nations Unies pour renforcer la surveillance et la réponse face à l'antisémitisme.
  • Enfin, les Nations Unies s'efforcent de lutter contre les discours de haine à travers leur programme de sensibilisation consacré au génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, ainsi que par leur soutien au programme de sensibilisation sur le massacre de Srebrenica.

Son récit a ravivé le souvenir d'une Vienne annexée par l'Allemagne nazie, qui n'était déjà plus la sienne : les bottes sur le pavé, les regards détournés, l'humiliation ordinaire. « Si les Allemands gagnent, est-ce que cela voudra dire qu'ils avaient raison au sujet des Juifs ? », se souvient-elle avoir demandé, enfant, à son père. La réponse, apprise trop tôt, reste suspendue à notre époque.

La haine commence par les mots

Entourée de sa fille et des petits enfants, Sara Weinstein, née en 1935 dans l'actuelle Ukraine, a parlé en hébreu, entourée de ses filles et de ses petites-filles. Elle avait quatre ans quand la guerre a commencé. Neuf quand elle est sortie de la forêt où elle s'était cachée pendant trois ans, pieds nus, affamée, après avoir vu sa mère mourir en la protégeant de son corps.

« La Shoah n'a pas commencé avec les chambres à gaz », a-t-elle martelé. « Elle a commencé par des mots, par l'incitation, par la propagande, par l'indifférence ». Puis cette mise en garde, sans emphase : « La haine ne s'arrête jamais aux Juifs ».

Son témoignage a basculé vers le présent. Elle a évoqué le massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas en Israël, les enfants fuyant des maisons en feu, les otages enfermés sans air, sans lumière. « Nos pires cauchemars sont revenus », a-t-elle dit, appelant l'Assemblée à ne plus détourner le regard.

Les absents sans sépulture

La voix d'Halyna Tomenko, trop fragile pour voyager depuis l'Ukraine, a résonné par vidéo. Roma, née en 1945, elle a raconté une persécution « sans registres ni reconnaissance », menée « par balles », dans des fosses communes sans noms. « Le traumatisme ne disparaît pas avec le temps », a-t-elle expliqué. « Il se transmet. Mais la force aussi ».

Sa petite-fille, Nataliia Tomenko, a rappelé que le génocide des Roms et des Sintis demeure l'un des crimes les moins reconnus du nazisme. « Ce travail de mémoire n'est pas symbolique », a-t-elle insisté. « Il est protecteur ».

Quatre galets pour survivre

Dernière survivante à prendre la parole, Marion Blumenthal Lazan, née en Allemagne en 1934, a déroulé le fil du camp de transit de Westerbork et du camp de concentration de Bergen-Belsen : les appels interminables dans le froid, les cadavres entassés, la peur constante. Enfant, elle jouait à un jeu : trouver quatre galets de même taille pour sauver les quatre membres de sa famille. Tous n'y survivront pas.

À la fin de son intervention, elle a brandi l'étoile jaune qu'elle fut contrainte de porter. « C'était une manière de nous dégrader et de nous isoler », a-t-elle rappelé, appelant chacun à « faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que cela ne se reproduise ».

L'alerte venue des écoles

Ces récits ne sont plus seulement des archives vivantes : ils dialoguent avec une réalité contemporaine inquiétante. Publiée à l'occasion de cette journée de commémoration, une étude de l'UNESCO menée auprès de plus de 2 000 enseignants dans 23 pays de l'Union européenne révèle que 78 % d'entre eux ont été confrontés à des incidents antisémites en classe. Plus de 60 % disent avoir entendu des propos négationnistes ou de distorsion de la Shoah, et un sur dix rapporte des agressions physiques contre des élèves juifs.

Pourtant, 70 % des enseignants interrogés n'ont reçu aucune formation spécifique pour y faire face. Un angle mort que l'UNESCO tente de combler par des outils pédagogiques et des programmes de formation, alors même que la haine circule désormais à la vitesse des algorithmes.

Photo de l'ONU / Evan Schneider
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, lors de la cérémonie commémorative pour les victimes de l'Holocauste.

La Shoah est un avertissement

À l'ouverture de la cérémonie, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a relié les témoignages entendus aux mécanismes mêmes du génocide. « La Shoah n'est pas seulement de l'histoire. C'est un avertissement », a-t-il déclaré, mettant en garde contre un passé nié ou instrumentalisé, où « les mots deviennent des armes ». Il a appelé à « s'opposer à l'antisémitisme et à toutes les formes de haine, partout et toujours ».

La présidente de l'Assemblée générale, Annalena Baerbock, a insisté sur cette continuité entre discours et violence. « La Shoah n'a pas commencé par le meurtre », a-t-elle rappelé. « Elle a commencé par des mots, par des lois, par le silence des voisins ».

Dans le même registre, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, avait exhorté dans un communiqué publié la veille la communauté internationale à « ne pas seulement regarder vers le passé, mais à réfléchir à notre présent et à protéger notre avenir ».

Il a plaidé pour « des lois qui interdisent la discrimination », pour des responsables politiques qui « unissent au lieu de polariser », ainsi que pour des cadres numériques capables de contenir la haine sans étouffer la parole.

Une mémoire sous tension

À l'heure où les actes antisémites se multiplient et où les réseaux sociaux charrient mensonges et appels à la haine, la cérémonie n'a offert ni consolation facile ni illusion de clôture.

Seulement cette injonction, répétée par tous les intervenants : se souvenir ne suffit pas. La mémoire, si elle ne se transforme pas en vigilance, en éducation et en protection, finit par s'éroder - et avec elle l'engagement né de la libération d'Auschwitz : plus jamais ça.

UNOG - United Nations Office at Geneva published this content on January 27, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on January 28, 2026 at 05:20 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]