UNOG - United Nations Office at Geneva

06/24/2026 | News release | Distributed by Public on 06/24/2026 13:25

Violences contre les femmes : une misogynie numérique dopée à l'IA

Des deepfakes pornographiques aux campagnes de harcèlement sur les réseaux sociaux, l'intelligence artificielle ouvre un nouveau front dans les violences faites aux femmes. Pour l'ONU, cette misogynie en ligne menace les droits durablement acquis des femmes dans la vie publique, tandis que les violences domestiques continuent de tuer chaque jour à huis clos.

La haine des femmes ne s'exprime plus seulement dans la rue ou derrière les portes closes des foyers. Elle se propage désormais à l'échelle mondiale sur les réseaux sociaux, les plateformes numériques et jusque dans les outils d'intelligence artificielle.

Pour le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), cette nouvelle forme de misogynie constitue l'une des menaces les plus préoccupantes pour les droits des femmes.

Aux quatre coins du monde, des contenus misogynes ciblent de jeunes hommes en quête de réponses à leurs frustrations. Chômage, isolement, précarité ou sentiment de déclassement deviennent le terreau d'une rhétorique qui désigne les femmes comme responsables de leurs difficultés.

« Alors que la technologie, notamment l'IA, est de plus en plus détournée pour répandre la haine de manière anonyme, nous nous engageons sur une pente très dangereuse », a averti Awa Dabo, haute responsable spécialiste de la question au HCDH.

ONU Photos / Elma Okic L'intelligence artificielle est souvent utilisée pour promouvoir des stéréotypes dépassés concernant le rôle des femmes dans la société.

L'IA au service de la haine

Intervenant devant le Conseil des droits de l'homme lors d'un débat consacré aux violences domestiques, Mme Dabo a décrit une évolution rapide du phénomène. « Nous sommes confrontés à une oppression inventive et high-tech », a-t-elle affirmé.

Les chiffres illustrent cette mutation : près de 99 % des victimes de deepfakes (contenus manipulés) à caractère sexuel générés par intelligence artificielle sont des femmes.

La responsable onusienne a également évoqué une enquête récente révélant l'existence d'une communauté en ligne où des hommes échangeaient des conseils pour droguer et violer leurs épouses tout en échappant aux poursuites.

Selon elle, ces violences numériques produisent déjà un effet politique. « Au cours de mes voyages, je discute souvent avec des femmes et je me rends compte à quel point les réseaux sociaux ont été transformés en armes contre elles », a-t-elle déclaré. Et qui sait combien de femmes ont décidé de ne pas se présenter aux élections ou de ne pas postuler à des postes à responsabilité dans la fonction publique, parce qu'elles savent que cela ferait d'elles des cibles ?

Pour l'ONU, le risque est désormais clair. Le harcèlement en ligne ne se contente plus de faire taire certaines voix, il dissuade des femmes d'accéder aux responsabilités publiques.

La maison reste le lieu le plus dangereux

L'espace numérique n'est toutefois que l'un des visages de cette violence.

Pour des centaines de millions de femmes, le danger commence en franchissant le seuil de leur domicile. Violences physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques, le foyer demeure, pour beaucoup, le lieu où elles courent le plus grand risque.

« Aujourd'hui, quelque part dans le monde, une femme a peur de rentrer chez elle après le travail. Une autre craint que, si elle fuit les mauvais traitements, elle ne puisse plus subvenir aux besoins de ses enfants. Et une autre encore a été amenée à croire qu'elle-même et ses besoins n'ont aucune valeur », a déploré Mme Dabo.

ONU Info Le Forum pour le développement des femmes, la démocratie et la justice (FODDAJ), une organisation de la société civile au Kenya, mène une campagne pour éliminer les violences sexistes.

Près d'une femme sur trois dans le monde a subi des violences physiques ou sexuelles de la part d'un partenaire intime ou des violences sexuelles au cours de sa vie, une proportion qui n'a pratiquement pas diminué depuis 20 ans.

Plus de 60 % des féminicides sont commis par un partenaire ou un membre de la famille. Chaque jour, environ 137 femmes et filles sont ainsi tuées par un proche.

Les femmes vivant dans la pauvreté, les zones de conflit, les minorités raciales ou ethniques, les migrantes, les femmes en situation de handicap ainsi que les femmes lesbiennes, bisexuelles et queer sont touchées de manière disproportionnée.

« C'est l'une des violations des droits humains les plus répandues - et les plus tolérées - au monde », a dénoncé Mme Dabo, estimant que ces violences trouvent leur origine dans « des systèmes profondément enracinés du patriarcat ».

Au-delà des lois, une responsabilité collective

Pour les Nations Unies, le renforcement des lois reste indispensable. « Lorsque les gouvernements adoptent des mesures de protection juridique contre la violence domestique, sa prévalence diminue de près de moitié », a rappelé Mme Dabo.

Mais la réponse ne saurait s'arrêter au cadre législatif. L'ONU appelle également à renforcer les capacités des forces de police et de la justice afin que les victimes soient protégées et que les auteurs soient poursuivis, qu'ils agissent dans la sphère privée ou derrière l'anonymat des écrans.

Les entreprises technologiques sont, elles aussi, invitées à assumer leur part de responsabilité dans la diffusion des contenus misogynes et des violences facilitées par les nouvelles technologies.

« Les affaires récentes très médiatisées, notamment celles de Dominique Pelicot, de Jeffrey Epstein et d'autres, ont ravivé l'attention du public sur l'ampleur effroyable des abus subis par les femmes », a rappelé la Haute-Commissaire adjointe.

Pour les Nations Unies, le danger est de voir la violence contre les femmes cesser d'être perçue comme une exception pour devenir un élément banal de l'ordre social, amplifié par les technologies et toléré dans les faits.

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