06/09/2026 | News release | Distributed by Public on 06/09/2026 12:28
Cette vision contrastée imprègne le dernier état des lieux dressé par le Bureau régional des Nations Unies pour l'Afrique centrale (UNOCA). Derrière des avancées diplomatiques et institutionnelles, du Tchad au Cameroun en passant par le Gabon et la République du Congo, c'est un paysage de vulnérabilités qui se dessine.
La guerre au Soudan constitue aujourd'hui le principal facteur de déstabilisation régionale. Entré dans sa quatrième année, le conflit a déjà poussé plus de 900 000 réfugiés soudanais à franchir leur frontière orientale en direction du Tchad, auxquels s'ajoutent 300 000 Tchadiens de retour au pays. Une pression considérable pour l'un des États les plus pauvres au monde.
Venue présenter mardi devant le Conseil de sécurité le rapport de l'UNOCA, la Sous-Secrétaire générale pour l'Afrique, Martha Pobee, a insisté sur le fait que les conséquences du conflit soudanais « ne sauraient être surestimées ». Selon elle, l'afflux massif de populations déplacées fragilise la cohésion sociale dans l'est du Tchad et aggrave une crise humanitaire déjà sévère.
À cette pression démographique s'ajoute une détérioration sécuritaire. Les incursions transfrontalières répétées et les frappes de drones visant des positions militaires tchadiennes font craindre un élargissement progressif du conflit soudanais à l'ensemble de la région.
© PAM/Arete/Salamon Djek Il est sous le contrôle du PAM. Un enfant réfugié soudanais mange un supplément alimentaire nutritionnel dans la ville frontalière d'Adré, au Tchad.Plus à l'ouest, autour du lac Tchad, la violence a changé de visage sans pour autant disparaître. Une multitude de groupes issus de l'organisation terroriste djihadiste Boko Haram continue de mener des attaques contre les civils au Cameroun et au Tchad, profitant de zones frontalières où la présence de l'État demeure limitée.
Les armées de la région ont empêché l'effondrement sécuritaire redouté il y a une décennie. Mais elles n'ont pas réussi à éradiquer l'insurrection. Les groupes armés se fragmentent, se recomposent et exploitent les failles administratives d'un territoire immense où les services publics restent rares.
Martha Pobee a salué les engagements récents des présidents tchadien Mahamat Idriss Déby Itno et nigérian Bola Tinubu en faveur d'une coopération sécuritaire renforcée. Elle a toutefois rappelé qu'« une réponse sécuritaire à elle seule ne suffira pas à s'attaquer aux causes profondes de la crise ».
Pour les Nations Unies, le déficit de développement demeure l'un des principaux carburants de l'instabilité. Les programmes transfrontaliers de stabilisation, de relèvement et de résilience mis en place autour du lac Tchad restent largement sous-financés, alors même que les besoins humanitaires augmentent.
© PAM/Joseph Fambove Des femmes à Yagoua, au Cameroun, assistent à un événement axé sur la lutte contre l'insécurité alimentaire et le renforcement de la résilience communautaire.Mais ce sont peut-être les évolutions politiques qui inquiètent le plus les Nations Unies.
« Une tendance préoccupante à la multiplication des restrictions des droits civils et politiques est observée dans plusieurs parties de l'Afrique centrale », a averti Mme Pobee.
Le constat dressé par la responsable dépasse les situations nationales particulières. Au Tchad, les condamnations de figures de l'opposition ont ravivé les tensions politiques. Au Cameroun, la prolongation des mandats de responsables élus ainsi que certaines réformes institutionnelles sont contestées par l'opposition. Au Gabon, les restrictions d'accès aux réseaux sociaux, une loi controversée sur la nationalité et la détention de l'ancien Premier ministre Alain-Claude Billie-By-Nze alimentent les critiques. En République du Congo, l'opposition continue de dénoncer les conditions dans lesquelles s'est déroulée l'élection présidentielle de mars.
Pris séparément, ces épisodes relèvent de dynamiques nationales distinctes. Ensemble, ils dessinent toutefois une tendance régionale : un rétrécissement progressif de l'espace politique à un moment où plusieurs États cherchent à consolider leur stabilité.
Pour les Nations Unies, le risque n'est pas seulement démocratique. Il est également sécuritaire. L'affaiblissement des mécanismes de participation politique peut nourrir les frustrations, éroder la confiance dans les institutions et, à terme, créer de nouveaux foyers de tensions.
© OMS/Joël Lumbala Une équipe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) répond à l'épidémie d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).Cette accumulation de crises met également à l'épreuve les organisations régionales chargées d'y répondre.
La Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), longtemps critiquée pour son manque d'efficacité, tente de relancer son action. La nomination d'une nouvelle équipe dirigeante et l'élaboration d'un plan stratégique pour la période 2026-2030 sont perçues par l'ONU comme des signaux encourageants.
Reste à savoir si ces ambitions pourront être traduites en actes. Les besoins se multiplient à mesure que les crises s'additionnent : guerre au Soudan, insurrection persistante dans le bassin du lac Tchad, conflit séparatiste dans les régions anglophones du Cameroun, risques sanitaires liés à la flambée actuelle d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo.
L'Afrique centrale ne fait pas face à une crise unique, mais à plusieurs chocs simultanés qui se renforcent mutuellement. Les frontières deviennent plus poreuses aux conflits, tandis que les marges de manœuvre politiques et économiques se réduisent.
Dans cette région où les violences naissent souvent loin des capitales avant de gagner le centre du jeu politique, les Nations Unies voient se dessiner un même défi : empêcher que des fragilités locales ne se transforment en crises régionales.
POUR EN SAVOIR PLUS, lire, ci-dessous, la couverture en direct assurée par nos collègues de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :