03/11/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/12/2026 03:03
Depuis l'offensive américano-israélienne contre la République islamique d'Iran, et les frappes iraniennes contre plusieurs pays de la région, notamment des pays du Golfe et la Jordanie, les gouvernements de ces derniers ont renforcé leurs mesures répressives. L'étau autour des journalistes s'est ainsi encore resserré dans ces pays qui figurent parmi les plus hostiles au monde pour la liberté de la presse, selon le Classement de Reporters sans frontières (RSF).
"L'escalade de la violence autour de l'Iran sert de dangereux prétexte pour renforcer les restrictions à la liberté de la presse, en particulier dans les pays du Golfe, dont plusieurs figurent déjà parmi les derniers du Classement mondial de RSF. Les préoccupations légitimes de sécurité nationale et de lutte contre la propagande ne doivent pas porter atteinte au droit à l'information de la population. Les interdictions générales et floues de couvrir les événements, au nom de la sécurité, violent ce droit et exposent les journalistes aux arrestations et aux violences. La liberté de la presse n'est pas un luxe : elle garantit l'existence de toutes les autres, et elle doit être défendue, surtout contre des régimes qui l'ont trop souvent bafouée.
"Photographier sert l'ennemi" : le hashtag lancé en Arabie saoudite début mars résume la campagne des autorités pour criminaliser la couverture des conséquences de la guerre en Iran, sous prétexte de protéger la sécurité nationale. Comprenant notamment des visuels présentant des appareils photo comme des armes et des brochures de propagande, la campagne fut accompagnée d'un communiqué du gouvernement interdisant, ce 2 mars, "le partage de rumeurs ou de vidéos dont les sources sont inconnues", et demandant au public de se fier "uniquement aux sources officielles du gouvernement".
Le même jour, des images et des vidéos filmées par des citoyens, publiées en ligne, semblaient contredire les déclarations officielles du gouvernement selon lesquelles aucun missile n'avait franchi les défenses du pays. Face aux images d'un incendie à la raffinerie pétrolière de Ras Tanura, située sur le Golfe, le régime a fait marche arrière, reconnaissant qu'un missile avait frappé le site. Alors que les autorités continuent de nier tout autre dommage lié à la guerre, les journalistes n'ont toutefois pas pu se rendre sur les sites des impacts présumés afin de vérifier les faits. 19 journalistes sont actuellement détenus dans ce pays qui occupe le 166e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF.
Une répression contagieuse
Ce schéma s'étend à l'ensemble des pays du Golfe, jusqu'en Jordanie, et tend à interdire la couverture et la diffusion de toute information sur les frappes de missiles et de drones iraniens ayant visé ces pays ou ayant été interceptés sur leur territoire.
Aux Émirats arabes unis (164e au Classement RSF), le procureur général a interdit la publication d'images ou d'informations sur les frappes. En février, avant la guerre, le pays avait déjà renforcé la surveillance des publications sur les réseaux sociaux en raison de tensions apparues en février avec l'Arabie saoudite, liées à la gestion par les deux pays de la situation politique au Yémen voisin. Le dispositif mis en place à cette occasion - appelant les citoyens à signaler en ligne tout contenu jugé suspect - a, depuis le début du conflit en Iran, accéléré la dénonciation de publications liées à la guerre. Le 3 mars, par exemple, plusieurs utilisateurs, dont des journalistes, ont indiqué avoir reçu des courriels de la plateforme X les informant que leurs comptes avaient été bloqués aux Émirats arabes unis. Des captures d'écran largement partagées en ligne montrent un message mentionnant une lettre attribuée au parquet demandant à la plateforme de bloquer une liste de comptes. Parmi eux, figure celui de la chaîne saoudienne Al Arabiya,suivie par près de 20 millions d'abonnés. Selon les informations de RSF, la chaîne est accusée d'avoir encouragé des internautes basés aux Émirats à lui envoyer des images des frappes iraniennes interceptées au-dessus de Dubaï. Al Arabiyaa de son côté publié un message rejetant ces accusations et affirmé que certains comptes avaient usurpé son identité pour diffuser aux Émirats des rumeurs la concernant.
Au Bahreïn (157e au Classement RSF), l'accès des journalistes aux zones touchées reste strictement encadré : ils ne peuvent s'y rendre qu'après la fin des investigations des forces de sécurité. Sur le terrain, la couverture est également entravée par un climat de peur. Après l'arrestation de plus de 11 personnes, selon le ministère de l'Intérieur, pour avoir "filmé des sites militaires et publié des contenus sympathisant avec l'agression iranienne", de nombreux témoins refusent désormais de parler aux médias.
Au Qatar (79e au Classement RSF), le ministère de l'Intérieur a officiellement interdit la prise de photos et le partage de contenus liés aux frappes depuis le début de la guerre. "Impossible de sortir avec un appareil photo dans la rue", témoigne auprès de RSF un journaliste basé dans la capitale, Doha. Il évoque une situation de plus en plus difficile pour les reporters dans le pays.
Au Koweït (128e au Classement RSF), le ministère de l'Intérieur a appelé les citoyens à ne pas publier d'images ou d'informations liées aux frappes, sous prétexte qu'elles pourraient semer le chaos et déstabiliser l'opinion publique. Les restrictions visant les journalistes se sont donc encore renforcées : toute prise de photo ou tout commentaire s'écartant de la version officielle du gouvernement peut désormais exposer son auteur à des poursuites, rendant de plus en plus difficile un travail journalistique en dehors du cadre fixé par les autorités.
En Jordanie (147e au Classement RSF), la Commission des médias a décidé d'interdire la publication de toute vidéo ou information relative aux opérations de défense du royaume, sous peine de poursuites par les autorités.
En Iran, en Israël, et au Liban la répression persiste
Dans l'Iran voisin, les journalistes continuent de subir la répression du régimeet doivent faire avec une sévère coupure d'Internet pour couvrir de manière indépendante l'offensive américano-israélienne sur leur pays. Le 10 mars, le pouvoir judiciaire iranien a encore renforcé ces restrictions. Selon le porte-parole de la justice, Asghar Jahangir, cité par l'agence officielle IRNA, plusieurs rédactions ayant diffusé des photos ou des vidéos de certains sites "à des fins d'information"ont déjà reçu des avertissements pour non-respect des règles de sécurité. En cas de récidive, a-t-il prévenu, des poursuites judiciaires seront engagées. En effet, quelques heures plus tard, des responsables gouvernementaux ont annoncé l'arrestation de 30 personnes, qui ne sont pas journalistes, pour avoir partagé des informations, selon les informations de RSF. L'organisation de renseignement du Corps des Gardiens de la révolution (CRGI) a également indiqué que dix personnes ayant transmis des vidéos à des médias avaient été arrêtées. Côté israélien, les lois strictes de censure militairecontinuent, depuis des années, de restreindre la couverture des médias israéliens et étrangers opérant depuis le pays.