03/13/2026 | News release | Distributed by Public on 03/13/2026 11:09
Indépendant du Soudan voisin depuis 2011, le Soudan du Sud est en proie à une grave crise sécuritaire marquée par des affrontements intercommunautaires et des rivalités politiques, aggravés par l'afflux de réfugiés soudanais et l'interruption de la production pétrolière. La rivalité entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar fragilise l'accord de paix, faisant craindre un retour à une guerre civile de grande ampleur.
Cette semaine, le chef des droits de l'homme de l'ONU, Volker Türk, s'est dit horrifié par les rapports de plus en plus nombreux faisant état de graves violations des droits humains dans ce pays.
Au cours des 17 derniers jours, plus de 160 civils ont été tués, dont au moins 139 le 1er mars par des combattants du groupe ethnique Bul Nuer, dans la localité d'Abiemnom, au nord du pays.
Le 21 février, 21 civils ont été tués par les forces gouvernementales dans le village de Pankor, dans le comté d'Ayod (État du Jonglei), à l'est du pays. Les soldats les ont incités à se rassembler en un même lieu en leur promettant de l'aide alimentaire, avant d'ouvrir le feu sur eux. Le même jour, des soldats auraient ligoté et décapité quatre civils dans le village de Thiam.
Le 6 mars, l'armée a émis un ordre d'évacuation à l'intention de tous les civils de la ville d'Akobo, dans l'État du Jonglei, et des villages environnants, dans l'est du pays. Elle a également ordonné la fermeture et le retrait de la base opérationnelle temporaire de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) à Akobo, ainsi que le départ d'autres agences des Nations Unies et d'ONG. La MINUSS a répondu que ses Casques bleus resteraient à Akobo afin d'assurer une présence protectrice auprès des civils. Les derniers rapports indiquent que des milliers de civils ont fui la ville.
« Des civils sont brutalement tués, blessés et déplacés chaque jour à travers le Soudan du Sud, alors que les hostilités s'intensifient entre l'armée et les forces d'opposition », a dénoncé M. Türk. « Certains de ces actes pourraient constituer des crimes de guerre ».
Les forces armées sud-soudanaises auraient également détruit ou intentionnellement contaminé des sources d'eau communautaires. Des civils ayant témoigné auprès du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) ont indiqué qu'environ 99 puits avaient été détruits ou empoisonnés à l'aide de substances non identifiées lors de frappes aériennes gouvernementales.
« Des enquêtes rapides, impartiales, approfondies et efficaces doivent être menées sur ces faits... Et les personnes reconnues responsables doivent être pleinement tenues de rendre des comptes, y compris celles exerçant des responsabilités hiérarchiques et de commandement », a dit M. Türk. Plus de 280 000 personnes ont été déplacées au Soudan du Sud depuis la fin du mois de décembre - dans les États de Jonglei, des Lacs et du Haut-Nil.
Le chef des droits de l'homme a réclamé un cessez-le-feu « dans les plus brefs délais » et appelé la communauté internationale à intensifier son dialogue avec les parties au conflit, afin de mettre un terme à cette flambée de violence. Il a également exhorté les parties au conflit à s'abstenir d'attaquer les civils et les biens de caractère civil, et à garantir l'acheminement sûr et continu de l'aide humanitaire à toutes les personnes dans le besoin.
La situation au Soudan voisin est tout aussi tragique. Depuis avril 2023, une guerre entre l'armée et les Forces de soutien rapide (FSR) a généré l'une des plus grandes crises humanitaires au monde, avec des millions de déplacés, des accusations de génocide au Darfour et des violences sexuelles massives.
Jeudi, Volker Türk s'est dit consterné par l'impact dévastateur sur les civils de la multiplication des attaques de drones, alors que des informations font état de plus de 200 civils tués par des drones depuis le 4 mars, dans la région du Kordofan et dans l'État du Nil-Blanc.
« Il est profondément troublant de constater que, malgré de multiples rappels, mises en garde et appels, les parties au conflit au Soudan continuent d'utiliser des drones de plus en plus puissants pour déployer des armes explosives à large rayon d'action dans des zones peuplées », a dit M. Türk.
Il a appelé les belligérants à « respecter pleinement le droit international humanitaire dans l'utilisation de ces armes, et en particulier l'interdiction formelle de diriger des attaques contre les civils, les biens et les infrastructures de caractère civil, ainsi que contre toute forme d'attaque aveugle ».
Au Kordofan-Ouest, au moins 152 civils auraient été tués par des frappes de drones des Forces armées soudanaises (FAS), dont au moins 50 lorsque, le 4 mars, un marché et un hôpital ont été touchés à Al-Muglad. Des attaques menées le 7 mars contre deux marchés distincts à Abu Zabad et Wad Banda ont fait au moins 40 morts parmi les civils ; par ailleurs, un camion transportant des civils aurait été frappé par un drone des FAS à Al-Sunut le 10 mars, tuant selon les informations recueillies au moins 50 civils.
Au Kordofan du Sud, au moins 39 civils auraient été tués - dont 14 dans la capitale de l'État, Dilling - lors d'intenses bombardements d'artillerie menés par les Forces de soutien rapide (FSR) et leurs alliés du SPLM-Nord, entre le 4 et le 5 mars.
De nombreuses habitations, écoles, marchés et structures de santé ont été endommagés ou détruits au cours de ces attaques, aggravant ainsi les répercussions sur les civils et les communautés locales.
Le Haut-Commissaire s'est également dit alarmé par l'extension récente du conflit à l'État du Nil-Blanc, qui fait l'objet d'intenses attaques par drones de la part des FSR depuis le 4 mars.
« La violence, alimentée par ces nouvelles technologies de guerre, ne cesse de se propager. Il est grand temps qu'elle cesse. Le peuple soudanais a déjà bien trop souffert », a déclaré M. Türk.