02/12/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/13/2026 19:54
La France se dote d'une nouvelle feuille de route énergétique, présentée par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, jeudi 12 février 2026, à l'occasion d'un déplacement dans le Jura.
La troisième programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3) définit comment produire davantage d'énergie française, décarbonée et compétitive, pour protéger le pays et préparer l'avenir. Concrètement, elle indique combien d'électricité nous consommerons, comment nous la produirons et quels investissements seront réalisés.
La France produit déjà aujourd'hui une électricité largement décarbonée, mais elle dépend encore fortement des énergies fossiles importées : pétrole et gaz représentent ainsi un coût d'environ 60 milliards d'euros par an. Rompre cette dépendance aux importations d'énergie est un enjeu de souveraineté.
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AutoriserLa PPE 3 prévoit pour cela un grand plan d'électrification, avec une relance du nucléaire et un soutien à la production d'énergie décarbonée. L'objectif est de passer de 60 % d'énergies fossiles dans la consommation finale française aujourd'hui à 60 % d'énergies décarbonées d'ici 2030.
La France fait le pari d'une électrification progressive et massive de l'économie : véhicules électriques, pompes à chaleur, électrification de l'industrie, data centers, etc.
La programmation pluriannuelle de l'énergie fixe la trajectoire énergétique de la France pour les dix prochaines années. Elle donne les objectifs pour :
L'objectif de la programmation pluriannuelle de l'énergie 3 (PPE 3) est d'assurer l'indépendance énergétique de la France, aujourd'hui et pour les décennies à venir.
Le plan vise à passer de 60 % d'énergies fossiles dans la consommation finale aujourd'hui à 60 % d'énergies décarbonées d'ici 2030.
La programmation pluriannuelle de l'énergie 3 actualise la stratégie précédente en tenant compte de la crise énergétique européenne et en intégrant les scénarios prospectifs de RTE, le gestionnaire du réseau électrique.
Elle prévoit des clauses de révision pour s'adapter à l'évolution des besoins et de la situation internationale.
La France dépend encore fortement des énergies fossiles importées, pour un coût d'environ 60 milliards d'euros par an. L'enjeu est de substituer l'électricité au pétrole et au gaz importés.
Cette électrification des usages permettra d'accélérer la décarbonation de l'économie, de renforcer notre indépendance énergétique et industrielle et de protéger le pouvoir d'achat des Français, marqués par la crise énergétique.
La PPE 3 est volontariste sur le très long terme pour le nucléaire pour des questions de souveraineté et durabilité.
Le nucléaire permet :
Il s'appuie sur un savoir-faire industriel maîtrisé par la filière française.
La PPE 3 fait le choix de la relance nucléaire, avec un objectif de production à 380 TWh/an en base en 2030 et 420 TWh/an en 2035, contre 360-400 TWh auparavant.
Elle s'appuie sur :
La PPE 2 prévoyait de fermer 14 réacteurs nucléaires.
La PPE prévoit de développer les renouvelables de manière réaliste, maîtrisée et compatible avec les territoires afin d'avoir 60 % d'énergie d'origine décarbonée en 2030.
Les énergies nucléaire et renouvelables sont complémentaires. Le nucléaire assure une production stable et pilotable, tandis que les renouvelables permettent une production locale et flexible.
Ensemble, elles constituent un mix souverain, décarboné et compétitif.
La France bénéficie déjà de prix de gros inférieurs à ceux de plusieurs pays européens grâce au nucléaire et à l'hydraulique. L'électrification vise à :
Elle permet de protéger durablement le pouvoir d'achat des ménages et la compétitivité des entreprises.
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AutoriserTable ronde autour du Premier ministre sur l'énergie et la PPE 3, jeudi 12 février 2026.
Sébastien LECORNU, Premier ministre
Bonjour à toutes et à tous.
Merci aux élus du Jura de nous accueillir, la députée de la circonscription, le préfet, l'ensemble des élus locaux dans une terre qui est fondamentalement imprégnée de questions énergétiques et, évidemment, l'hydroélectricité, on va y revenir, fait partie de nos éléments d'identité, de notre histoire, sur lesquels on a eu beaucoup de difficultés ces 15 ou 20 dernières années.
En ce moment, on a une loi dite Battistel, qui est discutée effectivement au Parlement, également portée par le député Bolo, et au fond, faire ici le lancement de notre stratégie de pluriannuel pour l'énergie dit aussi quelque chose de la réconciliation qu'on essaie d'avoir et de mener entre les différentes filières énergétiques.
Je l'ai dit lorsque j'ai été nommé à Matignon par le président de la République, au fond qu'il y avait un décalage qui devenait de plus en plus préoccupant entre la géopolitique globale, la situation internationale et notre vie politique intérieure. On a eu évidemment l'ensemble des discussions budgétaires de l'automne dernier, mais je crois qu'il y a bien une thématique qui démontre bien qu'il y avait une urgence à tracer un chemin qui, certes, ne sera pas forcément consensuel, on va y revenir, mais dans lequel ne pas décider pour le coup devenait fondamentalement dangereux pour notre souveraineté, pour notre capacité à produire, pour notre capacité à organiser nos filières, et je remercie celles et ceux qui les représentent ici aujourd'hui et qui vont avoir la parole dans un instant, c'est évidemment la question de l'énergie.
Pendant longtemps, j'étais jeune secrétaire d'État à l'énergie il y a 8 ans, la question énergétique, elle était au fond largement animée par deux aspects : le prix, évidemment, on va y revenir, notamment pour les consommateurs d'électricité, les particuliers mais aussi le monde économique, parce qu'il n'y a pas de développement industriel, il n'y a pas de développement même numérique demain ou d'une économie sans production d'électricité. Et l'autre facteur, c'est évidemment nos engagements internationaux climatiques et notre capacité à décarboner. Mais on le voit bien, depuis maintenant singulièrement 3-4 ans, la question de l'énergie, elle pose de nouveau des questions redoutables en matière de souveraineté et d'indépendance. Et on l'a vu avec cette dépendance au gaz russe, et dont on voit très directement aujourd'hui que cette dépendance de la Russie se dirige désormais vers les États-Unis d'Amérique, dépendance vis-à-vis des hydrocarbures qui nous viennent du Moyen-Orient, avec une situation politique et géopolitique on ne peut plus complexe, avec donc aussi les chocs qui vont avec sur notre économie, et donc une question assez redoutable, avec d'ailleurs certains liens avec nos politiques aussi de défense en matière de souveraineté militaire, c'est jusqu'à quel point veut-on rester dépendant d'un certain nombre de régions du monde ? Cette nuit, enfin tôt ce matin, j'ai repris les déclarations de Pierre Messmer lorsqu'il était premier ministre, qui est pour moi un modèle parce qu'il a été ministre des Armées pendant pratiquement 9 ans ; il est compagnon de la Libération. C'est lui qui a été un des papas du nucléaire militaire dans ce pays, mais c'est aussi un des papas du nucléaire civil avec le plan Messmer. Et au fond, on est à la fin de 1973, début 1974, il y a le premier choc pétrolier. Là, une part des filières économiques, des Françaises et des Français, de l'opinion publique, de la classe politique réalise quand même que la dépendance est un problème et que surtout, on ne peut plus mettre tout le monde dans le même panier. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'il décide d'un grand plan d'électrification parce que la consommation augmente : le TGV, l'électroménager, les logements individuels avec le chauffage électrique. Et Messmer décide avec ses ministres à l'époque de dire : ben voilà, on va avoir un plan rapide qui va nous permettre notamment de construire les premières tranches nucléaires de ce pays. Et en regardant justement les déclarations de Messmer et les réactions aux déclarations de Messmer, ce n'est pas complètement inintéressant dans le contexte dans lequel on est.
La première critique qui est faite, c'est qu'il y avait quelque chose d'autoritaire et qu'il n'y avait pas eu de débat au Parlement dans lequel le Gouvernement de l'époque dit qu'il y a urgence à réagir et dans lequel au fond on sait ce qu'il faut faire. Donc comme tout le monde sait ce qu'il faut faire, ce n'était pas la peine d'en parler pendant des heures. La deuxième critique qui est faite, c'est de dire, mais voyons, qui va consommer toute cette électricité qui est produite ? Vous allez bien voir qu'on produit trop et que c'est complètement fou de construire des réacteurs nucléaires parce qu'il y aura trop d'électricité produite. Des critiques venant d'ailleurs autant des oppositions à l'Assemblée Nationale qu'au Sénat ou dans certaines forces syndicales à l'époque. Et puis, la critique de dire : « Mais vous êtes complètement fous, l'uranium, c'est une dépendance vis-à-vis de l'extérieur, on va se lier les mains avec un certain nombre de nouvelles dépendances, [inaudible] on va mettre tous nos œufs dans le même panier, et puis en plus, on va [inaudible] ». Et au fond, moi j'aime l'histoire, quand on regarde un tout petit peu la semaine qu'on vient de vivre et les débats de 1973-1974, ça rend assez humble. Alors, ça ne rend visiblement pas tout le monde humble, mais moi en tout cas, fondamentalement, ça m'a rendu humble. Et donc, avec humilité, je vous propose de rentrer dans le débat sur, justement, quelle est notre stratégie énergétique pour les années qui vont venir.
Les années qui vont venir, et c'est aussi intéressant du débat qu'on a vécu cette semaine, avec des réactions un tout petit peu épidermiques sur la base de chiffres, qui n'étaient pourtant pas encore publics, parce qu'on va les publier dans un instant, des réactions épidermiques sur, au fond, un rapport à tout cela qui est très court-termiste. Alors que le débat de ce matin, il va nous amener à nous poser des questions pendant 4, 5 ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans, en fonction, évidemment, des décisions que nous allons prendre. Et au fond, c'est le point de démarrage. C'est pour ça que je commençais par l'hydroélectricité. Il n'y a pas de schéma dans lequel on peut être dépendant. Et je crois que tous les travaux préparatoires de la PPE, évidemment menés par Roland Lescure, mais je remercie aussi les prédécesseurs, il y a Marc, il y a Agnès, un certain nombre d'acteurs qui sont largement engagés sur ces sujets depuis tant d'années, qu'au fond, notre sujet, c'est le carbone.
Et pour la première fois, nos intérêts climatiques correspondent à nos intérêts géopolitiques. C'est une chance, ça aurait pu diverger. Et pour la première fois aussi, nos intérêts industriels, climatiques et géopolitiques correspondent aux intérêts du consommateur et à sa facture d'électricité. Et ça, c'est un alignement qui, au fond, nous amène à une seule vraie question. C'est comment on est capable d'électrifier plus vite ? L'électrification du pays, par la demande, par la consommation, passe aussi par l'offre. Et c'est ce que certains ne veulent pas comprendre dans ce débat public, c'est qu'il y a une corrélation essentielle entre l'offre et la demande, surtout dans des moments où des chocs industriels sont à venir en matière de consommation énergétique. Je ne veux pas être trop long. En tout cas, vous le comprenez bien, ce n'est pas qu'un décret qui sera signé, enfin qui a été signé, qui sera publié demain matin au journal officiel. C'est un plan qui est plus complet, une stratégie globale, le décret d'ailleurs n'étant pas tout, parce que derrière ce sont surtout des appels d'offres qui vont sortir suite à ce décret, qui vont donner le rythme justement de cette production d'électricité. Derrière ce sont des décisions qui vont continuer d'être prises en matière nucléaire, président, et merci de nous accueillir, et je remercie à travers vous l'ensemble des équipes d'EDF qui sont ici, parce qu'on leur doit beaucoup dans cette histoire justement, cette épopée énergétique du pays.
Enfin, clairement, on vient de traduire dans les textes le choix que nous faisons sur le nucléaire, et pas tellement que pour le nucléaire sur le parc des centrales existantes, mais sur le nouveau nucléaire. Notre ancien délégué général pour l'armement, Joël Barre, qui a cette mission de délégué interministériel, y reviendra sans doute. Et puis parce que c'est un mensonge de dire que 100 % de la consommation d'électricité du pays ne peut venir que du nucléaire, ça nous permet de pivoter vers des filières renouvelables qui, elles, là aussi, beaucoup de gens ne veulent pas voir, mais ont changé fondamentalement d'aspect et de visage ces 20 dernières années parce que certaines filières désormais sont fondamentalement indépendantes, en tout cas sont développées sur l'ensemble du territoire, que les nouvelles technologies, notamment numériques, d'intelligence artificielle, vont mener à des sauts importants de maîtrise du pilotage, du stockage. Autant de sujets, évidemment, sur lesquels nous allons revenir ce matin.
En tout cas, le décret demain, la loi dite Bolo-Battistel, en navette parlementaire, Madame la députée, entre l'Assemblée nationale et le Sénat - je sais à qui je le dis ici parce que c'est attendu depuis maintenant 15 ou 20 ans et c'est la capacité à pouvoir réinjecter beaucoup d'argent dans l'hydroélectricité française et puis derrière le ministre Lescure et ses équipes qui vont prendre la main pour essayer de dessiner un plan d'électrification qui devra au fond, converser en miroir avec cette PPE. Et c'est pour ça que je remercie un certain nombre de représentants d'autres filières ici, monde agricole, monde du logement, Madame la ministre, monde du transport, parce que l'électrification, par définition, c'est tout azimut dans l'ensemble des filières. On ne pourra pas tout traiter ce matin. Je veux juste avoir un mot pour Corse et outre-mer, les zones dites non interconnectées, sur lesquelles on aura aussi une déclinaison de ces stratégies, parce que, paradoxalement, dans nos territoires ultramarins, dans lesquels il ne nous manque ni mer, ni vent, ni soleil, on a encore une dépendance aux hydrocarbures qui est plus préoccupante. Et Madame la ministre de l'Environnement, chère Monique, qui en plus, va en contradiction avec nos engagements internationaux en la matière.
Et donc, ça fait évidemment partie des points de vigilance à avoir dans les temps qui viendront.
Je ne suis pas plus long. Merci en tout cas de vous être libérés, pour ce qui est plus qu'une table ronde, qui est un moment aussi de partage. Je veux que la parole soit la plus libre possible. Il y a des sujets qui sont clivants. On parle beaucoup, président, du pilotage des centrales nucléaires ces derniers temps. Il y a des sujets qui sont éminemment techniques, qui sont malheureusement trop simplifiés dans le débat public. La réalité, c'est qu'une fois de plus, il faut avancer. Donc, essayons de traiter avec notre modérateur l'ensemble des sujets pour avoir une feuille de route qui, au moins, nous emmène jusqu'à l'élection présidentielle et évite ce surplace qui est absolument délétère.
Nicolas GOLDBERG
Merci Monsieur le Premier ministre. Alors, nous allons avoir quelques prises de parole avant ce tour de table. Sophie Mourlon, directrice générale de la direction de l'énergie et du climat. C'est à vous.
Sophie Mourlon
Bonjour ! Merci beaucoup. Merci Monsieur le Premier ministre. Quelques mots de la programmation pluriannuelle de l'énergie qui est encore en vigueur à l'heure à laquelle on se parle. La programmation pluriannuelle de l' énergie adoptée en 2020 et qui avait été préparée à partir de 2017 pour en tirer un premier bilan. Cette programmation, elle prévoyait l'essor de la production d'énergie renouvelable décarbonée avec des objectifs importants sur les énergies renouvelables, gaz, carburant, électricité, chaleur. Ces objectifs ont été globalement atteints avec des contrastes. On a par exemple dépassé les objectifs de 2023 pour la production des pompes à chaleur, le biogaz ou les biocarburants. Et en revanche, on est encore en deçà des objectifs qu'on s'était fixés pour la géothermie ou l'éolien en mer, par exemple. Cette programmation de 2020, elle prévoyait également la fermeture de 14 réacteurs nucléaires, mais également des études, des études sur la faisabilité et la pertinence d'un programme de nouveaux nucléaires et sur les options de développement du nucléaire et des énergies renouvelables pour le mix électrique. Ces études, elles ont été conduites. Elles ont été publiées en 2022 et c'est sur la base de ces études et des travaux ultérieurs que la nouvelle programmation qui va être adoptée a pu être construite. Cette Programmation pluriannuelle de l'énergie, elle prévoyait également la baisse des consommations et en particulier la baisse des consommations d'énergie fossile. Vous l'avez dit, Monsieur le Premier ministre, c'est un élément déterminant parce que la dépendance de la France aux énergies fossiles reste un point important sur sa facture énergétique et en particulier en période de crise. Ces objectifs de baisse des consommations d'énergie fossile, ils ont été atteints avec une baisse de 14 % entre 2019 et 2023. Et on a pu mettre quasiment un terme à la production d'électricité à partir de charbon, puisque ces deux dernières années, la production d'électricité à partir de charbon est inférieure à 0,1 % de notre mix électrique. Nous avons donc aujourd'hui une production électrique qui est décarbonée à plus de 95 % et disponible en abondance, ce qui permet le développement des usages électriques. Mais on y reviendra ce matin, puisque c'est un des objectifs sur lequel il reste beaucoup de travail. On peut dire aussi que cela nous a permis de traverser certainement dans de meilleures conditions la crise énergétique de 2022-2023 qui avait été provoquée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, par les difficultés à ce moment-là de notre parc nucléaire et par une sécheresse historique qui a sévi en 22-23 et qui avait réduit également la disponibilité de notre hydroélectricité. Voilà pour quelques éléments de bilan, Monsieur le Premier ministre.
Nicolas GOLDBERG
Merci Sophie Mourlon. Si on peut passer le micro à Thomas Veyrenc, directeur exécutif chez RTE, qui va nous présenter les scénarios de RTE qui éclairent le débat public en tant que... parce que c'est une des missions de RTE, être éclaireur du débat public.
Thomas VEYRENC
Merci, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres. Donc effectivement, RTE, parmi ces missions, documentent différents scénarios, différentes options en matière de production, en matière de consommation, d'électricité. C'est un travail qui est technique, scientifique, minutieux, parfois aride. Mais c'est ce qu'il faut pour qu'on puisse prendre des décisions qui sont éclairées sur la base de faits techniques et économiques. Le bilan prévisionnel, c'est une méthode, les coûts complets du système. Pas de coûts cachés, pas d'impasse. On regarde ce qui se passe dans toutes les configurations. C'est un socle de résultats techniques. Au cours des dernières années, on a tout étudié ; de la fermeture de réacteurs nucléaires à la construction de nouveaux, de scénarios de moratoire sur les renouvelables à la franche accélération. Ça nous donne des convictions, des certitudes. Prolonger les réacteurs existants, rentables pour la France dans toutes les configurations, construire des nouveaux réacteurs, rentabilité avérée dans les scénarios d'électrification. Idem pour les énergies renouvelables. Ça permet aussi d'éviter des faux semblants. On parle toujours nucléaire d'un côté et renouvelable de l'autre, mais qu'y a-t-il de commun entre l'éolien offshore qui partage les mêmes constantes, peut-être que l'hydraulique ou parfois que le nucléaire et les mêmes types d'investissement, par rapport au solaire ? Donc en fait, il faut différencier. Donc le bilan prévisionnel, c'est aussi des analyses sur les risques. Risques de manquer d'électricité à terme, dans des scénarios où on combine électrification rapide et moratoire, que ce soit sur le nucléaire ou les renouvelables. Risques économiques, si jamais on a peu d'électrification, mais qu'on met beaucoup, beaucoup de production. Donc tous ces risques, ils sont techniques, ils sont documentés. On les connaît. C'est aussi des solutions. Pour exploiter le système électrique, il faut le piloter en temps réel. Beaucoup de gens disent, un système avec beaucoup d'énergie renouvelable, c'est un système décentralisé. Ce n'est pas le cas. Un système avec des énergies renouvelables, c'est un système centralisé avec du pilotage en temps réel. Et l'objectif, c'est qu'au cours des prochains mois et des prochaines années, on soit en situation d'exploiter ce nouveau système qui nous permettra de produire plus d'électricité et de remplacer du gaz et du pétrole. Pour ça, on a un guide. Ce qui a été fait, le Premier ministre a parlé du plan Messmer. Dans le déploiement du plan Messmer dans les années 80, à la fin des années 80, début des années 90, on avait des problèmes qui ressemblaient à ceux d'aujourd'hui. La production, ça allait bien. Elle avait retrouvé son niveau. La consommation, elle ne suivait pas la trajectoire des années 70. On a trouvé des façons de traiter des excédents d'électricité avec un bon plan d'électrification. On a trouvé la façon d'avoir de la flexibilité. On pense à nos chauffe-eau qui s'activent automatiquement la nuit. Belle réussite des années 80. Ça fonctionne extrêmement bien. On doit, aujourd'hui, trouver le même type de solution technique pour faire fonctionner notre système. Et on est capable de le faire et les prérequis techniques de ces systèmes ont été exposés par RTE. Qu'est-ce qui va se passer dans les prochaines années ? Deux possibilités. Première, une électrification rapide du type plan Messmer. On a appelé ça scénario - c'est le scénario vert que vous voyez - décarbonation rapide. Décarbonation rapide, c'est +10 % en 5 ans. Est-ce que c'est difficile ? Oui. Est-ce que c'est inédit ? Non. C'est ce qu'on a fait dans les années 80-90. Dans décarbonation rapide, même si on est économe, on remplace du pétrole et du gaz par de l'électricité. Et donc, la consommation augmente. L'autre scénario, ça s'appelle décarbonation lente. Dans celui-là, nous retrouvons en 2030 la consommation antérieure au Covid. Dans ce scénario-là, effectivement, on va plus lentement, on décarbone moins vite, mais on le fait aujourd'hui. Je voulais finir par deux bonnes nouvelles. La première, c'est qu'aujourd'hui, ces scénarios, ce n'est plus uniquement de la prospective. Il y a des projets derrière, des projets concrets. C'est juste sur la grande industrie ou le numérique, il y a 170 grands projets existants. Si on les concrétise tous, on est très au-dessus des décarbonations rapides. On a ajouté 25 gigawatts de nouveaux projets en deux ans. C'est très rapide. La France va vite et est attractive. La deuxième bonne nouvelle, c'est que nous avons de l'électricité qui est abondante et qui est compétitive sur les marchés. Rappelez-vous, il y a trois ans, le risque de pénurie, c'était il n'y a pas si longtemps. Parmi vous, différentes filières venaient, vous vouliez réserver des quotas d'électricité pour 2030 et 2035 par peur d'en manquer. Nous ne sommes plus dans cette situation. La France est en situation de faire à la fois de l'électrification de l'industrie lourde, des transports, du bâtiment et du numérique. D'autres pays ne sont pas dans notre situation. Cela me semble donc un excellent point de départ pour réfléchir à notre politique énergétique dans les prochaines années.
Nicolas GOLDBERG
Merci, Thomas Veyrenc. La parole passe à Roland Lescure. Monsieur le ministre.
Roland LESCURE
Merci, merci Nicolas. Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les ministres passés et présents, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs surtout les membres de la grande famille de l'énergie française, on est vraiment dans une réunion de famille aujourd'hui et je voudrais revenir 4 ans en arrière, presque jour pour jour, le 10 février 2022 à Belfort, quand le président de la République a tracé un nouvel avenir pour les filières énergétiques françaises qui, je pense, a fait beaucoup d'heureux dans la salle, quelle que soit la partie de la famille dont ils font partie. Et on se retrouve 4 ans plus tard après un travail énorme de consultation, de réflexion, un travail au Parlement, un travail dans les territoires qui a été mené par, au fond, toutes celles et ceux qui sont présents aujourd'hui. Et je pense que ce travail, il a été utile parce qu'on arrive aujourd'hui sur une copie - j'espère en tout cas qu'elle va vous en convaincre - qui est à la fois rigoureuse, raisonnable, mais ambitieuse et qui nous permet, Monsieur le Premier ministre, de faire face à la triple urgence que vous avez mentionné ; elle est géopolitique, elle est économique et elle est climatique. Ces trois urgences, elles convergent. Et il faut maintenant s'atteler de manière très concrète à y faire face. Et donc, on vise - c'est inscrit sur cette diapositive - +120 TWh de production en 2035. Monique Barbut évoquera la partie demande tout à l'heure. Certains diraient, il faut attendre que la demande soit là pour augmenter la production. D'autres diraient, il faut attendre que la production soit là pour augmenter la demande. Évidemment, il faut faire les deux, sinon on risque très vite de se retrouver dans des situations comme vous l'avez dit, on se retrouvait il y a 3, 4 ans. C'est un peu plus de 20 % de hausse de la production par rapport à celle qu'on avait l'année dernière. C'est évidemment ambitieux, mais c'est aussi atteignable. Et comme on est devant la famille de l'énergie française, je voudrais dire que pour arriver à ça, il faut enterrer définitivement les querelles de famille. Définitivement. On a besoin du nucléaire parce qu'il est facilement pilotable, mais on sait qu'il met un paquet de temps à être construit, évidemment. Et ça fait partie des défis majeurs auxquels EDF et tout l'écosystème de la filière nucléaire va faire face dans les mois qui viennent. On remonte une slide différente. On a aussi besoin du renouvelable, parce que le renouvelable, bah, il est un peu moins flexible en production, mais il est plus flexible en construction. Et si on veut augmenter les capacités de production à court terme, il va falloir faire du renouvelable. Alors, les slides vont plus vite que le ministre, donc je voudrais qu'on revienne sur le nucléaire quand même, parce qu'il est essentiel. C'est la base, comme on l'appelle dans le métier, « c'est la colonne vertébrale de notre production. » On était à moins de 300 TWh en 2023-2022, au plus bas. On est aujourd'hui à 360 TWh. Merci, Monsieur le Président, et merci à toutes les équipes d'EDF qui ont travaillé d'arrache-pied pour arriver là où on est. Mais on va continuer. En 2035, on sera entre 380 et 420 TWh. Et comme vous allez livrer les EPR2 en temps et en heure, dès 2038, on pourra inaugurer un nouvel EPR2 et on en sera tous très heureux. C'est la base, c'est ce qui permet de contribuer entre 70 et 85 % suivant les années des années à venir à notre production électrique. Évidemment, on en a besoin, on va s'appuyer dessus. Ça fait partie des forces de la France, vous l'avez dit Monsieur le Premier ministre, depuis 50 ans. Grâce à la proposition de loi en cours d'examen, on peut aussi investir, diapositive suivante, dans nos barrages. On est sur un très beau barrage qui date de plusieurs décennies. Vous allez pouvoir investir, y compris ici, dans ce qu'on appelle les fameux STEP, les pompes qui permettent de mieux gérer les pointes électriques. On parle de 2,5 gigas en plus d'ici 2035. C'est énorme, surtout dans les moments de pointe où on a besoin de plus d'électricité. C'est 750 000 foyers qui vont pouvoir être, dans les moments de pointe, être directement approvisionnés sans pression sur le réseau grâce à ces investissements : 11 % de capacité de production en plus. On va évidemment poursuivre sur l'éolien. On a entendu à la fois les messages politiques, on a aussi entendu l'impact de la révolution technologique qui fait qu'aujourd'hui, on peut remotoriser des éoliennes en place. On sera à 31 gigawatts pour l'éolien terrestre entre 35 et 40 en 2035. Pour l'éolien marin, on va accélérer. Vous savez qu'on n'est pas très haut, à peine 1 giga actuellement. On va aller vers 3,6 gigas en 2030, 15 gigas en 2035. Tout ça, ce sont des chiffres assez techniques. Derrière ces deux photos, là, il y a à peu près 15 millions de Françaises et de Français qui peuvent être approvisionnés en électricité. Et quand on passe à l'autre énergie renouvelable qu'on connaît tous, le solaire, on a aussi sur la diapositive suivante à peu près 15, en fait 17 millions de concitoyens français qui peuvent être approvisionnés. si on poursuit le développement du photovoltaïque, à la fois en développant ce qui est dans les tuyaux, si je puis dire, des projets qui ont été acceptés et qu'on doit maintenant mettre en œuvre dans les champs, 48 gigas d'ici 2030 et entre 55 et 80 en 2035. Cette fourchette peut sembler large, mais on l'a vu tout à l'heure, les scénarios de demande eux aussi le sont. Et ce que le Premier ministre a souhaité, c'est qu'on ait une clause de revoyure qui nous permettra, dès 2027, de savoir sur quel type de scénario on est et d'adapter, évidemment, les capacités de production à ces différents scénarios. Alors, les spécialistes ici le savent, l'énergie décarbonée, ce n'est pas seulement l'électricité, donc, on va évidemment continuer à travailler sur d'autres ressources extrêmement importantes, la chaleur renouvelable, le biométhane, les biocarburants, l'hydrogène. On va aussi, je rassure ceux qui sont inquiets, qui nous ont écrit ces derniers jours, continuer à travailler sur les nouvelles énergies, marémotrices, et poursuivre les expérimentations. Évidemment, l'innovation, c'est important. Puis, vous l'avez dit, Monsieur le Premier ministre, il faudra terminer par parler des territoires d'Outre-mer et de la Corse. Ils sont partout dans le monde, ça fait partie de notre fierté, mais reconnaissons-le, ils sont aujourd'hui les parents pauvres de la décarbonation. On a plus de 75 % de l'énergie dans ces territoires, en Corse et ailleurs, qui est carbonée. Alors qu'on a évidemment des atouts énormes dans tous ces territoires. La géothermie, l'éolien offshore, le solaire, les barrages, ils sont partout sur cette carte. Il faut qu'on investisse. Vous m'avez demandé, on va le faire, Monsieur le Premier ministre, de relancer la PPE dans les Outre-mer. On va le faire très vite, de manière à ce que les parents pauvres deviennent les enfants riches. Voilà, je ne serai pas plus long. Merci à tous et à toutes. Vous avez parlé des gouvernements qui, dans les années 70, font qu'aujourd'hui, on a l'énergie décarbonée en volume et pas chère. Soyons à la hauteur d'eux, de manière à ce que nos enfants, dans 30, 40 ans, puissent aussi nous remercier. Ce sera ici ou ailleurs, mais ils nous remercieront, j'espère, d'avoir mis la France au niveau. Merci.
[Applaudissements]
Nicolas GOLDBERG
Merci, Monsieur le ministre. Et pour conclure ce propos introductif, Madame la ministre, Monique Barbut.
Monique BARBUT
Monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, mes chers amis. Alors, c'est vrai, pour une fois, vous avez un ministre de l'Économie, un ministre de l'Industrie et un ministre de la Transition écologique alignés. Chacun voyant midi à sa porte, la mienne, c'est de sortir des énergies fossiles. Et donc, là, aujourd'hui, nous sommes tous là parce qu'en réalité, pour nous, en France, le meilleur moyen de regagner notre souveraineté, de retrouver du pouvoir d'achat pour les Français, de ne plus être dépendant des prix du gaz et du pétrole qui nous viennent de l'extérieur, c'est de construire un grand programme électrique. Et donc, je crois que là, vous ne verrez pas une once de différence entre nous tous. Et c'est vrai que cette PPE, elle ne vient pas non plus de n'importe où, il y a en fait un triptyque qui s'est construit, c'est la stratégie nationale bas-carbone que nous avons publiée en décembre, qui dit : « voilà, voilà les secteurs sur lesquels, il faut que nous travaillons, voilà à quel résultat, il faut que nous arrivions. » Ensuite, nous avons aujourd'hui ce que nous sommes en train de dévoiler, qui est la PPE. Je pense que d'ici le mois d'avril, nous aurons un plan d'électrification chiffré, aussi secteur par secteur. Alors, ceci étant, sur ce plan, on sait autour de quoi il va s'organiser. Il va s'organiser autour de 4 chantiers. Je dirais 2 chantiers que j'appelle des chantiers de souveraineté, qui sont l'industrie et le numérique. Sur l'industrie, par exemple, il faut qu'elle soit demain électrique. Et Roland Lescure accompagnait avant-hier le Président, chez ArcelorMittal, qui a annoncé la création d'un investissement sans précédent de 1,3 milliard pour un four électrique. C'est le premier investissement de ce type en Europe, et il est en France. Et c'est ce type d'investissement que nous allons poursuivre. Roland a aussi annoncé, je crois hier, un soutien de 1,6 milliard d'euros pour électrifier 7 sites industriels qui sont parmi les 50 plus émetteurs de la France. Ces 7 sites à eux seuls représentent l'équivalent de la rénovation thermique de 1,5 million d'habitations. Donc, on parle de choses colossales. Je disais, l'autre chantier de souveraineté, c'est le numérique. Et là, même chose, en 2025, on a été le pays le plus attractif sur les datacenters. On a fait jusqu'à 69 milliards d'investissements l'année dernière. Et nous avons aujourd'hui 35 sites capables, en France, d'accueillir de nouveaux datacenters. Et ça aussi, c'est notre force. Nous avons aussi deux chantiers qui apparaîtront dans ce plan d'électrification qui concernent le pouvoir d'achat des Français, le bâtiment et le transport. Sur les bâtiments, clairement, il faut continuer à aller plus loin avec les pompes à chaleur. Il faut les produire en France. Et il faut créer aujourd'hui, et c'est ce sur quoi nous continuons à travailler, et on sera prêt d'ici le mois d'avril, un nouveau modèle de financement sur ces pompes à chaleur. Aujourd'hui, l'année dernière, je crois que c'était 180 000 pompes à chaleur. On aimerait viser 300 000 pompes à chaleur pour cette année. Sur les transports, Bien évidemment, nous pensons tous aux véhicules électriques. Personne n'imaginait que la R5 électrique aurait le succès qu'elle a eu. Eh bien, nous devons encore accélérer pour rendre cette révolution de l'électrique, qu'il soit accessible à tous les territoires et à toutes les bourses. Nous voulons qu'en 2026, une voiture sur trois achetée soit une voiture électrique. Alors, bien évidemment, on ne va pas imposer ces mesures depuis Paris. Et pour chaque secteur concerné par le plan d'électrification, nous allons avoir des groupes de travail qui vont réunir les filières, les organisations professionnelles et les élus, afin que nous soyons tous d'accord sur les solutions qui sont aussi acceptables socialement et économiquement. C'est pourquoi, dès la semaine prochaine, avec Roland Lescure, nous réunirons les filières autour de ces 4 objectifs d'électrification. Et je vous donne tout ce rendez-vous vendredi prochain à Roquelaure où, avec Philippe Tabarot, nous aurons un premier groupe de travail sur l'électrification de la logistique. Et nous allons continuer comme ça jusqu'au mois d'avril sur l'ensemble des secteurs. En conclusion, ce triptyque va nous permettre de nous réindustrialiser tout en diminuant nos émissions. Et ce programme d'électrification, je voulais aussi le souligner, est couplé aussi à une bascule technologique. Construire des alternatives électriques aux technologies sur lesquelles notre monde a reposé depuis des siècles, produire de l'acier sans charbon, propulser une voiture sans essence, c'est tout cela qu'il faut voir dans cette révolution d'électrification. Et donc, nous allons maintenant accélérer ce déploiement dans un objectif, bien sûr, industriel, mais aussi climatique, et de faire en sorte qu'en 2030, 60 % de l'énergie qui soit consommée en France soit de l'énergie décarbonée. Vous avez été nombreux à parler du plan Messmer il y a 50 ans, qui était un plan de souveraineté, un choc de souveraineté. Eh bien, aujourd'hui, notre choc à nous, c'est un choc pour notre indépendance et pour notre climat. Merci.
Nicolas GOLDBERG
Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Monsieur Thomas Veyrenc et Madame Sophie Mourlon, merci pour ce propos introductif. Nous allons désormais passer à la table ronde, où les principaux capitaines d'industrie et représentants des fédérations de professionnels vont pouvoir prendre la parole. J'aurai l'honneur d'animer cette table ronde en à peu près une heure. Vous serez 18 à parler, donc je vous remercie d'être précis dans vos messages. Mais avant ça, je vais me présenter. Donc, Nicolas Goldberg, moi, je suis consultant dans le secteur énergétique. Je gravite autour de la plupart d'entre vous. Je suis également responsable énergie au think tank Terra Nova. Écoutez, moi, je vais vous dire, cette programmation énergétique, ça fait plusieurs années que je la suis. Je pense parler au nom de nous tous quand je vous dis que très honnêtement, je n'y croyais plus. Voilà qu'on a eu plusieurs faux départs, des tentatives, des reconcertations. Ce qu'on peut dire, c'est que au moins, cette PPE, elle aura été concertée et qu'elle est aussi aboutie, qu'elle peut être et que s'en suivra plusieurs plans, justement, car ce n'est qu'un outil au service d'un plan d'électrification, d'accompagnement des usages de décarbonation dans différents secteurs, d'accompagnement du pouvoir d'achat et d'électrification dans les zones non interconnectées. Donc, en tout cas, c'est un bon point de départ. Alors, je vais vous passer la parole les uns après les autres. On va commencer par un grand bloc sur la thématique de l'électrification. Monsieur Bernard Fontana, président d'EDF, c'est vous qui allez avoir l'honneur de parler en premier sur la partie consommation, puisqu'on reviendra à vous, évidemment, pour la partie production. Déjà, merci de nous accueillir sur ce barrage que vous opérez aujourd'hui en concession. Le régime va évoluer, on y reviendra avec vous, Madame Battistel. Mais alors, pour parler de l'éléphant dans la pièce qui est l'électrification, c'est un sujet stratégique pour EDF, mais stratégique également pour la France, pour utiliser tous ces térawattheures dont nous disposons. Le plan d'EDF, c'est 150 térawattheures de consommation en plus dans les prochaines années, notamment en s'appuyant sur la grande industrie avec les contrats long terme. Donc, ma question pour vous, comment EDF accompagne de tels investissements dans la consommation électrique et dans le passage d'une consommation fossile à une consommation électrique supplémentaire ?
Bernard FONTANA
Merci. Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les ministres et les élus, chers amis. Effectivement, d'abord une grande priorité pour nous, nous avons des clients, il faut bien s'en occuper, les rassurer sur la capacité à avoir une électricité qui est disponible, compétitive, ça a été souvent cité, souveraine et bas-carbone. Et pour cela, mettre une grande priorité sur l'électrification. Alors, il y a les clients particuliers. On a 5 000 conseillers en France, tous en France, qui sont là pour les accompagner et les conseiller pour l'électrification. On a beaucoup parlé des industriels ou des professionnels. Pour eux, c'est une politique commerciale avec des contrats à 3 ans, 4 ans, 5 ans qui sont très compétitifs, qui sont à leur disposition, ils en ont signé près de 18 000 récemment. Et on les accompagne, les contrats à long terme, pour qu'ils aient une visibilité, qui leur permettent aussi qu'ils soient incitatifs pour investir. Alors, notre collègue d'Aluminium Dunkerque est là, ça a été fait. Je pensais à Safran aussi qui va investir et puis, bien sûr, ArcelorMittal. On a pu signer un contrat sur 18 ans avec des incitations. Ils ont une visibilité et alors, ils peuvent engager des investissements de cette nature. Il y a eu Excelcium récemment aussi, qui peut bénéficier de 10 TWh par an. Ça donne une visibilité aux industriels et pour le permettre de faire. Mais on voit qu'il faut aussi travailler les procédés. Qu'est ce qu'on peut faire pour électrifier les procédés, donc avoir des discussions professionnelles spécialisées ? Et moi, je crois beaucoup à ces opportunités qui sont devant nous. Il y a les datacenters qui ont été évoqués. Effectivement, nous mettons aussi à disposition des terrains, souvent des anciennes centrales électriques à partir de charbon ou de fioul qui sont qui sont connectés, où on peut aller très vite parce que le facteur temps est important. Donc ça a été le cas déjà avec OpCore et Eclairion et nous en avons d'autres que nous allons, effectivement, mettre à leur disposition. Il y a les deux sujets qui ont été évoqués également, qui sont des grandes priorités pour nous, c'est la mobilité. Comment on peut aider ? Alors, nous avons des relations avec, notamment dans la mobilité lourde et un plan pour mettre à disposition des bornes de recharge pour que les gens soient absolument rassurés, qu'ils puissent recharger. Et puis, pour le bâtiment, les pompes à chaleur, pour nous, c'est mettre le paquet sur les packs. C'est clairement dans nos priorités. Donc, on se retrouve tout à fait dans les thèmes qui ont été évoqués à l'instant.
Nicolas GOLDBERG
Merci, Monsieur le président. On reviendra à vous pour la partie production, mais effectivement, l'électrification, ça a déjà commencé et ce projet d'ArcelorMittal, d'avoir des fours électriques est quand même assez symbolique et envoie un bon signal. Alors Nicolas de Warren pour l'UNIDEN, je me tourne vers vous. Donc vous, vous représentez les gros industriels électro intensifs. Il n'y a pas d'industrie sans énergie, sans énergie abondante et peu chère. Certains de vos adhérents ont déjà signé des contrats à long terme pour bénéficier d'une électricité décarbonée et compétitive dans la durée avec une visibilité. Et donc, comment cette visibilité donnée va provoquer et accélérer des investissements de remplacement des énergies fossiles et une consommation électrique supplémentaire ?
Nicolas de WARREN
Merci. Monsieur le Premier ministre. Oui, aujourd'hui, nous, c'est 200 usines, 70 térawattheures, c'est-à-dire 70 % de la consommation électrique de l'industrie en France et nous espérons, nous espérons porter ces 70 térawattheures grâce à la décarbonation à sensiblement 100 térawattheures voire 120 térawattheures au horizon 2035-2040. Nous avons, point essentiel, une consommation en base et nous avons un lien, de ce point de vue-là, historique avec l'hydroélectricité. Tout le bonheur d'être ici aujourd'hui sur un site hydroélectrique. Et ensuite, bien évidemment, ce lien organique avec le parc nucléaire. Trois conditions pour nous pour investir. D'abord, il y a deux mots que nous détestons, deux I, c'est l'incertitude et l'incohérence. Ce ne sont probablement pas les seuls, mais pour décider d'investissement à temps de retour long, 10 ans ou 15 ans, il faut lever ces deux obstacles. Trois conditions d'attractivité qui font de la France une terre extrêmement attractive de ce point de vue-là. La disponibilité, la prévisibilité sur l'électricité, sur l'électron et ça, c'est un point fondamental. J'étais hier en Allemagne au plus grand salon électrique d'Europe et les Allemands nous envient cette disponibilité et cette prévisibilité. Ils nous envient également le système électrique dans son ensemble, non seulement la production dont on parle facilement et beaucoup, mais aussi des réseaux et des transports. L'intégration, à la fois sur le transport et la distribution, est quelque chose d'extrêmement essentiel et vous savez que l'Allemagne, aujourd'hui, de ce point de vue-là est dans une grande position de faiblesse et ils sont loin d'avoir réglé leurs problèmes. Disponibilité, prévisibilité. Deuxièmement, bas-carbone bien évidemment et décarboné. C'est le deuxième facteur d'attractivité et ça reste une constante pour nos stratégies. Nos groupes qui sont souvent des groupes mondiaux ont une stratégie de décarbonation et quoi qu'il se passe dans la tête de certains aux États-Unis ou ailleurs, ils ont des feuilles de route de décarbonation. Ils s'y tiendront parce que les marchés les leur demandent. Alors, les marchés ne valorisent pas encore exactement au bon prix les produits bas-carbone, ce sera un des grands enjeux, vous le savez pour la CER et autres, mais pour autant, il n'empêche que plus on descend des chaînes de valeur, plus cette demande de produits bas-carbone ou décarbonés se confirme. Le troisième, bien évidemment, c'est la compétitivité. Et la compétitivité pour nous, elle s'articule essentiellement autour de contrats. Nous avons retrouvé, merci Bernard, nous avons retrouvé la voie d'un dialogue équilibré, constructif avec EDF qui est notre partenaire historique. Nous souhaitons bien sûr pouvoir conclure des contrats long terme avec d'autres, mais cette voie, nous l'avons retrouvée à travers des différentes formules contractuelles, des contrats ad hoc, des contrats dits en ruban, mais également ces CAPN, dont l'attractivité va se renforcer avec la rehausse qui vient d'être indiquée de la fourchette de production. C'est un facteur très important auquel nous sommes extrêmement sensibles. Voilà, et donc cette construction et c'est pour ça que cette perspective nous a permis de sortir de l'ARENH dans un contexte de marché qui est, effectivement, de notre point de vue, plus détendu, mais pour autant, cette nouvelle perspective contractuelle à 5 ans, à 8 ans, à 10 ans, à 15 ans, voire à 18 ans pour certains, nous permet d'avancer et fait de la France incontestablement un territoire attractif. Je pense qu'il faut capitaliser sur ça. Disons que la France est le territoire de l'or blanc, pour prendre cette comparaison. Contrairement à l'or jaune, il ne doit surtout pas se thésauriser, il doit se consommer, mais incontestablement c'est un facteur d'attraction majeure et tous les investisseurs internationaux y sont très sensibles.
Nicolas GOLDBERG
Merci, Nicolas de Warren. Alors, nous allons maintenant passer la parole à un grand consommateur, puisque près de 1 % de la consommation électrique, c'est chez lui, Guillaume de Goÿs pour Aluminium Dunkerque. Première fonderie européenne, ce qui permet de sécuriser la production, la production primaire, ce qui est essentiel dans un monde à la géopolitique contrariée, puisque c'est au-delà d'être une production, c'est un outil de souveraineté nationale, mais aussi européenne. Vous avez d'ailleurs été un des premiers à signer un contrat long terme avec EDF à l'arrivée de Bernard Fontana, ici présent. Expliquez-nous comment ça a été déterminant pour investir dans de nouveaux fours électriques et sécuriser cette petite production décarbonée et souveraine.
Guillaume de GOYS
Merci, Monsieur le Premier ministre et vous tous ici présents. Merci pour ça et pour nous donner de la visibilité. Je ne vais pas revenir sur les mots de Nicolas que je partage bien évidemment complètement. Pour nous, cette visibilité et le contrat de 10 ans que nous avons signé il y a quelques mois maintenant, nous donne cette visibilité et va nous permettre d'investir. C'est avec grand plaisir que nous avons été lauréats, annoncés hier sur le GPID, donc les Grands projets industriels de décarbonation. Ça va nous permettre d'entrer dans cet investissement qu'on estime aujourd'hui à peu près à 340 millions d'euros pour la décarbonation du site d'Aluminium Dunkerque, qui fait partie des 50 sites les plus émetteurs et les diapositives le présentaient. Pourquoi c'est important en termes de souveraineté ? C'est que l'aluminium, on en a besoin et on a besoin de le produire chez nous parce que c'est clé pour les pompes à chaleur, c'est clé pour les véhicules électriques, c'est clé pour transporter l'électricité. Donc on a besoin de ça ici en France et vous pouvez compter sur nous, industriels, pour continuer à investir, investir sur le long terme avec de l'électricité décarbonée, compétitif pour que nous puissions renforcer cette souveraineté dont nous avons tous besoin.
Nicolas GOLDBERG
Merci. Alors, effectivement, on a parlé des fours d'ArcelorMittal, mais il y a 7 projets dont vous faites partie qui ont été sélectionnés dans les appels d'offres européens pour se décarboner. Et ça aussi, ça va être de l'électrification en plus. Et là-dessus, la France, on peut quand même se féliciter parce qu'on a raflé quand même la plupart des projets. Et là-dessus, collectivement, on peut s'en féliciter. Alors, Christian Buchel, pour l'Union Française de l'Électricité, je me tourne vers vous. Consommer plus d'électricité, ça nécessite de réenchanter ce discours autour de l'électrification, puisqu'on a eu quelques discours parfois un peu négatifs sur l'électrification. Comment est-ce qu'on réenchante l'électrification en parlant de progrès technologique, de modernité et de prospérité économique ?
Christian BUCHEL
Et peut-être d'histoire. En tout cas, merci de poser la question de cette façon-là. Dans le plan d'électrification des usages qu'on a déposé sous le sapin de Noël, Monsieur le Premier ministre et Madame la ministre, Monsieur le ministre, toute la filière, donc les producteurs d'électrons, quelle que soit la technologie, les réseaux, les entreprises qui fournissent les services auprès des clients et les acteurs de flexibilité de batterie. Effectivement, il y a beaucoup de mesures techniques et on va les apporter, Madame la ministre, dès le 13, si j'ai bien compris. Il y a beaucoup de mesures techniques. Il y a des mesures fiscales, nous appelons à un choc de fiscalité. Il faut rappeler que l'électricité est 2 à 3 fois plus taxée que les énergies fossiles qui pourtant sont importées. Mais j'aime beaucoup la question parce que la question… Dans les 50 mesures, en fait, on a commencé par une question qui n'est pas technique, qui est quel est le récit sur l'électricité ? On a commencé à travailler ce sujet très collectivement avec les personnes qui sont dans la salle, mais beaucoup. Et peut-être faut-il le travailler avec les Français, ce récit ? Parce que ce récit dit qu'on a un patrimoine qui est unique et que depuis deux siècles, plus de deux siècles en fait, il n'y a pas une innovation technologique, il n'y a pas une rupture, une révolution qu'elle soit économique ou qu'elle soit culturelle ou sociale qui ne s'est pas faite sans l'électricité. On a regardé l'exposition de l'électricité à Marseille en 1908, pardon de revenir en arrière, mais elle est fantastique. Il y a évidemment l'exposition universelle, La Fée Électricité en 1937. Enfin, tout ça pour dire qu'on a un patrimoine un peu unique dans le monde. La deuxième chose qu'on a vue dans ce récit, c'est que nous avons des scientifiques, alors depuis très longtemps, donc Ampère, si on est entre XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècle, Marie Curie, mais on a peu parlé des prix Nobel récents, de la physicienne Anne L'Huillier, qui a travaillé sur les lasers, par exemple. Donc, on a la science aussi dans notre pays. Et puis, l'électricité, elle a une caractéristique, c'est qu'elle est à la fois invisible et silencieuse. Et donc, elle est tellement liée au progrès qu'on ne la voit pas. J'ai beaucoup aimé les expressions aussi sur les datacenters, sur les consommateurs qui viennent de s'exprimer. Elle ne se voit pas, elle est silencieuse, mais effectivement, elle apporte tout ce progrès. Et l'autre caractéristique qu'on a trouvée en France, qui ne se retrouve pas dans tous les pays au monde, c'est qu'on a un patrimoine industriel. Alors, il y a les acteurs de la production, des réseaux, les équipementiers sont dans la salle aussi, mais on a des leaders mondiaux sur toute la chaîne électrique, sur toute la chaîne électrique, dans les équipements, dans l'ensemble de la chaîne, on a des leaders mondiaux. Donc la France, elle a tout ce qu'il faut pour passer, parce que, je le rappelle quand même, nous ne sommes qu'à 27 % de parts d'électricité dans l'énergie finale consommée dans notre pays. Et nous avons tout, nous avons un superbe récit, pour passer, je ne sais pas, peut-être très vite, 2035 à 50 % de parts d'électricité dans les usages finaux. En tout cas, toute la filière que je représente là, on a nos propositions, mais elles sont évidemment à disposition pour travailler très vite. On est l'arme au pied pour y participer, cette électrification du pays. Merci.
Nicolas GOLDBERG
Merci Christian Buchel. Puisqu'on parle de récits autour de l'électricité, parlons également modernité avec vous, Laurent Bataille à la FIEEC. Vous accompagnez les nouveaux usages numériques, électriques et numériques. À ce titre-là, il faut rappeler que la France, l'année dernière, a été le premier pays, et de loin, à attirer les investissements dans les datacenters. Ça a été diffusé dans les slides tout à l'heure. Donc vous, à la FIEEC, comment est-ce que vous vous préparez et comment est-ce que vous anticipez la croissance du numérique dans nos usages qui entraînera une consommation supplémentaire d'électricité ?
Laurent BATAILLE
Oui, merci. Effectivement, la FIEEC est à la convergence à la fois du matériel électrique, de l'électronique, des technologies de communication et donc du numérique. Si on regarde le numérique aujourd'hui dans le contexte de cette électrification, il a deux impacts majeurs et c'est une double chance. C'est d'abord une chance qui permet d'accompagner l'électrification des usages, mais également les infrastructures. C'est là, Monsieur le Premier ministre, vous parliez du pilotage, qu'en fait le numérique et, par exemple, l'intelligence artificielle, mais de façon générale, toutes les technologies d'optimisation permettent ce qu'on appelle les smart grids, donc les réseaux intelligents, qui sont nécessaires puisqu'ils deviennent plus complexes et doivent, par exemple, accueillir les renouvelables sur le réseau, le numérique rend cela possible. Cela permet également le pilotage dans le bâtiment, dans le logement, de façon à ce qu'on consomme l'électricité au meilleur moment. Et on a l'avantage, dans un certain nombre des nouveaux usages de l'électricité, d'avoir de l'inertie, c'est-à-dire qu'on peut décider quand est-ce qu'on l'utilise, soit pour chauffer, soit pour la stocker dans la batterie d'un véhicule électrique. Donc le pilotage a un rôle majeur à jouer et donc le numérique va rendre cette électrification beaucoup plus rapide et efficace et également compétitive pour les Français. Deuxième sujet, c'est le numérique en tant qu'infrastructure, les fameux datacenters. Pourquoi est-ce que c'est un sujet majeur ? D'abord, parce que les datacenters, c'est une infrastructure clé pour le pays. C'est une question de souveraineté. Aujourd'hui, dans un datacenter, il y a l'ensemble des données, mais également les applicatifs systèmes qui font tourner les usines, les entreprises, les collectivités locales. Et donc, ce sont des actifs critiques qu'il faut que l'on ait sur notre territoire. Or, il y a actuellement une vague majeure d'équipements en datacenter, très clairement tirée par l'AI. On a eu une vague avec les datacenters pour le Cloud, on a maintenant une vague pour les datacenters pour l'AI. Et aujourd'hui, l'Europe n'a pas bougé très vite sur cette vague. Juste pour donner les ordres de grandeur, l'Europe a 18 % de la capacité cloud mondiale pour 20 % de l'économie mondiale, seulement 4 % de la capacité en AI. Il y a donc une vraie opportunité pour l'Europe d'attirer ces infrastructures. C'est une question de souveraineté, de développement économique, mais également de développement durable, parce que si ces datacenters viennent en France, on saura utiliser notre électricité décarbonée, qui est 20 fois plus décarbonée que certaines régions des États-Unis, où ils sont aujourd'hui beaucoup construits, et donc c'est également un sujet de développement durable. On a une vraie opportunité ici, ça fait 18 mois qu'il y a une vraie mobilisation des filières pour accélérer la possibilité de connecter ces grands actifs qui seront donc décarbonés au réseau. Il reste du progrès à faire de façon à vraiment gagner cette bataille de l'attractivité pour les datacenters en France. La filière est prête, elle est également prête à contribuer au développement du réseau et à son pilotage, au travers de la flexibilité, également, par exemple, au travers de la réutilisation de la chaleur fatale. Donc on pense que le numérique, de ce point de vue-là, peut contribuer énormément à la trajectoire de cette PPE pour le pays.
Nicolas GOLDBERG
Merci. Merci, Laurent Bataille pour la FIEEC. On va passer le micro à… je dirais peut-être, monsieur le ministre, non ? Ou François Deroche pour l'AFPAC. Alors, on a eu le bilan du déploiement des pompes à chaleur avec la PPE 2. C'est un des succès de la PPE 2. Mais là, il va falloir passer à la vitesse supérieure. Donc, comment est-ce qu'on équipe les bâtiments, mais aussi l'industrie en pompes à chaleur domestiques ou industrielles et comment on s'assure qu'elles soient bien fabriquées en France ?
François DEROCHE
Un vrai défi. Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs. Tout d'abord, les technologies pompe à chaleur, qu'elles soient air/eau ou air/air ou géothermiques, elles permettent, en fait, de réduire très fortement les factures des ménages. Donc, c'est des gains de pouvoir d'achat, en fait, pour nos concitoyens. En plus, elles produisent donc du chauffage, de l'eau chaude sanitaire, et voire même parfois du rafraîchissement. Et dans les bâtiments, c'est donc un vrai levier, en fait, de la décarbonation. Peut-être que vous ne le savez pas, mais la France est aujourd'hui le premier marché européen de la pompe à chaleur. Et sous l'impulsion des pouvoirs publics, la France est aussi maintenant le premier pays à mettre en place la préférence européenne. Donc, je vais arriver à votre question, Nicolas. Avec la mise en place de l'agrément PAC, et ça, c'est une chance, en fait, pour nos industries, c'est une chance pour notre filière pompe à chaleur pour créer des emplois locaux, attirer des investissements et développer fortement les pompes à chaleur. Au travers de l'AFPAC, l'ensemble de la filière est mobilisé pour atteindre les engagements, en fait, de la SNBC, qui sont assez challenging, comme on dit, c'est très ambitieux. Mais il faut créer les conditions de l'accélération, en fait, de ce marché de la pompe à chaleur. L'AFPAC a publié la semaine dernière, en fait, 8 propositions d'accélération. J'espère qu'on pourra en discuter. Et afin de structurer également le déploiement qualitatif des pompes à chaleur, nous allons créer, inaugurer le 11 mars prochain le Centre d'expertise des pompes à chaleur, qu'on a baptisé le CEPAC, qui a pour mission, en fait, de rendre chaque projet de rénovation, de faire en sorte que soit proposée, en fait, une pompe à chaleur. Voilà. Merci.
Nicolas GOLDBERG
Merci beaucoup. Et pour terminer ce tour de table sur la consommation et les bâtiments, Emmanuelle Cosse, ancienne ministre et aujourd'hui pour l'Union sociale pour l'habitat. Alors, dans le bâtiment et le logement social en particulier, les nouveaux logements sont équipés en électrique grâce aux nouvelles réglementations thermiques, mais le vrai challenge, c'est d'arriver à faire basculer le stock des bâtiments vers l'électricité, tout en préservant le pouvoir d'achat, surtout pour les ménages les plus précaires. Alors, comment fait-on ?
Emmanuelle COSSE
Merci, Nicolas, pour la question. Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les ministres, d'abord, merci pour la confiance de me proposer de travailler sur la question du logement. Ce jour est important. Moi, j'ai fait la première PPE, donc je mesure la gravité des discussions. Oui, ça fait rire certains, mais voilà. En tout cas, c'est des enjeux stratégiques importants. Et je pense que sur le logement, en fait, ce qui est important, il y a deux choses. Il y a évidemment décarboner, ça, c'est une nécessité. Mais aussi parce qu'en fait, aujourd'hui, dans le logement, on subit déjà très fortement les enjeux de l'adaptation du changement climatique et que la décarbonation, c'est un tout avec bien d'autres sujets qui sont notamment le rafraîchissement, les enjeux de renaturation, parce qu'en fait, on commence à avoir, vous le savez, de ce qu'on appelle des bouilloires thermiques. Et ce n'est pas simplement une image, c'est une réalité quotidienne. Et il faut qu'on aille beaucoup plus vite que la détérioration du climat. Donc décarboner, oui. Après, il faut trouver des solutions concrètes. Et je crois que l'objectif de ce groupe de travail, c'est aussi de traduire vos objectifs massifs et des solutions qui, comme ça, ont l'air absolument simples et très faciles à mettre en œuvre au fait qu'il faut aller dans chaque logement, dans chaque bâtiment. Et en fait, c'est de la dentelle. Et donc, c'est pour ça que l'électrification, elle se passera certainement par des différentes solutions, et nous, on doit travailler des solutions très concrètes qui interrogent tant la technique que les réseaux, que le prix, parce qu'à la fin, sur le logement, la question, c'est l'usager. Et la question, au-delà de la souveraineté, moi, je trouve très intéressant qu'on puisse parler de la souveraineté de l'énergie qu'on utilise, il faut aussi qu'on ait en tête l'intérêt pour nos locataires, nos propriétaires, l'individu qui, à la fin, va devoir assumer sa charge d'énergie. Et donc, nos choix ont un impact majeur sur ces sujets-là, notamment pour les publics qui sont les plus précaires. Mais il n'y a pas que la question de la précarité évidemment énergétique, c'est l'ensemble de la fourniture du logement. Alors, le logement social, vous avez quand même une chance, c'est qu'il est beaucoup plus en avance sur la décarbonation que bien d'autres secteurs, notamment l'habitat privé. Mais je pense qu'on peut faire évidemment encore beaucoup mieux. Il y a aussi beaucoup de questionnements aujourd'hui sur les solutions qu'on nous propose. Il va falloir qu'on trouve aussi... Quelqu'un a parlé tout à l'heure des enjeux fiscaux et des enjeux législatifs et techniques. Il y a aussi encore beaucoup de blocages. Et nous espérons trouver dans les semaines qui viennent les éléments qui nous permettraient en tout cas d'avancer. Et puis, je le dis quand même, électrifier dans le bâtiment et dans le logement, ce n'est pas juste changer de vecteur énergétique, c'est faire des travaux. Parce que si nous ne les faisons pas, nous courrons à la catastrophe. Donc, ne pensons pas qu'il faut juste changer d'énergie. Il va falloir aussi améliorer la qualité des bâtiments dont on parle. Merci.
Nicolas GOLDBERG
Merci, Emmanuelle Cosse. Et effectivement, dans la PPE, on a des objectifs de rénovation énergétique qui sont très ambitieux, qu'on n'a jamais atteints jusque-là, mais on espère s'améliorer. Alors, ça clôt ce premier tour de table autour de la thématique de la consommation. On voit bien que nous aurons plus de consommation électrique dans les années à venir, que ce soit dans l'industrie, les bâtiments, le transport. Mais donc, il nous faudra plus de production bas-carbone, qu'elle soit électrique ou non. Et ça va ouvrir ce deuxième volet de cette table ronde. Avant ça, tout le monde ne pourra pas prendre la parole, mais je vois plusieurs parlementaires et ex-ministres parmi vous. Je voulais quand même nommer les travaux que certains d'entre vous font. Madame Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre et ministre de l'Énergie à l'époque de la tempête énergétique en 2022, notamment. Vous avez aussi fait beaucoup de travaux sur la SFEC 2023, si je me souviens bien, et dire si on attendait cette PPE avec impatience. Vous avez été aussi appuyée par Olga Givernet, ici présente, qui a fait avancer un petit peu la PPE en lançant les débats au moment où vous étiez ministre. Jean-Luc Fugit, président à l'Assemblée du Conseil supérieur de l'énergie. Monsieur Raphaël Schellenberger, député du Haut-Rhin, qui a été à la tête de la commission d'enquête sur la perte de souveraineté énergétique et qui mène en ce moment une mission pour débloquer l'électrification chez les industriels. Maud Brégeon, ancienne parlementaire et maintenant porte-parole du Gouvernement. Vous avez mené la loi MUPPA à l'époque de la tempête énergétique, mais aussi la loi d'accélération sur le nucléaire qui permet déjà d'avancer sur les travaux que vous menez, Monsieur Fontana, pour relancer le nucléaire, et Marie-Noëlle Battistel. Alors, le micro va passer chez vous, puisque aujourd'hui, nous sommes sur un barrage hydroélectrique. C'est la première énergie renouvelable de France. Les investissements étaient bloqués puisque nous sommes encore dans un contentieux de 15 ans avec la Commission européenne. Mais vous, vous avez porté une mission, puis une proposition de loi, justement, pour sortir de ce contentieux et reprendre les investissements sur cette énergie bas-carbone et pilotable. Alors, qu'est-ce qu'il nous reste à faire, justement, pour sortir de ce contentieux et reprendre les investissements dans cette belle énergie ?
Marie-Noëlle BATTISTEL
Monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les ministres, oui, effectivement, il nous reste une petite étape, mais j'ai envie de dire qu'on a déjà beaucoup avancé. Effectivement, nous avons fait adopter à l'Assemblée nationale jeudi dernier la proposition de loi que nous avons portée avec mon collègue Philippe Bolo. C'est un peu l'aboutissement de 13 ans de travaux, de missions, de rapports, d'avancées, de déceptions, de discussions avec la Commission européenne qui se sont renforcées ces derniers mois au travers de la dernière mission en collaboration très, très étroite avec le Gouvernement. Et nous avons conduit ça en parallèle. Et je voulais remercier le Gouvernement pour son engagement très volontariste sur ce sujet. Et il y a longtemps qu'on n'avait pas vu une avancée telle que celle-là, donc merci beaucoup. Alors, qu'est-ce que nous attendons aujourd'hui ? C'est évidemment l'examen au Sénat pour que cette loi devienne effective et qu'on puisse relancer les investissements de cette filière d'excellence française. Vous avez dit à plusieurs reprises combien elle est précieuse pour l'équilibre du système électrique, pour la gestion du multi-usage, pour la gestion des risques aussi et des aléas. Et on voit combien on y est confrontés de plus en plus. Donc, on espère que le Sénat délibérera très rapidement, favorablement, pour qu'on puisse relancer ces investissements. On l'a dit tout à l'heure, c'est plus de 5 milliards, c'est plus de 2,5 gigas, c'est plus de 11 % de la production. Donc, c'est tout à fait significatif. Et nous le faisons à la fois pour la souveraineté énergétique de la France, pour cette filière d'excellence et pour les agents qui sont des passionnés et qui la font vivre au quotidien.
Nicolas GOLDBERG
Merci, Marie-Noëlle Battistel. Et parmi les autres parlementaires qui travaillent beaucoup sur l'énergie, Philippe Bolo, vous avez accompagné la mission sur l'hydraulique qui a abouti à cette proposition de loi à l'Assemblée. Monsieur Marc Ferracci, ancien ministre parlementaire, vous prendrez la parole plus tard dans cette table ronde pour nous parler des emplois industriels. Sujet qui vous tient à cœur. Alors, on va essayer de dézoomer un petit peu. La France n'est pas que la métropole, c'est aussi beaucoup de zones non interconnectées qui ont des grands défis de sécurité, d'approvisionnement, de décarbonation, d'équilibre du système électrique, sachant qu'il n'y a pas de nucléaire et peu d'interconnexion. Alors, Frédéric Moyne pour Albioma. Comment faire des territoires non interconnectés, des vitrines de décarbonation réussies en s'appuyant le plus possible sur ces ressources locales et en préservant également les finances publiques, parce qu'on sait qu'importer des biocarburants bioliquides de l'autre bout de la planète, ça, ça coûte cher.
Frédéric MOYNE
Merci. Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Monsieur le Président, oui, les départements d'outre-mer sont des zones non interconnectées, c'est-à-dire qu'il faut y produire localement la totalité de l'électricité qui y est consommée, à la différence de la plaque continentale européenne. Et ce sont aussi les premières victimes du dérèglement climatique. Donc l'enjeu stratégique du développement des ENR dans ces zones, c'est de contribuer à la décarbonation pleine et entière du mix afin d'apporter une réponse à ce dérèglement climatique pour augmenter la résilience de ces territoires. Évidemment, aujourd'hui, nous nous réjouissons de la PPE nationale Mais, Monsieur le Premier ministre, le travail n'est pas fini, puisque chaque région ultramarine a la compétence pour disposer de sa propre PPE. Et nous attendons et nous appelons de nos vœux la publication des prochaines PPE ultramarines. Alors, je vais vous faire faire un petit tour rapide, puisque la situation de chacun des DOM est très différente. À Mayotte, il y a une urgence énergétique compte tenu de la très grande fragilité suite au passage du cyclone Chido. Nous attendons la PPE avec impatience. Je crois pouvoir dire, Monsieur le ministre Lescure, qu'elle n'est pas loin de votre bureau. À Saint-Martin , également petit territoire, collectivités ultramarines dans les Antilles, nous qui avions été dévastés par le cyclone Irma, nous attendons aussi avec impatience la PPE, puisque le réseau est très fragile et le gestionnaire du réseau, dont je salue le travail, jongle avec des moyens de production qui sont très largement obsolètes. Donc, il nous faut des PPE pour résoudre et pour répondre à ces situations d'urgence. Il nous faut aussi des PPE en Martinique et en Guadeloupe, pour d'autres raisons, mais pour puissamment faire évoluer le mix vers une moindre dépendance aux hydrocarbures, ça a été assez largement souligné, et c'est le deuxième enjeu stratégique dans ces zones. La dépendance aux hydrocarbures dans ces zones est très, très forte. Et cette fois, je prendrai l'exemple de la Réunion, où, pour le coup, nous sommes à 96 % d'énergie renouvelable grâce à l'abandon du charbon que nous utilisons dans nos propres centrales chez Albioma et du fioul qui était utilisé chez EDF dans ces moteurs. Cela dit, il est prévu à horizon 2050, puisque les DOM font aussi des exercices de prévision à long terme, un doublement de la consommation d'électricité à La Réunion sous le double effet de la croissance démographique, plus de 100 000 habitants, et de l'électrification des flottes de véhicules. Donc il va falloir produire plus d'électricité décarbonée à La Réunion et partout ailleurs. Pour ce faire, il est bien évidemment important de s'appuyer sur toutes les ressources locales dont disposent ces territoires. La première d'entre elles, on l'oublie souvent, c'est la biomasse. La biomasse locale. Chez Albioma, nous mobilisons de la bagasse qui est le résidu de la canne à sucre pendant la campagne sucrière, et nous contribuons de ce fait à la stabilité de cette industrie sucrière malmenée aujourd'hui. Nous valorisons aussi les déchets, la fraction énergie contenue dans vos poubelles grises après recyclage et après valorisation matière. Donc ce sont deux vecteurs très importants. Et la biomasse, de même que l'énergie issue des déchets, sont des énergies dites pilotables, dispatchables, qui contribuent à la sécurité des réseaux, à la différence de certaines d'entre elles qui sont plus intermittentes. Il faut donc penser complémentarité du mix et éventail de solutions équilibrées. Au-delà de la biomasse des déchets, la géothermie, qui n'a pas été citée. Les DOM sont des zones volcaniques où le potentiel de géothermie est avéré. Et enfin, le solaire, bien évidemment, puisque là où il y a de la canne à sucre, il y a du soleil. Je terminerai par un tout petit mot, un souhait. J'ai parlé des PPE. Il faut également un fort alignement de toutes les parties prenantes qui contribuent à la définition des politiques énergétiques, l'État, les régions, la DEAL, le préfet, les agriculteurs, pour ne pas les citer. C'est très important puisque nous devons ensemble lever des contraintes très, très fortes qui pénalisent le développement de ces énergies aujourd'hui. Il faut mettre en cohérence des documents, les différentes strates de documents administratifs qui s'imposent à l'exercice de notre métier, la strate communale, les plans d'urbanisme, mais également la strate supracommunale avec tous les schémas que vous connaissez, les plans, les zonages de protection du milieu naturel. Enfin, très important de ne pas oublier la prise en compte de la spécificité des RUP, des régions ultrapériphériques, dans le cadre de l'évolution de la réglementation européenne. Je vous remercie.
Nicolas GOLDBERG
Merci. Puisqu'on parle de renouvelables en général, Jules Nyssen pour le syndicat des énergies renouvelables. Vous êtes le représentant des professionnels des énergies renouvelables électriques, mais pas que. Avec vous, on va aborder la question de l'éolien et du solaire, qui jouent quand même un rôle majeur, qui progressent beaucoup. Comment ces énergies renouvelables contribuent-elles à répondre aux besoins du système électrique et des consommateurs ?
Jules NYSSEN
Oui, bonjour, merci, monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les ministres. Je voudrais juste commencer par une pensée particulière pour Agnès Pannier-Runacher, qui a non seulement pris la barre en pleine tempête énergétique, qui est à l'origine de deux lois d'accélération, et de la stratégie française Énergie climat V0, qui reste quand même la charpente de ceux dont on discute aujourd'hui. Et j'en profite aussi pour remercier Sophie Morellon et Laurent Cuny parce que dans les tempêtes, il y a aussi des incertitudes, y compris politiques. Ils ont toujours été des interlocuteurs extrêmement à l'écoute et attentifs à tout ce qu'on a pu porter. Merci. Et je profite aussi pour remercier Jean-Luc Fugit qui tête du CSE. jouent un rôle extrêmement utile. La PPE était très attendue. Ce n'est pas juste de l'électricité, c'est aussi attendu par les gaziers qui font du gaz renouvelable pour les réseaux de chaleur et de froid, de récupération. Et puis s'agissant de l'électricité, ce n'est pas juste le CER qui mène ce combat de l'électricité renouvelable. On le fait dans une forme d'alliance de conviction avec Anne-Catherine de Tourtier pour France Renouvelable et Daniel Bour pour Enerplan. Monsieur le Premier ministre, vous nous avez reçu vendredi matin. Deux heures, ce n'est pas rien dans un agenda du Premier ministre. Et surtout, c'était la première fois depuis 12 ans. C'est un deuxième point que je souhaite soulever. Je trouve que cette réunion est extrêmement constructive. Elle permet d'aboutir aux arbitrages que vous avez annoncés aujourd'hui. Sur l'éolien, on est d'abord très satisfait, évidemment. D'abord, on est globalement satisfait de tous ces arbitrages. Sur l'éolien en mer, on est vraiment content que vous ayez maintenu cette grande ambition qui peut vraiment faire la fierté de la France. Je profite que je suis sur les rivages de la mer pour vous remercier d'avoir bien conservé dans cette PPE, ce petit sujet important de l'hydrolien qui tient à cœur aux Normands, mais aussi aux Bretons. Ça, c'était important. Sur l'éolien terrestre, merci d'avoir maintenu une ambition. Il y a une petite discussion sur ce qui peut être fait en reconstruction de parc et en parc nouveau. Je connais parfaitement la sensibilité du sujet, mais comme Anne-Catherine de Tourtier et moi-même vous avons dit vendredi dernier, tout l'objectif ne pourra pas se faire uniquement avec ce qu'on appelle le repowering et de toute façon l'élément le plus déterminant aujourd'hui c'est d'arriver à régler ces questions de plafond de hauteur qui limitent la taille des éoliennes et qui empêchent en fait d'être simplement plus performants et de faire plus d'électricité avec moins d'éoliennes, ce qui est un objectif qu'on peut tous partager. Sur le solaire, on est même un peu au-dessus du scénario R3. Je pense que c'était important pour offrir une visibilité industrielle au projet de Gigafactory parce que ça aussi, ça concourt réellement à la souveraineté nationale. C'est toutes les familles du solaire qui doivent concourir à ça. C'était important qu'elles aient cette visibilité et je crois aujourd'hui qu'elles l'ont. L'éolien, solaire, je crois qu'on est tous aussi des acteurs du système énergétique responsable. On a des solutions à proposer. Vous en avez un peu parlé tout à l'heure avec du stockage. On est aussi des acteurs du réseau et je sais à quel point pour RTE c'est important que les acteurs du renouvelable participent à la gestion du réseau en améliorant la manière qu'ils peuvent avoir de répondre aux différents signaux. Puis il y a aussi un réseau de distribution qui est absolument indispensable pour les consommateurs, mais pour les producteurs que nous sommes aussi. Alors peut-être qu'on se souviendra de cette journée comme celle de la PPE3, mais peut-être aussi comme le traité de Saut-Mortier qui aura enterré les guerres de religion, Monsieur le Premier ministre, pour former l'équipe de France des énergies dont l'objectif est la conquête de la souveraineté énergétique de notre pays. Ce n'est pas vraiment de moi. En fait, c'est surtout vous qui nous l'avez dit vendredi dernier, mais c'est quand même ça, l'ambition positive qui doit tous nous réunir. Je pense qu'elle est assez rationnelle. Je sais bien qu'il y aura une échéance importante en 2027, mais ce sujet de la souveraineté par la décarbonation, je ne vois pas quel genre de clivage il peut proposer. Donc merci beaucoup pour cette PPE.
Nicolas GOLDBERG
Merci, Jules Nyssen. Alors, productions décarbonées, des grandes ambitions dans les renouvelables. Vous avez parlé de l'éolien offshore. Il y a un cap qui est maintenu. Il y aura des appels d'offres qui vont suivre, puisque c'est très piloté par l'État. Dans des énergies qui sont aussi bien pilotées par l'État, il y a celle du nucléaire, évidemment, qui est essentielle, colonne vertébrale de notre système électrique. Cette PPE acte la relance du nucléaire avec, pour commencer, 6 nouveaux réacteurs nucléaires, une option sur les 8 suivants. Dans le planning, à date, le premier réacteur nucléaire entrerait en service en 2038, là où les premiers atteindront déjà leurs 60 ans. On voit la nécessité de relancer ce nucléaire pour, au minimum, prendre le relais de ceux qui existent. Après des décennies sans construction de centrales et des pertes de savoir-faire, le défi est de taille. Comment est-ce que vous vous organisez chez EDF pour arriver à tenir les délais et les coûts et ainsi redémontrer notre savoir-faire dans la construction d'un nucléaire performant et compétitif.
Bernard FONTANA
En effet, déjà aussi, la PPE permet de continuer à travailler sur le parc existant : augmenter la durée de vie, augmenter la puissance, préparer leur adaptation aux conditions futures. Donc ce sont des très gros chantiers aussi qui mobilisent beaucoup de gens. Effectivement, bien là, Monsieur le Premier ministre, vous citiez les anciens, le plan Messmer, j'ai relu aussi les anciens. C'est tout simple. Il faut avoir un design bien identifié et répéter, répéter, répéter, et travailler en partenariat avec l'industrie. Donc, c'est vraiment ça qui nous fait avancer. Et sous le contrôle de la DIN [ph], merci Joël, qui nous challenge et nous conseille aussi, et donc, nous nous mobilisons pour être en mesure d'en faire 6, plus potentiellement 8, parce que l'idée est d'avoir des gains par effet de série. Sur les 6 premiers, on prévoit d'améliorer de 15 % le coût à chaque paire. Après, ça peut s'aplatir un peu, mais il y a encore des gains qui pourront être recherchés en effet de série. Alors il faut s'organiser avec une maîtrise d'œuvre, une maîtrise d'ouvrage, les partenaires, comme je le disais. Et puis au-delà de ça, il nous faut une politique industrielle parce que ce sont des investissements importants. Nous pouvons nous appuyer sur une supply chain française qui se met déjà au travail avec le GIFEN et le GIFEN prévoit de recruter 10 000 personnes par an. Nous-mêmes, nous recrutons également 10 000 personnes pour être au rendez-vous de ces compétences-là. Donc un chantier formidable pour nous. Il nous faut bien sûr financer tout cela. La PPE permet de renforcer la position de la France vis-à-vis de la Commission européenne où le dossier de financement a été mis en place. Et donc, c'est un travail de long cours, mais on retrouve les réflexes de nos anciens. Et je suis absolument convaincu que la France est capable de faire ce programme, les équipes d'EDF, mais aussi nos partenaires industriels, que je remercie.
Nicolas GOLDBERG
Merci à vous. Thomas Veyrenc, donc on va revenir à vous, puisque vous êtes le pilote du système électrique, de l'équilibre du système. Donc RTE est le mieux placé pour connaître les enjeux et les besoins du système électrique. En tant qu'éclaireur du débat public sur l'électricité, vous avez établi les scénarios d'offres et de demandes que vous nous avez présentés. Dans ces scénarios, il y a aussi différentes hypothèses de consommation, de production que ça induit en modulation du nucléaire et d'écrêtement des renouvelables. Tout ça est chiffré dans vos rapports. Mais vous êtes aussi optimiseur d'un système électrique qui va devoir s'adapter à une plus grande variabilité, à des moyens de production parfois plus petits, peut-être moins pilotables, moins observables. Vous êtes opérateur d'une infrastructure qui va devoir se renforcer et sur laquelle il va y avoir de nombreux investissements pour accueillir l'électrification. C'est votre SDDR, le schéma décennal de développement du réseau. Alors, question simple pour vous suite à toute cette introduction. Comment prévoyez-vous de faire évoluer l'équilibre du système électrique et l'investissement dans ces infrastructures essentielles pour accueillir l'électrification ?
Thomas VEYRENC
Merci. Merci, Nicolas Goldberg, d'avoir rappelé que RTE, ce n'est pas uniquement le bilan prévisionnel, mais c'est aussi de l'exploitation et de l'infrastructure. Et en réalité, quand, dans les années 70, on était à 10 % de part de l'électricité dans la consommation totale et qu'on ait monté à 25 % jusqu'au début des années 2000, ça a été aussi une période de renforcement de l'infrastructure de réseau et de modification de son pilotage. Et donc là, comme on a un plan qui est aussi ambitieux, il faut faire pareil. Alors, sur l'exploitation, la première chose, c'est que les énergies renouvelables, toutes, doivent être pilotées. Aujourd'hui, elles le sont. Regardez, cette nuit, vous pouvez voir l'application de RTE, éCO2mix, des énergies renouvelables, des éoliennes se sont arrêtées au moment où il y avait beaucoup de production. C'est normal, c'est bien. Mais comme ça va se développer, il va falloir qu'on encadre la façon dont ce pilotage se fait pour pas que ça se fasse de manière anarchique. Ce sont des milliers d'installations qui sont réparties sur le territoire. Et donc, on va devoir s'assurer qu'elle s'arrête au bon moment, dans les bonnes proportions, et qu'elle reparte au bon moment et dans les bonnes proportions. On travaille pour mettre en place un nouveau cadre avec les administrations, avec les filières, et dès le printemps, il doit être opérationnel. Sur le nucléaire et sa modulation, comme je l'ai dit, ce n'est pas du tout un oublié de nos analyses. Au contraire, il faut reconnaître deux choses. La première, c'est que le parc nucléaire module depuis longtemps. Et la deuxième, c'est que la modulation à laquelle il sera confronté à l'avenir va changer en nature, en fréquence et en profondeur. Nous, on va devoir s'adapter à ça. Et si certaines tranches devaient moins moduler, on doit pouvoir le mettre en œuvre dans le système électrique. Il faut juste qu'on s'adapte, qu'on le sache, et on exploitera le système électrique de sorte à ce que ces tranches ne modulent pas. Je le dis, il n'y a pas de priorité technique d'injection. Donc on peut mettre en place un système où certaines tranches ne modulent pas. Il faut l'anticiper. Et par contre, ça nécessite qu'on construise autour un système où il y aura peut-être plus de batteries, plus de STEP - et je souscris, les STEP, c'est un outil essentiel pour le pilotage du système électrique - et plus de réseaux. Et sur l'infrastructure, on a aujourd'hui un système transport et distribution, et je vois Marianne Laigneau qui est là, qui est très performant. Et je remercie Nicolas de Warren pour les industriels d'avoir mentionné que ça faisait partie de la compétitivité du pays. Il faut qu'il le reste. Je pense que dans la compétition internationale, le réseau, c'est clé. Aujourd'hui, vous avez des pays dans lesquels il y a des difficultés. En général, ce n'est pas des difficultés de production ; ce sont des difficultés sur le réseau. Les pays qui vont s'en sortir sont ceux qui auront une très grande fiabilité. Elle a beaucoup de valeur. On a parlé des datacenters tout à l'heure, ils veulent de l'électricité fiable. Donc, fiabilité du réseau, coût. Et en réalité, on investit plutôt moins que nos grands voisins. Et agilité, on investit un peu moins, mais il faut qu'on investisse aux bons endroits. Je prends un exemple. À Dunkerque, au Havre, à Fos, on va mettre 3 milliards d'euros pour tripler la capacité d'accueil de ces zones. Si, en 2024, on avait arrêté nos investissements à Dunkerque, alors qu'il y avait un doute sur certains grands investissements qui ont été confirmés il y a deux jours, ça n'aurait plus été possible de repartir et d'assurer 2029. Si on n'avait pas eu confiance et qu'on n'avait pas, au Sommet de l'intelligence artificielle, l'année dernière, annoncé une offre « fast track », on n'aurait pas eu un investisseur international qui a benchmarké la France et toute l'Europe et qui a été attiré par le fait d'avoir 1 gigawatt de puissance garantie avant 2030, parce que la France peut être attractive en termes de délai de raccordement. Et donc, nous, en tant que gestionnaires de réseau, on va devoir faire notre travail qui est de gérer le court terme, les aléas, les tempêtes - je pense que Marianne en parlera mieux que moi - tout en gardant le cap de temps long qui est de moderniser notre infrastructure et de la développer en ayant en tête l'indépendance énergétique de la France.
Nicolas GOLDBERG
Merci, Thomas Veyrenc. Et vous avez mentionné le travail des administrations. Donc c'est le cas de Monsieur Laurent Kueny, ici présent à la DGEC, où on travaille toujours plus pour mieux intégrer les énergies renouvelables au réseau et les rémunérer correctement dans un cadre de maîtrise de la dépense publique. Madame Sophie Mourlon, également, qui avait animé en son temps le débat, le Forum jeune autour de la stratégie française de l'énergie et du climat. Et j'en profite également pour mentionner Xavier Ursat au GIFEN pour mobiliser tous les acteurs du nucléaire et faire de ce nouveau programme nucléaire une réussite. Alors, je vais passer maintenant la parole à votre homologue, Thomas Veyrenc, côté distribution, Marianne Laigneau. Donc RTE gère les autoroutes de l'électricité et Enedis, c'est les câbles à plus basse tension qui arrivent jusqu'à chez nous. 35 fois le tour de la Terre, 1,4 million de lignes électriques. Alors votre réseau nécessite aussi des investissements pour raccorder les nouveaux acteurs, les pompes à chaleur, les bornes électriques, mais aussi, peut-être surtout, pour être résilients au changement climatique, parce que Thomas l'a évoqué, vous allez être confrontés à de nouveaux aléas, des tempêtes, il y en a eu une aujourd'hui, avec un objectif à chaque fois de remettre le courant à 90 % des clients en 48 heures, ce qui est exceptionnel, un miracle à chaque fois. Alors comment ces investissements s'organisent autour de vous pour rendre le système électrique robuste et résilient au changement climatique ?
Marianne LAIGNEAU
Merci, Nicolas. Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, effectivement, je crois que produire de l'électricité décarbonée, la consommer avec des usages plus importants, plus diversifiés, c'est essentiel. Mais pour que ça fonctionne, il faut relier ce qu'ils produisent et ce qu'ils consomment. Et pour ça, il faut un réseau de transport, CRTE, de distribution, c'est Enedis, 1,4 million de kilomètres de ligne, le plus grand réseau européen. Et donc, dans les visuels qui ont été projetés, il n'y avait pas de mention des réseaux. Mais moi, je le prends de manière très positive. C'est parce que ça fonctionne tellement bien que c'est une évidence. Pour autant, il faut quand même investir pour 3 objectifs qui ont été cités ce matin et continuer à les développer. Premier objectif, donc nous investissons, si je donne le chiffre 2025, 5,6 milliards d'investissements en France pour Enedis en 2025. Premier objectif, c'est raccorder des énergies renouvelables, toujours plus nombreuses. 1,2 million de sites renouvelables sont connectés au réseau opéré par Enedis, dont 850 000 auto-consommateurs. Et ça, c'est un changement, une évolution massive. Et nous avons connecté en 2025, 6,8 gigawatts supplémentaires d'ENR. Et c'est x3 par rapport à 2021. Donc, on est parfaitement en ligne avec l'ambition qui vient d'être annoncée. Le deuxième objectif, et on l'a consacré à ce premier objectif, 1,1 milliard en 2025. Le deuxième, c'est du côté de la consommation. Les usages à développer ont été cités. C'est, si on veut, plus de datacenters, plus de bornes de recharge électriques, plus de ports dont les caisses sont électrifiées, plus de camions électriques, plus de pompes à chaleur. Il faut raccorder tout ça, une nouvelle fois, au réseau opéré par Enedis. Et là, du côté de la consommation, nous avons connecté 8 gigawatts supplémentaires en 2025. 50 % de l'industrie française est connectée au réseau que nous opérons. Donc, là aussi, développer ces usages, c'est rendre possible ce que nous appelons chez Enedis la deuxième électrification de la France, parce que c'est ça qui est en train de se passer et qu'il faut continuer à pousser. Et le troisième objectif de ces investissements, et c'était 1,4 milliard en 2025, c'est rendre ce réseau, pour que les Français, quand ils appuient sur le bouton aient de l'électricité, comme c'est le cas aujourd'hui, le rendent plus résilient à des aléas climatiques qui, malheureusement, sont plus nombreux. Fois 2 en aléas climatiques qui induisent plus de 100 000 clients coupés entre 23-24 et les 4 années précédentes. Fois 2. Aujourd'hui, la tempête Nils est en train de traverser les façades sud-ouest et puis elle va jusqu'en Languedoc-Roussillon. À 8h30, c'était 900 000 clients coupés. Pour mémoire, Ciarán, qui a dévasté Normandie et Bretagne, c'était 1,2 million de foyers français coupés. Donc, il faut bien sûr investir pour rendre le réseau plus enfoui, plus résilient, plus digital, mais il faut aussi avoir des capacités opérationnelles pour, quand l'aléa se produit, être capable d'envoyer des équipes et des équipes supplémentaires. Donc aujourd'hui, nous avons mobilisé 3 000 techniciens, salariés d'Enedis et prestataires, nous envoyons des hélicoptères, des groupes électrogènes, du matériel, des camions, etc., pour réalimenter le plus vite possible les Français qui sont aujourd'hui privés d'électricité. Et nous le faisons en effet dans des délais qui sont plutôt bons par rapport à des homologues, y compris de pays très développés. Je finirai en disant que pour réussir ce formidable défi industriel, bien sûr, il ne suffit pas d'investir, il faut aussi deux choses, des compétences. Et donc, il faut investir dans l'humain. Et nous allons recruter 3 500 nouveaux salariés. Nous sommes 41 000 dès cette année pour attirer des jeunes, des jeunes techniciens, des techniciennes dans ces métiers qui sont extrêmement porteurs de sens. C'est un vrai service public de la transition écologique. Puis la deuxième condition, il faut une supply chain, il faut une filière industrielle elle-même résiliente et elle-même localisée en France et en Europe. Nous avons fait 4,5 milliards d'achats en 2025 en travaux, en équipement, 90 % en France et en Europe. Donc je pense que ce véritable défi montre que le réseau est porteur d'avenir et qu'il est la colonne vertébrale de tout ce que nous devons continuer à accélérer. En tout cas, chez Enedis, on est prêt à relever ce défi.
Nicolas GOLDBERG
Merci Marianne Laigneau et puisqu'on parle d'investissement en milliards. Vous avez déjà fait un investissement en milliards avec le programme Linky qui s'est terminé avec succès. Programme qui permet effectivement l'autoconsommation que vous avez mentionnée, mais aussi un rétablissement des clients en cas de coupure plus rapidement, puisque c'est ce qui vous rend le réseau basse tension visible et qui permet de mieux cibler les investissements sur le réseau électrique pour avoir une électricité de qualité, puisque l'électricité a une qualité, quand elle arrive chez vous, 220 volts, 50 hertz. On va quitter rapidement le monde de l'électricité pour aller au monde de l'énergie hors électricité. Je me tourne vers vous, Olivier Dauger, donc représentant de France Gaz Renouvelable. Alors, l'électrification, c'est important, mais l'électrification ne peut pas tout, on a besoin d'autres vecteurs énergétiques, notamment du gaz, qui est aujourd'hui majoritairement fossile, bien qu'on ait une production de gaz renouvelable qui progresse et qui va devoir progresser, qui permet une production locale de gaz, mais pas que, également de digestat qui permet à nos agriculteurs d'avoir une source de revenus complémentaires et d'être un peu plus autonome sur certains intrants agricoles. Alors vous, comment vous voyez les objectifs de cette PPE sur les gaz verts et ce qu'ils représentent pour nos agriculteurs ?
Olivier DAUGER
Oui, merci pour les arbitrages des objectifs. Je voudrais aussi remercier. Je suis le seul agriculteur, je dirais. Et voilà, je suis dans la grande famille de l'énergie maintenant et je pense que c'est très important parce qu'on parle bien sûr de l'électricité. Il y a toute la partie non agricole, la sortie du carbone, la fin de la parenthèse fossile. Et rappelez-vous qu'avant la parenthèse fossile, c'est l'agriculture qui faisait et les sols qui faisaient, et 25 % du territoire était destiné aux non-alimentaires. Je dis pas qu'il faut faire 25 % du territoire en non-alimentaire, parce que sinon, voilà. Mais il n'empêche que c'est le retour, et c'est tout à fait bien que le monde agricole réintègre, parce que sur une partie, sur une grosse partie... Merci de parler de géopolitique, Monsieur le Premier ministre, parce qu'elle existe, bien sûr, sur l'énergie, elle existe sur l'alimentation, avec des problèmes politiques, avec des problèmes climatiques, avec des problèmes sanitaires, aujourd'hui. Et ces deux filières, finalement, sont très complémentaires, c'est-à-dire que l'intégration de la bioéconomie dans le monde agricole permet aussi de faire une évolution des systèmes agricoles, une transition des systèmes agricoles. Et au contraire, ça accompagne et ça améliore, je dirais, la partie alimentaire. Christiane Lambert aime bien dire « on est une agriculture de solutions sur le carbone et sur les transitions et c'est aussi des solutions pour l'agriculture ». C'est véritablement ça et c'est dans ce sens un peu d'économie circulaire, il y a une complémentarité, il n'y a surtout pas d'opposition. Et souvent, ce sont des projets de territoire dans les territoires à taille humaine entre guillemets, donc il y a aussi un enjeu d'acceptabilité territoriale qui est très important. C'est aussi, ça a été dit, mais c'est important aussi souvent des filières, et c'est plus qu'important, compétitives, pilotables et qui répondent à des vrais enjeux de marché derrière mais aussi de gestion et ces filières-là sont là. Très rapidement et j'arrive sur le biogaz, mais très rapidement justement aussi sur l'agrivoltaïsme. On voit très bien que l'agrivoltaïsme permet de garder - et je remercie d'ailleurs Madame la ministre Pannier-Runacher d'avoir mis dans la loi APER cette définition de l'agrivoltaïsme qui n'existait pas, mais qui permet sans disruption de la production alimentaire, au contraire, de produire de l'énergie qui, aujourd'hui, devient pilotable avec la gestion de la cloche et qui, surtout en termes de prix de revient, rentre dans le prix du marché. Le biogaz, parce que le biogaz, justement, ça permet de valoriser les effluents, mais aussi de valoriser les couverts végétaux. On va avoir une agriculture qui va de plus en plus avoir besoin de couverts végétaux pour des raisons de carbone, pour stocker du carbone, pour des raisons de biodiversité, pour des raisons d'échange [ph] de l'eau. Donc, si on peut arriver à en valoriser une partie, sans excès, bien sûr, une partie, mais aussi valoriser les effluents des éleveurs, recréer - je dis souvent qu'un méthaniseur, c'est une usine à engrais, c'est une… produire du gaz, mais on a un enjeu d'engrais organiques qui est très fort - si on sort de l'engrais minéral, ça permet de produire, ça ne remplacera pas suffisamment, mais c'est une brique importante. Donc, il y a un côté très complémentaire de la production alimentaire. Il y a d'autres filières, je n'y rentre pas, mais derrière tout ça, bien sûr, il y a besoin d'outils. Donc là, j'appelle et je sais qu'on va essayer d'aller assez vite pour mettre en place des outils, notamment dans le biogaz où il y a la CPB, la trajectoire, je dirais, la CPB qui est plus qu'urgente, parce qu'aujourd'hui, tout est bloqué. Les acheteurs, et notamment, se limitent à 2 ou 3 ans parce que quand il n'y a pas de visibilité, on n'achète pas. Et du coup, les financiers reculent. Et on voit aujourd'hui un doute chez beaucoup de financiers, chez les banquiers, en disant : « on n'a pas confiance aux ENR et du coup… » Donc il y a un vrai besoin d'aller vite derrière, que ce soit sur le gaz et aussi sur les appels d'offres électriques, sur l'ensemble de ce qui est décidé aujourd'hui. Il y a l'enjeu des COGEM, Monsieur le Premier ministre, des co-générateurs, excusez-moi, je suis un peu… des co-générations qui vont arrêter pour une raison de prix d'électricité qui ne rentre pas dans le prix de compétitivité, mais à qui il faut trouver des solutions, notamment par les CPB. C'est pour ça qu'il faut aller vite sur les CPB, mais peut-être aussi pour certains par d'autres solutions. C'est quand même les premiers. C'est les précurseurs au début des années 2000. Il y en a plusieurs centaines. Alors en macro, ça ne représente pas beaucoup, mais sur le territoire et individuellement, ce serait dommage s'ils sont souvent insérés dans l'élevage. Ça veut dire que souvent, l'arrêt du méthaniseur entraînera aussi l'arrêt d'élevage. Donc, on est dans une situation importante. Et puis, l'autoconsommation sur tous ces sujets-là, l'agriculture consomme. Et d'ailleurs, dans le plan d'électrification, on est en train de regarder pour la partie agricole parce qu'il y a aussi un vrai enjeu au niveau agricole. Je ne vais pas beaucoup plus loin. Juste important aussi d'aligner, notamment au sein de la SFEC, les différentes politiques, notamment les objectifs et les ambitions au niveau agricole et les ambitions au niveau biomasse, au niveau attente par rapport à la bioéconomie. C'est-à-dire qu'il faut véritablement avoir une ambition pour l'agriculture de production qui répond à tous ces enjeux, aussi bien alimentaires que non alimentaires et une dynamique qui permettent de le faire au risque de voir des importations importantes. Et puis, Monsieur le Premier ministre, je terminerai par ça. Il y a bientôt le salon de l'agriculture et j'ai un souhait suite à cette PPE qui vient de sortir. C'est que dans votre discours, dans vos différentes... vous parliez justement de ces sujets de bioéconomie. C'est un atout important pour aussi donner des perspectives aux agriculteurs. On a la stratégie européenne de bioéconomie qui arrive, la stratégie française qui est aussi en discussion. C'est non seulement des solutions pour les autres secteurs, c'est des solutions pour le carbone, c'est des solutions pour le climat. Mais c'est aussi des solutions pour aider aux transitions agricoles qui sont aujourd'hui, et vous le savez bien, très compliquées économiquement, mais aussi par rapport au climat. Donc, faisons de ça un atout général et merci de considérer l'agriculture dans la famille de la grande famille de l'énergie. Merci.
Nicolas GOLDBERG
Oui, merci, Olivier Dauger, puisque vous êtes aussi administrateur à la FNSEA et président de France Agrivoltaïsme. Et donc voilà les liens qu'il y a entre l'énergie et l'agriculture, qui sont deux mondes qui vont devoir apprendre à se parler, d'autant plus que, effectivement, tout ne sera pas électrique. Il y aura beaucoup de bioénergie et là-dessus, le monde agricole est très attendu, puisque ce sera le premier fournisseur de bioénergie pour le système énergétique. Alors, toujours pour continuer dans ces énergies non électriques, Nicolas Garnier pour l'AMORCE. On doit aussi parler de chaleur décarbonée. Dans la PPE 2 comme dans la PPE 3, il y a des objectifs d'extension des réseaux de chaleur et de création de nouveaux réseaux de chaleur. Donc, comment est-ce que vous, vous jugez ces possibilités en lien avec les élus locaux, puisque les réseaux de chaleur urbains, c'est quand même un sujet très local ?
Nicolas GARNIER
Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les ministres, chers collègues, chers amis, je voudrais partager avec vous deux évidences qui sont aussi deux ambitions et deux défis. La première évidence, c'est que tout kilowattheure est consommé sur un territoire et distribué sur un territoire, transporté sur un territoire, produit sur un territoire. Et je parle à l'ancienne élue locale qu'on a rencontré à de plusieurs reprises avec le président d'AMORCE. Il est assez évident que cette transition énergétique qui a des enjeux nationaux évidents qu'on vient d'évoquer passe aussi, y compris en termes d'adhésion, en termes de projet sociétal par la question des territoires. Deuxième élément et de ce point de vue-là, je peux vous dire que peut-être qu'une des pistes dans la réalisation de cette PPE sera, et c'est notre proposition, un contrat d'objectifs et de partenariat entre l'État et les collectivités territoriales pour être clairement contributeurs de ces objectifs qui ont été présentés. La deuxième évidence dont je voudrais vous parler, c'est qu'effectivement, au-delà des débats de paroisse, a dit Monsieur le ministre, ou de famille sur la mode de production, il y a quand même une évidence, c'est que le premier besoin énergétique de ce pays, c'est de la chaleur et que la moitié de la facture énergétique… Alors, au passage, j'ai failli faire le clin d'œil, Monsieur le ministre, mais vous avez remarqué comme on est sobre aujourd'hui. Demain matin, tout le monde au lit. Plus sérieusement et cette chaleur, effectivement, elle représente la moitié de la facture des Français. 3 700 euros payés par chaque Français d'énergie, dont la moitié, c'est du chauffage et demain, probablement du froid, dont on n'a pas beaucoup parlé depuis ce matin. Et à la convergence de ces deux évidences, il y a deux ambitions, la capacité à engager les territoires dans la transition énergétique, la capacité à développer cette chaleur renouvelable. Et cette ambition, elle passe en particulier par ce qu'on appelle les réseaux de chaleur. Ces réseaux de chaleur, ce n'est pas un cousin éloigné de la famille énergétique, c'est vraiment un vrai membre de la fratrie, Monsieur le ministre, je pense. Et aujourd'hui, il y en a partout. Si nous avions eu une demi-heure de plus, nous vous aurions amené au Poisat à 10 km ou 15 km d'ici ou à Lamoura ou à d'autres endroits. Il y a des réseaux de chaleur partout sur le territoire, ruraux, urbains, portés par des élus locaux et on est à quelques jours des élections municipales. Je peux vous dire que contrairement à ce qu'on croit, ce sujet de l'énergie est au cœur des municipales et ce qu'on demande aujourd'hui aux élus, je parle sous le contrôle de l'ancien président d'Intercommunalité de France, cher Sébastien, ça va être effectivement la capacité à dire : Monsieur le maire, Monsieur le président d'Interco, en quoi vous allez m'aider à payer ma facture, en quoi vous allez m'aider à avoir du confort d'été, etc. ? Finalement, ce réseau de chaleur, c'est le symbole de la transition énergétique pour un élu local parce que c'est utiliser des ressources locales, c'est développer de l'économie et de l'emploi à l'échelle locale, c'est distribuer et c'est rendre un service aux populations tout en maîtrisant leur facture. Donc on appelle à ce que ces réseaux de chaleur soient effectivement aussi au cœur du jeu, aux côtés de l'électrification souhaitable et durable. Et pour ça, il faut effectivement envisager - c'est l'occasion de dire un dernier merci à quelqu'un qu'on n'a pas cité, qui est justement mon voisin de droite - le travail de l'ADEME sur le Fonds Chaleur. Je pense que… Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la Cour des comptes, qui dit que c'est probablement le plus beau levier de la transition énergétique en termes de coûts-bénéfices. On est tous dans une période où l'argent est rare, cher, doit être efficace. Et ce Fonds Chaleur, il est nécessaire. Je parle sous le contrôle d'Agnès, de Jean-Luc et d'autres pour dire que ce Fonds Chaleur mérite effectivement, probablement d'être dopé. Mais je crois qu'il y a consensus, mais je sais que les arbitrages sont difficiles. Dernier point. Finalement, l'histoire commence. Merci à vous, et je le dis au même titre que d'autres, merci d'avoir osé ce geste de courage et de responsabilité que de sortir cette PPE que nous attendions. Certains disent 4 ans, d'autres disent 20 ans. En tout cas, ça fait un moment qu'on attend. Ça nous donne de la visibilité. Maintenant, l'histoire commence et juste si je terminais par un clin d'œil, il faut la réaliser. Il faut la réaliser de manière symétrique. Je pense qu'on serait déçu si une partie de cette histoire était réalisée, l'autre ne l'était pas. Et peut-être en visant - et ça, c'est pour Jules en particulier - les fourchettes hautes, en particulier en matière d'énergie renouvelable, nous pensons que nous en sommes capables. Je représente les élus locaux que je salue. La production d'énergie renouvelable est possible sur les territoires, dès lors qu'elle est concertée, dès lors qu'elle fait l'objet d'un dialogue. Donc, nous, on croit à ce potentiel-là. Donc, heureux de pouvoir l'écrire, l'histoire avec vous.
Nicolas GOLDBERG
Effectivement, je voulais parler du fonds chaleur renouvelable qui est opéré par l'ADEME, dont Sylvain Waserman à côté de vous est l'éminent président. Continuons sur le local et les territoires. Benoît Lecacheux pour Holosolis, je me tourne vers vous. On va produire des technologies de la transition. Pour les panneaux solaires, il faudra avoir des critères de localité, mais ça, c'est quand même compliqué compte tenu de la concurrence de la Chine. Donc, comment est-ce qu'on fait là-dessus ?
Benoît LECACHEUX
Merci pour la question. Ce n'est pas la première fois qu'on me la pose. Donc oui, en effet, je pense qu'il est possible de fabriquer des panneaux solaires en France. Je pense que c'est indispensable. Et je pense qu'il y a 4 éléments incontournables pour y parvenir. Le premier, il a été évoqué plusieurs fois aujourd'hui. C'est la visibilité. Il faut donner une visibilité long terme à nos clients, à nos investisseurs pour qu'ils soutiennent un projet industriel comme celui-là. Le deuxième élément, vous venez de le mentionner, c'est qu'on a besoin, comme tout industriel, pendant la période nécessaire pour atteindre une compétitivité, d'être dans un cadre qui soit protecteur et où on ne soit pas en confrontation directe avec des concurrents qui ont des règles sociales, environnementales, de financement très différentes des nôtres. Et donc, pour ça, la préférence européenne est pour nous un élément important. Le troisième élément qui est aussi important, c'est de nouer des partenariats techniques avec les leaders mondiaux de ces industries aujourd'hui, puisqu'il faut qu'on acquiert ce savoir-faire industriel que nous n'avons pas en Europe. Et pour ça, il faut travailler avec les gens qui maîtrisent ces technologies. Il faut retransférer les technologies vers la France pour y parvenir. Et le quatrième élément, c'est le besoin de produire à l'échelle, à très grande échelle pour être compétitif et d'intégrer dans nos modes de production industrielle les dernières technologies : robotisation, digitalisation, intelligence artificielle. Et pour ça, on a en Europe des champions qui nous permettent de le faire. Donc, je pense qu'il est tout à fait possible de produire des cellules et des modules photovoltaïques en France. Je pense qu'aujourd'hui, avec la PPE qui vient d'être annoncée, on a coché la case visibilité. On devrait pas tarder à cocher la case préférence européenne. On a noué au sein de l'Holosolis les partenariats qui nous permettent de répondre au troisième et au quatrième élément que j'ai mentionnés. Et donc, on va produire des panneaux solaires en Moselle et on va créer 2 000 emplois industriels en lien avec ce projet.
Nicolas GOLDBERG
Merci à vous. Bonne nouvelle pour cette création d'emploi dans les territoires. Alors si on continue sur les emplois, Yara Chakhtoura. Je me tourne vers vous pour Siemens Energy. Donc le développement de l'éolien en mer, ça a été fait de long... C'est un objectif de longue date avec des usines en France qui permettent de redynamiser les ports français. Alors quels enjeux vous voyez à faire de l'éolien en mer des piliers de la souveraineté industrielle et avec des industriels qui ont au moins leurs usines en France et sur nos ports ?
Yara CHAKHTOURA
Merci, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les élus et mes collègues de l'industrie et de l'énergie. Alors, contrairement à monsieur le ministre Roland Lescure, je n'ai pas vécu au Canada, je suis libanaise. Je me permettrai de garder mon manteau, puisqu'au Liban, la chaleur, l'électricité et la résilience sont dans le cœur, mais pas dans le corps. En ce qui concerne l'éolien en mer et les réseaux en mer également, sont aujourd'hui des infrastructures stratégiques pour atteindre un système énergétique compétitif, résilient, souverain, en France et en Europe. Donc il faut les considérer comme tels. Chez Siemens Energy, on fait notre part du travail, puisque sur 100 000 salariés dans le monde, 66 000 sont en Europe, où nous avons également 22 sites de production. Nous sommes un des leaders des technologies énergétiques dans la production bas-carbone, la transmission électrique et également la décarbonation avec des électrolyseurs fabriqués en Europe que vous avez inaugurés, Monsieur le ministre. Et en France, plus spécifiquement, on a 2 000 salariés. Et on n'est pas à Paris, on est dans les territoires, avec une usine de fabrication d'éoliennes au Havre, un centre de compétences dans l'Est de la France pour la maintenance des turbines à vapeur du parc nucléaire français et un centre de compétences réseau électrique et data center à Grenoble, dédié justement à ces enjeux-là. Et au global, au niveau du groupe, on a embauché 12 000 salariés en 2025, ce qui montre le dynamisme de la filière énergétique. Alors quels sont nos enjeux et nos demandes, Monsieur le Premier ministre ? Elles sont, j'espère, simples. Une bonne exécution de la stratégie et le Made in Europe. Alors cette bonne exécution, parce que vous le savez, la visibilité de la PPE était indispensable, et merci à nouveau à tout le monde, à tous les efforts qui ont été faits pour, aujourd'hui, pouvoir la publier. Mais une stratégie ne vaut rien si elle n'est pas exécutée rapidement et simplement. Et je donnerai quelques exemples. La directrice générale de l'Énergie et du Climat a rappelé la PPE 2. où l'objectif pour l'éolien en mer était de 6 gigawatts en 2020. Objectif que nous atteindrons au début des années 2030. Nous souhaitons que l'éolien en mer et les nouveaux objectifs de la PPE 3 ne soient pas atteints en 2045, mais bien en 2035. Et pour cela, il faut lancer les cahiers des charges, des appels d'offres et les attribuer dans les calendriers initialement prévus. Il faut aussi continuer la simplification, puisqu'un projet éolien en mer continue de prendre 10 ans, même chose pour le réseau en mer, et la moitié de ce temps est dédiée à des étapes administratives, essentiellement. Et aujourd'hui, la mesure de la compétitivité de la France et de l'Europe, c'est le temps administratif par rapport à ses concurrents aux États-Unis ou en Chine. Et d'autres éléments de simplification, notamment dans les réseaux en mer, et on en discute avec Thomas Veyrenc, et qui était dans le paquet réseau européen, passer à des appels d'offres fonctionnels, c'est-à-dire un appel d'offres de 1 000 à 2 000 pages, plutôt que plus de 20 000 pages pour des industriels comme nous, et qui nous permettent à ce moment-là de faire plus avec notre appareil productif, c'est-à-dire livrer deux ans plus tôt 10 % moins cher pour nos besoins en réseau en Europe. Donc voilà pour les éléments le premier point. Et puis le Made in Europe, en faire un avantage compétitif en Europe et en France. La France est fer de lance sur le sujet, nous en sommes reconnaissants. Et ce n'est pas du protectionnisme, c'est un outil et des règles équitables comme c'est le cas dans d'autres régions du monde. Et pour nous, ça passe notamment par des critères de contenu local ciblés sur les technologies stratégiques de l'éolien, des réseaux, potentiellement les électrolyseurs, et s'assurer surtout que ces critères ainsi que la cybersécurité soient utilisés de manière harmonisée en Europe, puisque sinon, on perd la force du marché unique, ce qui est indispensable pour nous. Et enfin, dernier point qu'on travaille avec Monsieur le ministre Sébastien Martin, les terres rares et les aimants permanents, qui doivent être une filière soutenue en Europe et en France, notamment avec des investissements ciblés qui sont un organe assez critique pour la filière de l'éolien en mer et d'autres filières également. Donc à nos yeux, ces différents outils, exécutions Made in Europe, feront en sorte qu'on s'assure que la France et l'Europe restent une puissance géo-industrielle des technologies de l'énergie.
Nicolas GOLDBERG
Merci. Et à ce titre, il y a le CEREMAST européen, dont on espère une transposition efficace en France. Alors, pour conclure cette table ronde, Monsieur Marc Ferracci, ancien ministre de l'Industrie, est aujourd'hui parlementaire. L'électrification, la production d'énergie, des carbonés, ce sont des emplois locaux. Comment est-ce qu'on fait pour poursuivre dans cette voie et conserver ces emplois locaux au service des territoires et de la nation ?
Marc FERRACCI
Merci, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres. Merci de me permettre de conclure. Je vais essayer de faire vite parce que, outre le remarquable effort de sobriété en matière de chaleur, je crois qu'il y a un buffet campagnard jurassien qui nous attend et dans lequel tout le monde se projette. Ce que j'ai retenu de nos échanges, au fond, c'est que notre stratégie énergétique et notre stratégie industrielle sont les 2 faces d'une même pièce. Ça a été dit, nos industriels ont besoin d'électricité ou d'énergie décarbonée à bon prix pour pouvoir être compétitifs et ils le sont, ils le sont de plus en plus. On a parlé d'Arcelor, on a parlé de l'aluminium Dunkerque, on a parlé des projets qui vont bientôt sortir de terre sur nos territoires comme celui de Safran. Je pense que ça, c'est un élément très important, mais il ne faut pas perdre de vue également que nos énergéticiens sont également pourvoyeurs d'emploi. Et ce que disait Roland Lescure très justement tout à l'heure, à savoir qu'il faut sortir de cette querelle de famille, je pense qu'on parviendra à sortir de cette querelle de famille en montrant que derrière cette PPE, il y a des emplois dans les territoires, il y a des emplois dans les pompes à chaleur, il y a des emplois dans le nucléaire. La filière va recruter 100 000 personnes dans les 10 prochaines années. Il y a des emplois dans l'éolien en mer. Et pour qui a visité les usines du Havre, par exemple, de Siemens Energy, eh bien, on en est convaincus. Je pense que ça fait partie de l'acceptabilité de notre stratégie énergétique globale que de montrer ces impacts territoriaux. Et je pense qu'on doit aussi être conscient d'une difficulté qui peut surgir. Notre stratégie, tout le monde la partage, c'est de sortir d'une dépendance, celle des énergies fossiles. Il ne faudrait pas que sortir de cette dépendance nous amène à une autre dépendance, celle qui peut se faire jour vis-à-vis des composants asiatiques, chinois, notamment concernant les énergies renouvelables. Et pour ça, Yara Chakhtoura l'a très bien dit, on a aujourd'hui des outils sur lesquels on doit s'appuyer. On doit s'appuyer sur les critères de résilience du NZIA. On doit faire ce que nous faisons sur le photovoltaïque en imposant des critères d'empreintes carbone qui, de facto, flèchent ou peuvent permettre de flécher sur la production locale. Mais on doit aussi aller plus loin, et ça, je sais que c'est un combat que Roland Lescure et Sébastien Martin mènent avec beaucoup d'opiniatreté au niveau européen, c'est-à-dire concrétiser la préférence européenne de la manière la plus ambitieuse qu'il soit, avec des clauses de contenu local, qui soient les plus explicites possibles. Voilà. Si on y arrive, et on va y arriver, je pense qu'on a toutes les raisons d'être optimistes, et je pense qu'on a toutes les raisons de penser que demain, l'énergie sera une fierté française. Merci.
Nicolas GOLDBERG
Merci, Monsieur le ministre, et merci d'avoir évoqué effectivement le Net-Zero Industry Act européen qui permet d'avoir du contenu plus local dans les technologies de la transition. Être optimiste, on peut l'être un peu plus. En tout cas, moi, je le suis un peu plus maintenant que je sais qu'on va signer ces décrets de PPE. Donc, merci à vous Monsieur le Premier ministre, pour avoir porté ce sujet. Naturellement, c'est à vous qu'en revient l'honneur de conclure cette table ronde, sachant que cette PPE, c'est une première étape, mais il y a évidemment plein de choses qui nous attendent sur le plan électrification, sur les projets d'avenir. Ça a été évoqué.
Sébastien LECORNU
Merci à vous. Merci à l'ensemble des intervenants.
Je pense qu'on a fait un large tour d'horizon. Ce n'est pas complet. Effectivement, il y aura des revoyures avec un certain nombre de sujets plus spécifiques sur lesquels il faudra approfondir. Je pense que ça a été dit sur les alertes sur l'éolien terrestre. On voit bien d'ailleurs que ça suscite beaucoup de passion et beaucoup d'approximations. D'ailleurs, plus un sujet est passionnel, plus en général, il est approximativement traité. C'est bien notre problème. Et donc je pense que là, pour le coup, il faudra y revenir sur ce qu'est la remotorisation, la planification aussi locale, comment on arrive aussi à avoir beaucoup plus de transparence dans la manière dont les zonages sont faits. Enfin, je pense que là, il y a beaucoup, beaucoup de demandes qui nous viennent des élus locaux et plutôt qu'effectivement d'en faire un sujet sempiternellement conflictuel, et d'ailleurs, pour dire oui à un projet ou pour dire non à un projet, qu'on arrive à le faire le plus rapidement possible et pour créer justement de la visibilité. Mais il y a beaucoup trop de conflictualité sur ces sujets. Je ne reviens pas sur tout cela.
On n'a peut-être pas assez parlé d'argent public, et qu'au fond, je suis un peu surpris de voir dans la presse que tel ou tel type d'énergie coûterait de l'argent. Elles coûtent toutes de l'argent et c'est par nature même le principe même d'un investissement. Et on ne peut pas dire qu'on bénéficie des investissements du passé sans se poser des questions sur les investissements à venir. Et comme à chaque fois, vu notre modèle, mais je vois quelques tweets qui sont arrivés ici ou là plus politiques, en plus avec des gens qui ne comprennent même pas comment c'est financé, avec la subtile répartition entre ce qui relève d'un investissement public pur, argent du contribuable de l'État, ce qui relève de l'investissement des filières en tant que tel et ce qui relève évidemment de la consommation d'électricité et accessoirement de son export.
Donc, on voit bien, là aussi, un modèle économique autour de l'énergie, mais au fond, il n'est pas forcément toujours compris, et pardon de le dire de manière un peu désagréable, mais y compris parmi les élites. Et donc ça, c'est une difficulté. Et je crois qu'il faudra aussi qu'on arrive à redonner plus de transparence et d'explications sur tout ça. Beaucoup de sujets qui sont au fond très grand-public n'ont pas été suffisamment traités ce matin, mais vous l'avez fait en partie. On n'a pas assez parlé effectivement de géothermie, de biomasse. Beaucoup de gens sont sortis cette semaine en disant : « Mais comment ça, 60 % de consommation décarbonée, etc en 2030, c'est impossible ». Non, il suffit tout simplement de regarder les gros agrégats pour voir que c'est complètement possible et qu'il faut accélérer. C'est vrai, la méthanisation aussi beaucoup. Je me rappelle, il y a 8 ans, comme jeune secrétaire d'État, sur nos débats sur l'injection, sur la... Bref, donc tous ces sujets, évidemment, sur lesquels il faudra revenir, l'hydrolien et autres.
Pour prendre un peu d'allonge, bon, je crois que le plan Messmer 2 est lancé. On peut l'appeler comme ça. C'est la bonne méthode. Je soufflais au président de l'EDF, je crois que c'est la première fois, en tout cas, moi, depuis un petit bout de temps, qu'il n'y a pas justement ce dialogue en miroir entre consommateurs. Et merci à toutes et tous d'avoir pris justement ce... accepter cette méthodologie avec les producteurs. Et au fond, le clivage ne doit pas exister entre le renouvelable et le nucléaire. Le vrai sujet, c'est entre ce qui est décarboné et le fossile. Et c'est ça qui est très étonnant, c'est que c'est à la fois consensuel, mais bizarrement, ça n'apparaît pas clairement dans le débat public. Donc ça veut dire qu'il y a un loup. Donc derrière, c'est par le dialogue entre la consommation et les consommations au pluriel et les productions, évidemment, qu'on arrivera à s'en sortir.
La deuxième des choses, c'est que je pense que les cibles retenues, et je remercie les équipes de RTE parce que vous avez, je crois, réussi à le faire sans pression dans un moment dans lequel il y en avait beaucoup. J'ai essayé de faire en sorte avec les ministres que le Gouvernement ne soit pas source de pression, justement, parce qu'au mois de décembre, vous avez donné des scénarios qui sont hyper sérieux, avec des partis pris, avec des analyses qui sont techniques, et les cibles telles qu'elles sont publiées aujourd'hui et telles qu'elles seront publiées demain au journal officiel, ce sont des cibles qui tiennent compte de ces scénarios, donc avec des vraies bornes qui sont transparentes, qui sont techniques, qui sont légitimes, et avec des choix politiques, après, que le Gouvernement assume, sur un certain nombre de ces scénarios, en disant : « Voilà, pour des raisons de souveraineté, des raisons d'indépendance, des raisons d'emploi, personne n'en parle, mais Marc vient de le faire, des raisons de territorialisation de ces emplois, on a choisi un certain nombre de ces scénarios ».
Pour être honnête, ces cibles, je pense que ce sont les seules qui pouvaient être retenues. Et c'est ce qui explique, d'ailleurs, ce pourquoi, au fond, c'était soit la PPE sortait, soit elle ne sortait pas. Et c'est peut-être aussi pour ça qu'elle était bloquée. Et ces cibles, comme ce sont les seules qui sont au final défendables rationnellement, techniquement, industriellement, elles vont forcément et, par nature, être attaquées politiquement. Elles vont l'être parce que c'était tellement facile d'opposer les ENR au nucléaire. Comme on est en train de faire autre chose qui est un peu plus compliquée et sur du temps beaucoup plus long, évidemment, c'est plus compliqué à attraper politiquement. Donc on va forcément entendre tout et n'importe quoi.
Je crois que ça a déjà bien commencé depuis le début de la semaine sur ce sujet. Néanmoins, il ne faut pas céder à ça parce que je ne vais pas être très politiquement correct, mais il faut qu'on assume la technicité et le sérieux qu'il faut avoir sur ces débats, ils sont beaucoup trop graves. Et c'est pour ça que j'ai commencé mon introduction avec ce que Messmer lui-même avait connu dans les décisions qu'il avait prises dans les années 70. Parce qu'à toutes choses égales par ailleurs, celles et ceux qui aujourd'hui disent à peu près n'importe quoi sur les questions énergétiques sont en général ceux d'ailleurs qui disaient à peu près n'importe quoi pendant la gestion du covid. Et c'est terrifiant de voir que des questions très techniques, quand elles sont politisées à l'extrême et vulgarisées à l'extrême, mènent en général au grotesque. Et on n'est pas loin du grotesque dans la plupart des commentaires tels qu'on les a vus cette semaine.
Alors moi, je demande aux acteurs que vous êtes, je crois que vous l'avez fait ce matin, c'est de garder le sang-froid et le sérieux qui est le vôtre. La patience, ça, vous en avez fait preuve - je crois que c'est pour ça qu'il fallait que le politique, lui, prenne sa responsabilité, c'est ce que nous faisons - mais de garder justement le même sens de l'intérêt général, le même patriotisme et la même rationalité dans la manière d'aborder cette question, parce que c'est comme ça qu'on restera encore la France. Et si on ne veut pas décrocher sur un sujet qui peut être très brutal en matière de compétition internationale dans les décennies qui viendront, il faut justement garder ce cap. En tout cas, c'est ce que le Gouvernement va faire à vos côtés. Au fond, dans le moment qui est le nôtre, beaucoup de gens parleront des sujets. Moi, je vais essayer, avec les collègues ministres, d'être l'équipe de ceux qui démêleront les problèmes, au fond. Et voilà un problème, je crois, qu'on a plus ou moins bien « démerdé » pour demain au journal officiel. Il était temps de le faire parce qu'il en allait justement, ou non, d'un déclin ou d'une source de progrès pour le pays.
Merci à toutes et à tous, en tout cas.
[Applaudissements]
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Actualité · Logement
Publié le 23/01/2026