Ministry of Europe and Foreign Affairs of the French Republic

03/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/03/2026 04:30

Entretien de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, avec « BFM TV » et « RMC » - (Paris, 3 mars 2026)

Q - Il est 8h28 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Jean-Noël Barrot.

R - Bonjour.

Q - Vous êtes le ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions ce matin. Elles sont évidemment très nombreuses. Des questions d'abord sur la situation de nos ressortissants dans la région, leur éventuel rapatriement. Des questions sur l'évolution de notre doctrine de dissuasion nucléaire et ses conséquences. Et des questions aussi sur nos alliances. Un mot que vous avez prononcé hier : « prête ». La France se tient « prête ». Par le jeu des alliances, nos alliés étant pour certains touchés, sommes-nous de facto impliqués dans cette guerre ?

R- Non, pas de facto. Mais chacun le voit. Cette guerre, qui a été initiée par les frappes d'Israël et des États-Unis et auxquelles l'Iran a répondu de manière totalement inconsidérée et indiscriminée, entraîne dans le conflit un certain nombre de pays de la région avec lesquels nous avons des relations, des accords de défense et dans lesquels nous avons des intérêts, y compris des bases militaires. Et donc ce que j'ai dit hier et ce que le Président de la République a rappelé, c'est que la France se tient prête à défendre ses partenaires à leur demande, de manière proportionnée, et évidemment conformément au principe de légitime défense collective, qui est un principe du droit international.

Q - Ça veut dire qu'à tout moment, s'ils nous le demandent, nous interviendrons ?

R - Ça veut dire en tout cas que nous avons le droit d'intervenir et que nous nous tenons prêts à le faire. Évidemment, c'est au Président de la République de prendre la décision.

Q - On va prendre le temps, justement, d'essayer de comprendre ce que ça veut dire, quand vous parlez de ces alliances. Nous avons donc des alliances, nous, la France, avec plusieurs États de la région : les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, qui ont été visés ces 48 dernières heures. Vous les avez eues au téléphone. Est-ce que des demandes ont été faites ou est-ce qu'à ce stade, ils ne nous ont pas demandé de les aider ?

R - Ce sont des échanges qui sont en cours, à propos du renforcement de leur défense par le biais de mise à disposition d'équipements. Lorsque les décisions auront été prises, elles seront communiquées. Mais effectivement, par les canaux diplomatiques, des échanges sont très fréquents, à tous les niveaux, mais également par les canaux militaires. Je le redis, il faut bien voir que dans ce conflit, il y a bien sûr les États-Unis et Israël d'un côté, l'Iran de l'autre, mais nous avons beaucoup de pays tout autour -
on parlait du Liban, à l'instant - qui se retrouvent malgré eux dans une guerre qu'ils n'ont pas choisie. Et notre responsabilité de partenaire de confiance, de pays concerné, puisque nous avons 400.000 ressortissants dans la douzaine de pays qui sont concernés…

Q - On va prendre le temps, évidemment, de comprendre quel est leur sort.

R - …, c'est de ne pas nous mettre la tête dans le sable, et c'est d'apporter des réponses de protection, pour ces pays et pour nos intérêts sur place.

Q - « Protection », « défense », en aucun cas « offensif »… mais pardon, je voudrais vraiment qu'on soit très précis, effectivement, puisque vous laissez entendre, au fond, que si les décisions, quand les décisions seront prises, elles seront communiquées, ça veut dire qu'au moment où on se parle, potentiellement l'un de ces pays avec qui nous sommes alliés est en train de nous dire « voilà, moi j'ai besoin que vous vous teniez prêt. Vous nous avez toujours dit que vous nous défendriez »… Nous ne nous déroberons pas, s'ils nous le demandent ?

R- On ne se dérobera pas. Vous avez bien vu comme moi qu'un hangar d'une base française aux Émirats arabes unis a été touché par un drone. Nous sommes là dans un pays avec lequel nous avons des accords de très longue date. Et dans une situation pareille, vous imaginez bien que les échanges se multiplient pour savoir comment à la fois le pays peut se défendre contre de futures attaques et comment la France peut protéger ses intérêts dans ce pays-là.

Q - Vous évoquez effectivement notre base à Abou Dabi, cette très grande base navale en dehors du territoire français. Elle a été en effet touchée. Est-ce que ça veut dire que sur cette base-là, c'est la France qui est visée, ou c'est le territoire, plus largement ?

R - On ne peut pas être aussi catégorique, vous savez.

Q- Est-ce que le drone a ciblé la France ?

R - Ce sont des dégâts extrêmement limités et uniquement matériels. On ne peut pas avoir la certitude que la France était explicitement ciblée. Donc vous voyez, on réagit en prenant le temps de l'analyse. La situation est suffisamment grave pour ne pas s'emballer. Mais c'est évidemment l'objet d'un certain nombre de conversations que nous avons avec nos partenaires sur place.

Q - Est-ce que vous pouvez nous confirmer que des Rafale français basés à Abou Dabi sont intervenus au cours du week-end pour neutraliser des drones ?

R - Nous avons, aux Émirats, puisque nous avons cette base navale et cette base aérienne, où d'ailleurs nous nous sommes rendus avec le Président de la République et la ministre des armées au mois de décembre, pour soutenir nos troupes…

Q- Vous y étiez pour passer effectivement la fin de l'année avec nos troupes sur place.

R - Ses Rafale et leurs pilotes sont mobilisés pour assurer la sécurité de notre emprise.

Q - Vous n'infirmez pas le fait qu'ils soient intervenus ce week-end ?

R - Ils ont conduit leurs opérations de sécurisation du ciel au-dessus de nos bases, et donc des Émirats.

Q- Le Charles de Gaulle est-il en route ?

R - Le Charles de Gaulle est en Suède. J'y étais moi-même la semaine dernière, dans le cadre de ses missions otaniennes.

Q - Il y est encore ?

R - Écoutez, moi j'y étais vendredi dernier. Il y était, je vous le confirme.

Q - Vendredi il y était, mais vous ne voulez pas nous dire si aujourd'hui il y est encore ?

R - À ma connaissance, il est dans le nord de l'Europe.

Q - Dans le nord de l'Europe, peut-être en train de sortir de la mer Baltique.

R - Pas à ma connaissance.

Q- Il y a des frégates multi missions qui sont en exercice autour de Toulon. Est-ce qu'elles pourraient, elles aussi, se rendre sur place, potentiellement ?

R - Rien n'est exclu…

Q - Je comprends votre prudence. Mes questions sont très précises. Mais je comprends effectivement que de votre côté, il soit difficile de me donner ces informations. Mais je pense que c'est important que les Français comprennent, quand vous dites « la France est prête », jusqu'où.

R - La France est prête à se protéger, protéger ses ressortissants, protéger ses intérêts dans la région et ses partenaires. Elle dispose de moyens dont certains sont déjà disposés, parce qu'avant la guerre, il y avait des exercices ou des opérations dans la zone. D'autres sont à la disposition du chef de l'État pour, s'il le juge opportun, apporter ce niveau de réassurance, soit pour nous-mêmes et dans le cadre d'éventuelles opérations de protection, soit pour nos partenaires, parce qu'une présence, une simple présence, que ce soit en mer Rouge ou en Méditerranée, a un effet dissuasif.

Q- Une question maintenant sur nos ressortissants. Avec deux volets. L'un qui est la question de la menace qui pèse sur eux, en restant sur place, dans une zone qui peut être touchée. Et l'autre c'est la question aussi de leur éventuel retour, voire rapatriement. D'abord sur le danger imminent ou non. À l'aube, l'ambassade des États-Unis en Arabie saoudite à Riyad a été touchée par des drones iraniens. L'ambassade des États-Unis au Koweït l'aurait été, un peu plus tôt dans la nuit. Est-ce que vous avez un message à faire passer, ou avez-vous fait passer un message aux personnels, notamment des ambassades françaises sur place ? Est-ce que vous estimez qu'ils pourraient être aussi visés, comme le sont les Américains ?

R - La situation, pour des raisons évidentes, est différente. Une ambassade américaine n'est pas exposée comme l'est aujourd'hui une ambassade française. Ceci étant dit, vous avez raison de le rappeler, cela me permet de saluer le courage, l'engagement et le professionnalisme des agents de nos ambassades dans la région. Nous sommes très vigilants à ce que l'évolution de la situation ne les place pas en situation de danger, précisément. Ensuite, vis-à-vis de nos ressortissants, les conseils sont très clairs : la plus grande prudence. Le respect strict des consignes qui sont données par les autorités locales. Et puis ensuite, en fonction de la situation des pays, des voies de sortie aériennes ou terrestres, de les emprunter en suivant constamment les consignes de sécurité qui sont données sur le site et actualisées régulièrement, je l'ai vérifié ce matin, sur le site diplomatie.gouv.fr.

Q- Jean-Noël Barrot, combien de Français sont précisément sur place ? Ont-ils tous été à peu près localisés ? Et allez-vous les rapatrier, pour certains ?

R - On a 400.000 ressortissants français dans la douzaine des pays qui sont aujourd'hui concernés par la situation. Pour l'essentiel, ce sont des Français qui résident dans la région, y compris des binationaux. Pour d'autres, ce sont des Français de passage. Ces Français de passage, nous les invitons, pour pouvoir les recenser, pour pouvoir savoir où ils sont, à s'inscrire sur le Fil d'Ariane, sur le site du ministère de l'Europe et des affaires étrangères. À ce stade, ce sont plus de 25.000 personnes que nous identifions comme Français de passage s'étant inscrits. Et c'est vers eux, bien sûr, que nous nous tournerons.

Q - Vous avez un chiffre, là-dessus ? Vous avez eu l'information sur combien, dans ces 400 000, combien sont de passage, précisément ?

R - Par définition, je n'ai pas ce chiffre, puisque quand on est de passage…

Q - Mais combien se sont, en tout cas, inscrits depuis 24 heures ?

R - Plus de 25.000 personnes. Pardon, les 25.000 personnes, c'est celles qui se sont inscrites. Celles qui s'étaient inscrites avant le début des opérations militaires et celles qui se sont inscrites depuis. Et j'invite celles et ceux qui ne l'ont pas encore fait à le faire pour que nous puissions les localiser.

Q - Et qu'est-ce que vous allez faire ensuite, une fois qu'ils seront localisés ?

R - Nous allons continuer à leur donner, à leur faire parvenir les consignes de sécurité et les informations pour faciliter leur retour en France.

Q - C'est-à-dire que c'est à eux, par leurs propres moyens, de rentrer ?

R- Nous, nous allons faciliter d'abord le retour en France, chaque fois que ce sera possible. Nous avons, par exemple, mis en place aux frontières entre Israël, l'Égypte et la Jordanie des équipes consulaires qui, à la frontière, ont facilité le passage des ressortissants français qui souhaitent sortir par la voie terrestre, et puis ensuite emprunter un vol depuis l'Égypte ou la Jordanie. Le même dispositif qui avait déjà été éprouvé lors de la guerre des 12 jours est aujourd'hui mis en place aux Émirats arabes unis, aux frontières avec Oman et aux frontières avec l'Arabie saoudite. Deux pays dont, jusqu'à présent, l'espace aérien est ouvert. En parallèle, nous renforçons nos équipes sur place, qui sont sur le pont depuis 72 heures. Et nous renforçons nos équipes à Paris pour que la réponse téléphonique, qui est assurée jour et nuit, puisse se faire sans délai d'attente. Et enfin, nous nous préparons à des affrètements de vols, pour que les personnes les plus vulnérables, les personnes qui méritent d'être accompagnées, puissent, le cas échéant, en bénéficier.

Q - Dans ce cas, ce seraient des avions de la République française ou des avions mobilisés par la République française qui pourraient rapatrier, quand vous dites les plus vulnérables, ça veut dire quoi ? Ça veut dire les plus vulnérables physiquement, ça veut dire les plus vulnérables, j'allais dire, socialement, qui n'ont pas les moyens de rentrer par leurs propres moyens ? Sur quels critères estimez-vous qu'ils soient les plus vulnérables ?

R - Vous m'avez posé deux questions. La première, c'est le type de vol. Il y a toutes les possibilités. Il y a des vols commerciaux sur lesquels on parvient à obtenir des blocs de place. Il y a des vols que nous pouvons affréter, des vols civils que nous pouvons affréter. Il y a aussi des possibilités qui pourraient se présenter ou que nous pourrions solliciter, d'avions de la République française. Ensuite, s'agissant des personnes vulnérables, ce sont les postes diplomatiques, les ambassades et les consulats, qui sont au contact de nos ressortissants sur place, en lien avec le Quai d'Orsay, qui établissent ces listes, pour que les personnes vulnérables puissent retourner en France en priorité.

Q - Comment vous avez réagi, Jean-Noël Barrot, lorsque vous avez entendu les premiers appels d'un certain nombre, comme on appelle, d'influenceurs qui disaient leur détresse et qui appelaient la France à l'aide ?

R - Je comprends l'inquiétude profonde de nos ressortissants sur place. Je mesure aussi l'angoisse de leurs familles qui, ici en France, attendent leur retour. Et je leur dis que nous allons, avec toutes les équipes du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, nous mobiliser, jusqu'à ce que chacun d'entre eux soit retourné en France.

Q - Vous ne demandez pas, comme les Américains, à tous les citoyens français de taire immédiatement la région ? Votre homologue américain exhorte les citoyens américains, je cite, « à quitter immédiatement les pays du Moyen-Orient en utilisant les vols commerciaux disponibles depuis Bahreïn, l'Égypte, l'Iran, l'Irak, Israël, la Cisjordanie, Gaza, la Jordanie, le Koweït, le Liban, Oman, le Qatar et l'Arabie saoudite, ainsi que la Syrie, les Émirats arabes et le Yémen. » Nous n'avons pas fait de liste comme celle-là et nous ne demandons pas à tous les Français de partir ?

R - Apolline de Malherbe, j'aimerais pouvoir le faire. Mais la plupart des pays que vous avez cités, ou que vous venez de citer, ont fermé leur espace aérien. Et donc il est très difficile pour nos ressortissants sur place de pouvoir quitter ces pays.

Q - Mais s'ils peuvent partir, vous leur dites « partez » ?

R - Bien sûr. Certains pays ont maintenu leur espace aérien ouvert. C'est le cas de l'Arabie saoudite, d'Oman, du Liban. C'est vrai aussi des Émirats arabes unis où hier, quelques vols sont partis ou sont repartis, l'espace aérien s'étant réouvert.
Évidemment, pour les Français de passage, nous les invitons à ce que, si les conditions le permettent, ils puissent sortir du pays, et notamment prendre les vols, pour ceux qui sont en attente.

Q - Pour les Français de passage, on est bien d'accord ?

R- Bien sûr.

Q- C'est-à-dire que les Américains, eux, ils demandent à tous les Américains de partir.

R- Attendez, la priorité, c'est évidemment la sécurité, pendant ces opérations militaires, de nos ressortissants, de nos intérêts, mais c'est aussi d'aller au plus vite à la désescalade. Puisque vous voyez bien comment chaque jour qui passe, ce conflit s'élargit et a tendance à s'aggraver. Pardon de revenir au Liban, mais je vois, grâce aux journalistes de BFM notamment, des images qui me rappellent celles de l'automne 2024, qui a précipité le Liban au bord du précipice. Et si le pays n'y est pas tombé, c'est parce que la France, en lien avec les États-Unis, a obtenu un cessez-le-feu et un accord de cessez-le-feu…

Q - Quel sera le rôle de la France, là, précisément, sur cette question du Liban ?

R - D'abord de condamner la lourde erreur du Hezbollah, qui a entraîné un pays qui étant pourtant en train de se remettre sur les rails dans une guerre qu'il n'a pas choisie. De dénoncer les violations par Israël de l'intégrité territoriale du Liban. Et d'appeler toutes les parties à respecter cet accord de cessez-le-feu, qui enfin nous permettait d'entrevoir un meilleur avenir pour le Liban.

Q - La France devait avoir un rôle notamment dans le désarmement du Hezbollah, que demandent les autorités libanaises, qui appellent le Hezbollah à cesser immédiatement toute part au conflit. Est-ce qu'il est encore temps pour la France, justement, de proposer son aide sur ce point-là ?

R - Merci de rappeler que les autorités libanaises hier ont été très claires. Elles ont dénoncé les frappes menées par le Hezbollah sur le nord d'Israël. Elles ont appelé à son désarmement. Elles ont déclaré comme illégale la branche armée du Hezbollah. Et ce désarmement, il est indispensable, il est essentiel. Nous l'appelons de nos voeux et nous ne faisons pas que l'appeler de nos voeux. Nous avions prévu d'organiser ce jeudi une conférence consacrée au renforcement des forces armées libanaises, celles qui doivent disposer du monopole des armes. Cette conférence, nous espérons pouvoir la tenir au plus vite. Mais pour ça, il faut bien sûr que l'escalade militaire puisse s'arrêter dans la région.

Q- Deux nouvelles alliances, en quelque sorte, se sont dessinées aussi ces 48 dernières heures. Paris, Londres, Berlin, qui ont parlé d'une seule et même voix en disant qu'ils étaient prêts à des actions défensives. Et puis hier, Emmanuel Macron qui a annoncé que la France entrait dans une nouvelle étape de sa dissuasion nucléaire, avec une dissuasion avancée, avec un certain nombre de nouveaux partenaires. Est-ce que ça veut dire, en quelque sorte, qu'ils deviennent, j'allais dire presque nos petits frères, ou est-ce qu'ils sont nos partenaires à égalité ? C'est-à-dire qu'on garde, nous,
l'autorité décisionnelle, mais on partage avec eux la protection. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que ça veut dire concrètement ?

R - Bien sûr. C'est un discours historique, qui fait franchir une étape à notre dissuasion, qui est un trésor national et qui va rester indépendante et française de bout en bout. Plus précisément, l'appréciation des intérêts vitaux appartiendra uniquement au Président de la République, et la décision d'emploi de l'arme nucléaire appartiendra exclusivement au Président de la République. Il y a deux dimensions nouvelles. La première, c'est que nous allons durcir notre dissuasion, en relevant notre arsenal, le nombre de nos têtes nucléaires. Le deuxième élément majeur, c'est que nous allons créer des coopérations nouvelles avec les pays européens, dans le cadre de cette dissuasion avancée qui va leur permettre de participer à des exercices, de s'associer à des manoeuvres de signalement, ou de pouvoir accueillir sur leur sol des déploiements de circonstances. Ce qui est très avantageux pour nous.

Q - Potentiellement, nous aurions des armes atomiques qui seraient situées, localisées en Allemagne, par exemple ?

R - Ou en tout cas des capacités militaires qui pourront ainsi se disperser, compliquer le calcul de l'adversaire.

Q- Mais pour autant, si un jour l'Allemagne, par exemple, nous dit « écoutez, je suis menacée, il faut activer la bombe », on pourra toujours dire non ?

R - C'est le Président de la République qui appréciera souverainement si les intérêts vitaux de la France sont effectivement concernés, et c'est lui qui, sur cette base, appréciera souverainement l'opportunité de faire emploi de l'arme nucléaire. Et cette dissuasion nucléaire restera intégralement financée par la France, par le contribuable français.

Q - Intégralement financé, ça veut quand même dire qu'ils vont pouvoir en profiter, mais c'est nous qui payons ?

R - Nous développons avec eux des projets de coopération pour tout le volet de notre sécurité qui n'est pas nucléaire. C'est ce qu'on appelle dans le jargon militaire le volet conventionnel. Les systèmes d'alerte pour savoir quand des missiles, nucléaires ou non, entrent dans nos espaces ou se dirigent vers nos espaces aériens. La défense anti-aérienne ; c'est le grand sujet du moment, dans la guerre avec l'Iran.

Q - Évidemment, lorsqu'on le voit avec le fameux dôme de fer.

R- Exactement. Et puis ensuite, ce qu'on appelle maintenant - on a pris l'habitude de ce terme depuis la guerre en Ukraine - les frappes dans la profondeur. C'est une arme offensive, mais qui a vocation à gérer une escalade militaire sous le seuil nucléaire, puisqu'on a vu avec la guerre en Ukraine qu'on pouvait avoir une très forte intensité de conflictualité, de guerre, sans que les seuils nucléaires ne soient franchis. Et donc ces projets de coopération, c'est à l'échelle européenne qu'il faut les mener. Et c'est aussi une manière pour nos partenaires de contribuer à la défense du territoire national par le développement de ces projets communs.

Q- Merci beaucoup, Jean-Noël Barrot, d'avoir accepté de faire le point sur RMC et BFM TV ce matin. Vous êtes ministre des affaires étrangères. Je voudrais également redonner le numéro de la cellule de crise. Vous l'avez évoqué. Je donne ce numéro pour tous ceux qui nous écoutent de l'étranger et qui ont besoin d'informations : 01 43 17 51 00. Comme ça, c'est dit.

R - Merci à vous.

Q - Merci beaucoup d'avoir accepté de répondre à mes questions.

(Source : BFM TV, RMC)

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