10/02/2026 | Press release | Archived content
Pendant plusieurs décennies, la croissance chinoise a bénéficié d'un dividende démographique exceptionnel. Son « armée de réserve de main-d'œuvre » a permis jusque-là d'alimenter le développement industriel du pays et favorisé son intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Ce moteur s'essouffle désormais.
1. La fin du dividende démographique
La Chine est entrée dans une phase de transition démographique qui modifie la structure de son marché du travail et ses perspectives de croissance. La population en âge de travailler diminue depuis le milieu des années 2010. Selon les projections de l'ONU, elle reculerait d'environ 220 millions de personnes d'ici 2050 (cf. graphique 1). Dans le même temps, le vieillissement de la population accélère. Le taux de dépendance des personnes âgées (65 ans et plus rapportés à la population de 15-64 ans) devrait plus que doubler, accentuant la pression sur la population active (cf. graphique 2).
Cette évolution constitue une contrainte structurelle pour le modèle de croissance. Avec une main-d'œuvre moins nombreuse, la Chine ne peut plus compter sur la seule accumulation du facteur travail pour maintenir son rythme d'expansion. Elle doit désormais produire davantage avec moins de travailleurs, ce qui implique d'accroître la productivité et de renforcer la contribution du capital.
2. Le début d'un dividende technologique
Le pays constitue dès lors un véritable laboratoire de la réponse technologique pour faire face à la transition démographique. Il est en avance dans le domaine, avec un investissement massif dans la robotisation. En 2024, près de 295 000 nouveaux robots industriels ont été installés, soit 54 % des installations mondiales (cf. graphique 3). Le poids était à 26 % dix ans auparavant. Avec plus de deux millions de robots industriels opérationnels, la Chine possède aujourd'hui le parc le plus important au monde.
3. Combien investir pour compenser le recul du travail ?
Cet effort technologique permet d'atténuer les conséquences de la contraction de la population active. Il devra encore être amplifié à l'avenir pour préserver une croissance élevée. Selon nos estimations, sous l'hypothèse d'un recul de l'emploi au rythme actuel de 1,3 % par an et d'une progression de la productivité globale des facteurs de 2 %, maintenir une croissance moyenne du PIB de 4,5 % jusqu'en 2030 nécessiterait une hausse de l'investissement d'environ 6 % par an (cf. graphique 4). Cela représente un rythme deux fois supérieur à celui observé en moyenne entre 2021 et 2025. Il contribuerait ainsi à prolonger le cycle d'investissement déjà dynamique, au risque toutefois d'entretenir certains déséquilibres existants, notamment les surcapacités productives.
Au total, le développement technologique ne répond plus seulement à une logique de montée en gamme industrielle ou de souveraineté stratégique. La transition démographique constitue désormais un soutien important aux investissements dans la robotique, l'IA et l'innovation au cours des prochaines années. Cette dynamique renforce la thèse centrale de notre scénario macroéconomique global : celle d'un cycle d'investissement plus soutenu et plus durable, notamment porté par l'automatisation.