Central Bank of Tunisia

09/15/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/15/2026 10:29

Participation de M. Fethi Zouhaier Nouri de la Banque Centrale de Tunisie au 8ème Forum de l'OCI?COMCEC à Istanbul

Le Gouverneur de la BCT : « Dans un monde qui se fragmente, notre réponse ne doit pas être davantage de fragmentation, notre réponse doit être davantage de coopération »

Le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie M. Fethi Zouhaier Nouri, a pris part à la 8ᵉ réunion du Forum des banques centrales de l'OCI-COMCEC, organisée à Istanbul les 13 et 14 septembre 2026, par la Banque centrale de la République de Turquie et le Bureau de coordination du Comité permanent pour la coopération économique et commerciale (COMCEC) relevant de l'Organisation de la Coopération Islamique (OCI).

Cette rencontre de haut niveau, réunissant les Gouverneurs et représentants des banques centrales des pays membres, a été consacrée au thème « Chocs géopolitiques et résilience macroéconomique : les réponses de politique monétaire face à la fragmentation de l'économie mondiale ». Les échanges ont porté notamment sur les nouveaux risques pesant sur la stabilité macroéconomique, les réponses des banques centrales et les moyens de renforcer la coopération face à des chocs mondiaux de plus en plus fréquents et interdépendants.

Le Gouverneur de la BCT a appelé, lors de son allocution, à faire de la coopération monétaire un véritable instrument de résilience et a plaidé pour une nouvelle génération de banquiers centraux.

Le Gouverneur a rappelé que la géopolitique n'est plus une variable extérieure. Elle traverse les balances des paiements, entame les réserves de change, déplace les anticipations d'inflation et désorganise les chaînes d'approvisionnement. Pour la plupart des économies représentées dans la salle, elle emprunte trois canaux : l'énergie, l'alimentation et le financement extérieur. Une hausse de 10 % du prix du pétrole d'origine géopolitique entraîne dans son sillage une progression de 7 % du gaz naturel et de 5,4 % des engrais, soit, à quelques mois de distance, le coût de l'électricité, le prix du pain et le rendement de la récolte suivante.

Les chocs ne frappent pas tout le monde de la même façon. Le Gouverneur a cité les estimations du FMI : deux dixièmes de point de croissance perdus cette année pour les économies avancées, un demi-point pour les pays à faible revenu importateurs de matières premières. Le même choc mondial coûte deux fois et demie, plus cher aux plus vulnérables.

La Tunisie en offre une illustration directe. À fin juin 2026, le déficit énergétique atteignait près de sept milliards de dinars, en hausse de 35 % sur un an, alors que le prix du baril progressait de quatorze dollars en douze mois sur fond de tensions au Moyen-Orient. En 2022, 55 % du blé importé provenait de Russie et d'Ukraine. « La Tunisie n'est partie à aucun conflit. Mais notre sécurité alimentaire en dépendait », a résumé M. Fethi Zouhaier Nouri, invitant à mesurer l'exposition géopolitique non par les kilomètres, mais par le nombre de canaux économiques qui relient une économie aux conséquences des crises.

Les crises, a-t-il insisté, ne se succèdent plus : elles se superposent. Choc énergétique et choc alimentaire, risque géopolitique et risque climatique, fragmentation commerciale et durcissement financier arrivent souvent avant que les marges de manœuvre consommées par la crise précédente n'aient été reconstituées. D'où un déplacement du métier : « Il ne s'agit plus seulement de savoir absorber un choc. Il faut être capable de voir venir le suivant. »

Un déplacement du regard des marchés. Le Gouverneur a relevé que les investisseurs scrutent désormais le prix du baril, les déficits budgétaires et le niveau des dettes publiques avec au moins autant d'attention que le taux d'inflation. Cette évolution appelle selon lui une nouvelle génération de gouverneurs, capables d'embrasser tout le champ macroéconomique, monétaire, budgétaire, énergétique et financier et dont la parole pèse, dans le débat économique, avec une autorité comparable à celle des ministres des finances. Une exigence qui prolonge l'indépendance des banques centrales plutôt qu'elle ne la relativise : on ne tient pas durablement les prix en ignorant la dette, l'énergie et les conditions de financement extérieur.

Sur les résultats, le Gouverneur a rappelé le chemin parcouru : une inflation revenue de plus de 10 % au début de 2023 à 5,1 % aujourd'hui, un taux directeur maintenu à 7 %, un taux de change stable et des réserves couvrant près de cent jours d'importation. « La crédibilité est le premier actif d'une banque centrale. Elle se construit lentement, elle se protège chaque jour, elle peut se perdre rapidement. Aucune ligne de liquidité ne remplace une crédibilité perdue. »

Quatre priorités collectives. Rappelant que les pays membres pèsent cinquante-sept États, près du quart de l'humanité et plus de 1 800 milliards de dollars de réserves, pour un commerce intra-communautaire encore limité à quelque 20 % du total « moins une faiblesse qu'un potentiel », il a proposé : des dispositifs d'alerte précoce et des tests de résistance communs ; l'interopérabilité accélérée des systèmes de paiement ; le développement progressif du règlement en monnaies locales, à partir de corridors bilatéraux adossés à des échanges réels ; et la construction de mécanismes de liquidité entre banques centrales.

« Dans un monde qui se fragmente, notre réponse ne doit pas être davantage de fragmentation », a-t-il conclu. « Notre réponse doit être davantage de coopération. »

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