04/01/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/02/2026 12:35
La reporter indépendante de 49 ans a été enlevée dans le centre de la capitale irakienne le 31 mars. Contributrice de plusieurs médias internationaux et spécialisés sur la région, Shelly Kittleson a l'habitude de séjourner à Bagdad, tout comme dans d'autres pays de la région. Reporters sans frontières (RSF) exige sa libération immédiate et sans condition.
Shelly Kittlesonse trouvait déjà dans la capitale irakienne quand le site d'information Middle East Uncovereda publié son dernier reportageen Syrie, le 25 mars. Le décalage n'a rien de surprenant pour cette reporter indépendante, spécialisée dans la couverture du Moyen-Orient, toujours en mouvement. Au cours des dernières années, la journaliste de 49 ans a régulièrement alterné les séjours entre Damas, Bagdad, ou encore Erbil, au Kurdistan irakien. Le reste du temps, Shelly Kittleson réside à Rome, en Italie, où elle effectue des missions de traduction de l'italien vers l'anglais pour l'agence de presse Ansa, et écrit pour Il Foglio. Sa plus récente publicationpour ce quotidien date du jour de son enlèvement, mardi 31 mars. Elle collabore en outre avec le magazine saoudien en ligne Al-Majalla, ainsi qu'avec les médias états-uniens Al-Monitor, New Lines Magazine,et a également travaillé avec Politico.
Avant de s'ancrer au Moyen-Orient, la carrière de journaliste de Shelly Kittleson a débuté en Afghanistan, en 2010. Originaire du Wisconsin, dans le Midwest, elle avait alors 34 ans et se rapprochait enfin d'un métier dont elle avait longtemps rêvé. Dans une interview de 2018 pour le podcast de l'Imperial War Museum, elle défend l'idée d'une "transition"vers le journalisme. La sienne a été longue. Lorsqu'elle quitte les États-Unis pour l'Italie à 19 ans, elle occupe différents emplois, dont celui de traductrice pour la presse et commence l'apprentissage du russe. C'est notamment pour pratiquer cette langue qu'elle s'installe ensuite en Ouzbékistan, avant de rejoindre l'Afghanistan où elle commence finalement à écrire et prendre des photos. Elle retrouve alors son inspiration des débuts : les numéros du magazine National Geographicque collectionnait sa grand-mère, comme elle le raconte dans le podcast.
L'année 2012 marque un autre tournant. Elle commence à se rendre en Syrie pour des reportages, alors que le régime de Bachar al-Assad, aujourd'hui déchu, intensifie la répression de la population syrienne, dont les journalistes. Pour y faire face, Shelly Kittleson suit, à partir de 2014, des formations de sécurité pour les reporters indépendants à Beyrouth. Elle a participé à un programme similaire, toujours dans la capitale libanaise, un mois seulement avant son enlèvement.
Ces entraînements lui permettent de se mettre à jour pour continuer de couvrir des zones de guerre. C'est ce travail sur des terrains de conflits qui est récompensé en 2017 par le prix Caravella, à l'occasion de la neuvième édition du festival Giornalisti del Mediterraneo ("Journalistes de la Méditerranée") organisé par la ville d'Otrante, au sud de l'Italie.
Qu'est-il arrivé à Shelly Kittleson le 31 mars à Bagdad ?
La reporter a été emmenée de force, ce mardi 31 mars, dans une voiture en pleine rue dans le centre de la capitale irakienne par des individus non identifiés, selon le ministère irakien de l'Intérieur et le Département d'État des États-Unis. Dans sa fuite, le véhicule a eu un accident. Shelly Kittleson aurait été embarquée dans une autre voiture par ses ravisseurs, tandis que l'un d'eux, blessé, a été laissé sur place. Ce dernier a été arrêté par les forces de sécurité irakiennes et identifié comme appartenant à la 45e brigade des forces de mobilisation populaire, un groupe armé lié à la milice chiite irakienne Kataëb Hezbollah, elle-même soutenue par les gardiens de la révolution iraniens.
"RSF exige la libération immédiate et sans condition de Shelly Kittleson. Son enlèvement est un rappel tragique des conditions de travail extrêmement dangereuses des reporters, et en particulier des reporters indépendants, dans les zones ou des groupes armés sont actifs.
L'Irakfigure à la 155e place, sur 180 pays et territoires, au Classement RSF 2025de la liberté de la presse dans le monde. Le dernier enlèvement de journaliste remonte à 2020, lorsque le rédacteur en chef du quotidien Al-Sabah Tawfik Al-Tamimia été enlevé en pleine rue. Son kidnapping faisait suite à trois autres enlèvements de journalistes survenus en Irak depuis octobre 2019, dont celui du directeur iranien du site d'information AmadNews Rouhollah Zam, expulsé en Iran et exécuté le 12 décembre 2020.