Ministry of Europe and Foreign Affairs of the French Republic

07/23/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/24/2026 00:28

« France Inter » - Entretien de Jean-Noël Barrot

« France Inter » - Entretien de Jean-Noël Barrot

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Interventions médias

Le : 23 juillet 2026

Q - Et notre invité est le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Bonjour Jean-Noël Barrot.

R - Bonjour.

Q - Nous allons parler de la guerre à proprement parler entre les États-Unis et l'Iran et de ses conséquences qu'évoquait Béatrice il y a un instant. Mais revenons d'abord sur ce que vous avez qualifié d'actes d'intimidation extrêmement graves de la part justement des services de sécurité iraniens contre deux diplomates français. D'abord ces deux diplomates ont quitté l'Iran hier ?

R - Ils sont rentrés à Paris hier et ils sont entourés de tout le soutien nécessaire après cette agression extrêmement grave, c'est vrai, et préméditée, dont ils ont été les victimes.

Q - Ils ne retourneront pas en Iran, ils ne reprendront pas leur activité là-bas ?

R - Ils continueront d'exercer leur mission jusqu'à son terme mais depuis Paris.

Q - C'est leur souhait ?

R - C'est leur souhait, évidemment. Ils sont sous le choc après avoir été brutalement interpellés dans un lieu privé par des officiers de sécurité du régime, après avoir été détenus pendant près de quatre heures sans accès à leurs moyens de communication, sans pouvoir contacter l'ambassade, en étant intimidés, et pour l'un d'entre eux, en étant violemment pris à partie.

Q - Molesté, c'est le terme que vous avez employé, c'est-à-dire précisément ?

R - Molesté, brutalisé, frappé,

Q - Il a été frappé par des agents iraniens ?

R - Absolument.

Q - Ils ont été interpellés, vous dites, dans un lieu privé, où exactement, que s'est-il passé ?

R - À Téhéran, où ils menaient leur mission. Et qu'est-ce que c'était leur mission ? C'était de développer des programmes de soutien à la société civile iranienne, des programmes de soutien aux étudiants, aux artistes pour leur permettre soit de venir en mobilité dans des universités ou dans des résidences d'artistes, ou soit tout simplement en Iran de pouvoir bénéficier d'un certain nombre de services que l'ambassade de France met à disposition de la population iranienne, y compris des cours de français. Et je veux d'ailleurs à ce sujet souligner que la France est l'un des pays du monde qui fait le plus pour la société civile iranienne et que nous en avons payé le prix.

Q - Mais alors si je vous entends bien, les services iraniens n'avaient rien à leur reprocher ?

R - Absolument rien.

Q - C'est la France qui est visée alors ?

R - Non seulement ils n'avaient rien à leur reprocher, mais en plus, s'en prendre à des diplomates est absolument interdit et absolument condamnable. Au fond, ce que dit cette agression, c'est que ce régime tente par tout moyen de décourager la France de continuer à soutenir le peuple iranien, mais évidemment nous continuerons.

Q - Donc c'est la France qui est intimidée ?

R - C'est l'action de la France en soutien à la société civile iranienne.

Q - Vous avez dit « cette atteinte gravissime et inadmissible à l'intégrité de nos agents ne pourra rester sans conséquence », je vous cite. Donc, on en est où ce matin ?

R - Il est évident qu'elle ne pourra rester sans conséquence puisque d'abord, elle est illégale et qu'en plus, elle est inqualifiable. Et nous évaluons aujourd'hui toutes les options que nous avons pour y répondre.

Q - C'est-à-dire ?

R - Je viendrai vous en donner la substance une fois que nous aurons pris nos décisions.

Q - Mais qu'est-ce que ça peut être ? Des sanctions ? Une demande d'excuse ?

R - Il y a beaucoup d'instruments de réponse lorsque les intérêts de la France et en particulier la sécurité de nos agences sont atteints. C'est ce à quoi nous sommes en train de réfléchir pour définir la bonne réponse à apporter. D'ici là, nous avons évidemment vivement protesté. Je l'ai fait à mon niveau auprès du ministre des Affaires étrangères iranien et nous avons convoqué le chargé d'affaires iranien au Quai d'Orsay en début de semaine.

Q - Qu'est-ce que vous lui avez dit ?

R - Que ces actes étaient inqualifiables et qu'ils ne resteraient pas sans conséquence.

Q - Ça vous a rappelé sans doute un autre incident diplomatique. Vous étiez aux premières loges pour, non pas y assister, mais en tout cas protester déjà à l'époque, novembre 2024 à Jérusalem, dans un lieu, vous étiez en déplacement à Jérusalem à ce moment-là, dans un site qui appartient à la France sur le mont des Oliviers. La police israélienne intervient, entre sur ce site sans autorisation et interpelle deux gendarmes français. Scène qui avait été filmée, [qui avait] provoqué un grave incident diplomatique déjà à l'époque. Vous aviez donc vivement protesté et ensuite, qu'est-ce qui s'était passé ?

R - Un grave incident, oui, qui n'est pas comparable à celui que nos deux agents ont vécu dimanche soir, un grave incident qui nous a conduit à obtenir des garanties de la part des autorités israéliennes que les lieux qui sont placés sous la protection de la France, comme le domaine de l'Éléona, ne feraient plus l'objet d'incursions, comme ça a été le cas par des gendarmes israéliens. Mais dans le cas d'espèce, ce sont bien des agents diplomatiques et en particulier notre conseiller culturel, qui ont été brutalement pris à partie, frappés, agressés par des officiers du régime, parce qu'ils conduisaient leur mission de soutien à la société civile iranienne.

Q - Si je vous pose la question, et si je fais le parallèle avec cet autre incident, c'est qu'à l'époque, la diplomatie française avait dit attendre des excuses. Je n'en ai pas trouvé trace.

R - Nous avons obtenu des excuses de la part des autorités israéliennes et des garanties que cela ne se reproduirait plus.

Q - Il n'y avait pas eu d'excuses du gouvernement israélien à l'époque. C'est parce que souvent les protestations sont vives et derrière, il ne se passe pas grand-chose.

R - Vous savez, on hésite assez rarement à prendre des sanctions à l'encontre de ceux qui portent atteinte à l'image de la France. Et s'agissant du régime iranien, depuis que j'ai pris mes fonctions il y a deux ans et singulièrement l'année dernière, nous avons pris à de nombreuses reprises des sanctions très lourdes à l'encontre du régime et de ses responsables.

Q - Donc des sanctions font partie de l'éventail des possibilités, on le comprend bien. Venons-en donc à la guerre proprement dite au Moyen-Orient, à ces frappes américaines et iraniennes qui ont repris depuis une douzaine de jours. Donald Trump, il y a quelques heures, a menacé de détruire des infrastructures civiles, des ponts, des centrales électriques, dès que l'Iran, a dit le président américain, tirera sur un navire dans le détroit d'Ormuz. Évidemment, c'est contraire au droit international. Est-ce que vous condamnez ces propos ce matin ?

R - Ce que je dis, c'est que tout doit être fait pour mettre fin à cette escalade dangereuse qui est en train de créer un risque majeur pour l'économie mondiale et pour notre pouvoir d'achat.

Q - C'est du langage diplomatique mais est-ce que vous dites que ce que dit Donald Trump, frapper des infrastructures civiles, encore une fois, c'est illégal, est-ce que vous dites que ce n'est pas acceptable ?

R - Vous savez, je ne suis pas là pour commenter, d'ailleurs j'ai perdu l'habitude de le faire, les déclarations de tel ou tel responsable étranger. La question qui est posée, c'est d'abord de qualifier la gravité des choses. Je le redis, tout doit être fait pour éviter que cette escalade ne dégénère plus encore. Tout doit être fait pour que les termes de l'accord qui a été trouvé entre les États-Unis et l'Iran il y a un mois soient respectés. Personne n'a à gagner à la poursuite de cette guerre, qui soulève des risques majeurs pour la région et qui emporte des conséquences dramatiques pour l'économie mondiale et donc pour notre économie, pour le pouvoir d'achat des Français.

Q - Est-ce que c'est commenter ou est-ce que c'est simplement défendre un principe essentiel que de dire on ne doit pas, les États-Unis en l'occurrence ne doivent pas et n'importe quelle autre force ne doit pas, frapper des infrastructures civiles ?

R - Nous l'avons toujours dit, d'ailleurs, les ministres des Affaires étrangères du G7 que j'ai réunis au mois de mars ont pris ensemble une déclaration appelant à préserver les civils et les infrastructures civiles. Cette guerre, nous l'avons réprouvée dès le premier jour, parce qu'elle était conduite à l'écart du droit international et parce qu'elle n'avait pas de but précisément défini. Donc ne comptez pas sur nous, ne comptez pas sur la France pour pouvoir distribuer les bons points. Ce qui est clair, c'est que le détroit d'Ormuz, qui est aujourd'hui bloqué délibérément par l'Iran doit réouvrir pour que le trafic maritime puisse reprendre et que la pression sur les prix, notamment des hydrocarbures, puisse baisser parce que les conséquences sont majeures pour le pouvoir d'achat des Français. Et en attendant, parce que nous sommes l'un des rares pays à pouvoir parler aux deux parties à ce conflit, à leur passer des messages au calme, mais nous ne nous contentons pas de passer des messages. Vous vous souvenez que dès les premiers jours de cette guerre, nous avons déployé des capacités militaires sans précédent pour protéger nos partenaires et que depuis des semaines, nous nous tenons prêts, c'est la volonté du président de la République, à déployer des capacités dans le détroit d'Ormuz pour participer à des actions de déminage ou éventuellement d'escorte pour...

Q - La France se tient prête, est-ce qu'elle va le faire ?

R - Elle le fera si les conditions le permettent. Vous voyez bien que le niveau de tension et d'hostilité dans le détroit aujourd'hui ne le permet pas. Par ailleurs, et je veux le dire, nous devrions passer un peu moins de temps à commenter la situation dans le détroit d'Ormuz et beaucoup plus à en tirer les leçons pour notre avenir. Et quelles sont les leçons ? Eh bien, c'est que nous devons impérativement et le plus rapidement possible nous défaire de toutes les dépendances, de toutes les servitudes qui tiennent à notre consommation d'hydrocarbures, ouvrir de nouveaux corridors et de nouvelles routes commerciales et c'est ce à quoi nous travaillons avec nos partenaires.

Q - Ça va prendre un peu de temps, en attendant, est-ce que vous appelez l'Iran à rouvrir dans l'immédiat le détroit d'Ormuz ? Est-ce que les conditions sont réunies ?

R - En bloquant le détroit d'Ormuz, l'Iran viole à la fois ses propres engagements, les engagements pris il y a un mois dans cet accord signé avec les États-Unis et viole le droit international puisqu'un détroit, ça n'appartient à personne ou plus précisément, ça appartient à tout le monde. C'est un bien commun de l'humanité, c'est considéré comme les eaux internationales et ça ne peut être en aucun cas entravé et soumis à aucun chantage ni aucun péage.

Q - On constate que le seul objectif de Donald Trump aujourd'hui, dans cette guerre, semble être de rouvrir précisément le détroit d'Ormuz, qui était ouvert avant la guerre. Il ne parle plus des autres objectifs affichés au départ, le renversement du régime ou la libération du peuple iranien. Est-ce que vous comprenez, vous, l'objectif de Donald Trump aujourd'hui ?

R - Ce que je peux dire en tout cas, c'est que le calme, la sécurité et la paix ne pourront pas revenir dans cette région tant qu'une solution politique n'aura pas émergé qui permette d'encadrer strictement le programme nucléaire iranien, qui permette à l'Iran de vivre pacifiquement dans son environnement régional et qui permette au peuple iranien de construire librement son avenir. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, nous verrons de l'instabilité dans cette région.

Q - Est-ce qu'il y a un objectif aujourd'hui à cette guerre, oui ou non ?

R - S'il y a un objectif, comme nous le disons depuis le début, il est imprécisément défini. Ce qu'il nous semble, c'est qu'il est impératif de pouvoir, d'une part, encadrer strictement ce programme nucléaire, comme nous avons réussi à le faire il y a dix ans, qu'il faut amener l'Iran à renoncer à ses actions de déstabilisation de sa région, de son voisinage, par le développement de programmes de missiles, par le soutien à des groupes terroristes, et qu'il faut que le peuple iranien puisse être respecté dans ses droits et ses libertés fondamentales.

Q - Un tout dernier mot, Jean-Noël Barrot, vous parliez, nous parlions de l'incident diplomatique avec l'Iran. Il y a dix jours, vous aviez annoncé aussi votre volonté de convoquer, séance tenante, l'ambassadeur de Russie en France après une vaste campagne cyber, aviez-vous dit, orchestrée par les services secrets russes. Est-ce que vous l'avez fait ?

R - Absolument. Et nous prendrons dans quelques heures, je l'espère, des sanctions à l'encontre des acteurs responsables de cette déstabilisation, des sanctions européennes, puisque ce que nous avons fait le 13 juillet dernier avec l'ensemble des pays de l'Union européenne, c'est de dénoncer publiquement une vaste campagne d'attaques menées par le FSB russe, le Bureau de la sécurité fédérale, à l'encontre d'une dizaine de pays européens, dont la France, où des ministères, des ambassades ont été ciblés par la Russie pour nous déstabiliser, pour nous fragiliser, pour affaiblir notre soutien à l'Ukraine. Mais vous le voyez, notre soutien à l'Ukraine n'a fait que redoubler.

Q - Donc sanctions imminentes contre la Russie au niveau européen. Merci beaucoup.

R - Merci à vous.

Q - Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.

Source : France Inter

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