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06/24/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/24/2026 06:08

Rapport sur la stabilité financière - Juin 2026

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Rapport sur la stabilité financière

Rapport sur la stabilité financière - Juin 2026

Mise en ligne le 24 Juin 2026

Vue d'ensemble

Le système financier français continue de faire preuve de résilience face à l'accumulation des chocs depuis 2020 et doit aujourd'hui faire face aux conséquences de la guerre en Iran. Depuis son déclenchement, le 28 février, le conflit au Moyen-Orient s'est traduit par un choc d'offre négatif sur les marchés de matières premières, à la suite en particulier du blocage du détroit d'Ormuz, qui voyait transiter environ 20 % de la consommation mondiale d'hydrocarbures. La libre circulation des navires dans des conditions de sécurité satisfaisantes n'était toujours pas rétablie au 5 juin.

Ce choc sur les matières premières est toutefois survenu dans un contexte différent de celui de 2022, avec des réserves d'hydrocarbures nettement supérieures à ce qu'elles étaient à l'époque. Ce facteur explique la relative modération des hausses des cours du pétrole brut, à laquelle a également contribué une réduction importante de la demande depuis le début du conflit, particulièrement marquée dans les économies d'Asie de l'Est. Pour le gaz naturel liquéfié (GNL), le choc a également été bien moindre que celui qui avait résulté de l'invasion russe de l'Ukraine. La baisse de la demande survenue depuis 2022 en Europe et l'augmentation mondiale des capacités de liquéfaction ont constitué d'autres facteurs de modération des prix.

Néanmoins, les tensions sur les prix des matières premières ne se limitent pas aux seuls hydrocarbures, et elles ont conduit à une hausse des prévisions d'inflation. Selon le scénario central des prévisions macroéconomiques de juin de la Banque de France, l'inflation en France serait portée à 2,5 % en 2026, contre 0,9 % en 2025 (en hausse de 0,8 point de pourcentage par rapport aux prévisions intermédiaires de mars). Dans ce contexte, les opérateurs anticipent un resserrement de la politique monétaire conduite par l'Eurosystème, et les marchés intégraient au 12 juin 2026, après la décision du Conseil des gouverneurs de l'Eurosystème de remonter ses trois taux directeurs de 25 points de base (pb), entre une et deux hausses de taux supplémentaires de 25 pb d'ici la fin d'année.

La hausse des taux d'intérêt à long terme dans les pays du G7 accroît les vulnérabilités liées aux finances publiques

Les anticipations de hausse des taux directeurs en zone euro ont contribué à une augmentation des taux souverains, sans toutefois provoquer de hausse notable de la prime de risque française. Le rendement de la dette souveraine française à dix ans s'élève à 3,75 % au 12 juin, en hausse de plus de 40 pb depuis le début de la guerre, mais le spread à dix ans entre le taux des obligations assimilables au Trésor (OAT) et celui du Bund allemand n'a augmenté que de 8 pb sur cette même période. La stabilité de la prime de risque française est à mettre en relation avec une demande toujours élevée pour la dette souveraine française, historiquement ainsi que relativement aux autres pays européens, mais qui doit absorber la hausse des besoins de financement.

En l'absence de réduction du déficit budgétaire à 5 % ou moins, les facteurs de soutien dont bénéficie la dette souveraine française pourraient davantage s'éroder, avec le risque de nouvelles baisses de notation par les agences. Un tel scénario risquerait de se traduire par une hausse de la volatilité et par une réduction de la liquidité sur le marché obligataire souverain français, potentiellement amplifiées par des acteurs aux stratégies d'investissement de court terme et procycliques, tels que les fonds spéculatifs. Ces derniers sont notamment présents sur le marché des pensions livrées, où ils développent des stratégies d'arbitrage à fort effet de levier sur les OAT.

Le chapitre thématique de ce rapport analyse le fonctionnement du marché des pensions livrées et l'émergence de vulnérabilités liées au rôle croissant des fonds d'investissement. Cette dynamique accroît le risque de mouvements brusques sur les prix et favorise l'émergence de canaux de contagion vers le reste du système financier en cas de raréfaction soudaine de la liquidité. Ces fragilités sont exacerbées par la concentration des opérations autour d'un nombre réduit d'acteurs, la prédominance des échéances à très court terme, et une application des mécanismes de gestion des risques (décotes et appels de marge) parfois insuffisants et susceptibles de se révéler procycliques en cas de choc.

Une détérioration importante des conditions de financement sur la dette souveraine pourrait se transmettre aux banques et aux entreprises françaises. Alors que le volume d'émission de titres de dette souveraine dans la zone euro restera très élevé en 2026, notamment en France et en Allemagne, garantir une trajectoire d'endettement soutenable est une condition indispensable pour maintenir de bonnes conditions de financement pour l'ensemble des acteurs économiques.

En juin, l'environnement inflationniste pesait déjà sur les finances publiques françaises. De nombreuses dépenses sont indexées sur l'inflation (retraites, allocations familiales…), et plus directement une partie de la charge de la dette via les obligations indexées (un dixième de la dette française). S'agissant des recettes, le ralentissement de la consommation tend globalement à réduire les assiettes fiscales, directement comme dans le cas des accises sur les carburants, qui dépendent des volumes vendus, et plus généralement via la baisse de l'activité. Même si, à début juin, les aides financières à destination des ménages et des entreprises sont restées ciblées et n'ont augmenté les dépenses publiques que de manière très mesurée, l'impact du conflit en Iran sur le déficit budgétaire en 2026 sera non négligeable.

Les marchés d'actifs risqués, notamment les actions américaines, restent vulnérables à un brusque retournement du sentiment des investisseurs

La guerre en Iran n'a provoqué qu'une correction modérée et temporaire des marchés d'actions qui a rapidement été rattrapée. Après des baisses notables sur les quatre premières semaines du conflit, les marchés d'actions ont amorcé un rebond, notamment sur les valeurs technologiques aux États-Unis. Dans ce contexte, les marchés d'actions, et plus particulièrement les indices américains, qui sont toujours très largement tirés par quelques valeurs technologiques, conservent des ratios de valorisation et de concentration historiquement élevés, ce qui les rend vulnérables à un brusque retournement du sentiment des investisseurs. Une révision des perspectives de profitabilité des valeurs technologiques pourrait en particulier alimenter une correction désordonnée, avec des effets de débordement vers d'autres marchés.

L'appétit des investisseurs pour les obligations d'entreprises américaines et, dans une moindre mesure, européennes demeure également élevé. Le niveau toujours faible des écarts de rendement entre différentes qualités de signature, en dépit du contexte géopolitique et des risques macroéconomiques, pourrait être le signe d'une sous-estimation du risque porté par certains emprunteurs. Le marché européen des obligations d'entreprises a absorbé une vague d'émissions de très grande taille émanant du secteur technologique américain : entre octobre 2025 et mars 2026, près des deux tiers des émissions nettes d'entreprises en euro sont venues de sociétés domiciliées aux États-Unis.

Le marché du crédit privé, qui a connu une forte croissance au cours des dix dernières années, a traversé une période de turbulence début 2026. Des inquiétudes ont émergé au premier trimestre 2026 concernant la qualité des crédits octroyés sur ce marché ainsi que la forte exposition des fonds de crédit privé au secteur des logiciels. Elles se sont manifestées par des demandes de rachats élevées de la part de la clientèle de détail dans les fonds semi-liquides de plusieurs grands gestionnaires d'actifs américains. L'exposition croissante du crédit privé au secteur de l'IA rend par ailleurs cette classe d'actifs vulnérable à une révision à la baisse des anticipations de revenus de ce secteur. Les acteurs du crédit privé sont ainsi exposés à deux volets de risques provoqués par le développement de l'IA, le premier portant sur les effets potentiels en cas de mauvaise performance de ce secteur de plus en plus endetté, le second sur les pertes que pourraient subir les fonds exposés au secteur du logiciel en cas de forte concurrence par l'IA. La concentration croissante du marché du crédit privé autour de grandes sociétés de gestion internationales et sa relative opacité sont également de nature à en renforcer les vulnérabilités et nécessitent une amélioration de sa transparence.

Les acteurs financiers européens et français présentent des expositions limitées au crédit privé, mais ils pourraient être affectés par la contagion à d'autres classes d'actifs en cas de choc. Ces expositions peuvent passer entre autres par des crédits bancaires, le plus souvent des financements adossés aux actifs des fonds, ou être directes en ce qui concerne les investisseurs, dans le cas des assureurs. En Europe, ces expositions représentent une part très limitée des actifs totaux des banques et des assureurs, lorsqu'on retient une définition stricte du crédit privé.

La détérioration de l'environnement international risque de peser sur les petites et moyennes entreprises et sur les ménages à faible revenu

La croissance française est pénalisée par le choc d'offre négatif résultant de la crise géopolitique. Initialement prévue à 0,9 % pour 2026, la croissance est attendue dans les projections de la Banque de France de juin 2026 à environ 0,5 %, en raison d'un premier trimestre décevant, d'un contexte international dégradé et de la résurgence des pressions inflationnistes. Dans ses projections macroéconomiques de juin 2026, la Banque de France présente plusieurs scénarios, cohérents avec ceux que la Banque centrale européenne (BCE) a publiés pour l'Eurosystème le 11 juin dernier. Dans les scénarios défavorable et très défavorable, les prix du pétrole et du gaz ont une trajectoire issue d'une distribution implicite de prix dérivée des options sur les marchés à terme de l'énergie qui suit respectivement le 75e percentile et le 95e percentile. Ces scénarios correspondent implicitement à un conflit plus durable, avec de fortes tensions sur l'offre mondiale de pétrole et de gaz, que le recours aux stocks disponibles ne serait plus en mesure d'amortir. Le scénario favorable correspond à une baisse plus rapide et plus marquée des prix de l'énergie par rapport aux hypothèses du scénario de base. Dans le scénario défavorable, la France échapperait à la récession sur l'ensemble de l'année 2026, avec une croissance faible mais positive (+ 0,3 %). Dans le scénario très défavorable, la croissance du produit intérieur brut (PIB) serait nulle en 2026, et légèrement négative en 2027 (- 0,1 %), tandis que l'inflation augmenterait sensiblement, pour atteindre 4,0 % en 2026, et 3,9 % en 2027. Enfin, dans le scénario favorable, l'activité et l'inflation bénéficieraient d'une détente un peu plus rapide des prix de l'énergie.

Les entreprises françaises ont fait preuve de résilience face à l'accumulation des chocs depuis 2020, mais elles sont d'autant plus vulnérables à un choc sur leurs revenus qu'elles ont un niveau d'endettement élevé. Leur ratio entre service de la dette et EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) est orienté à la hausse en 2025. Il est supérieur à celui des autres grands pays de la zone euro. Cet écart s'explique par une dette consolidée des sociétés non financières (SNF) plus élevée en part de PIB, tandis que la hausse des taux d'intérêt par rapport à 2021 s'est déjà largement propagée dans leurs bilans.

Depuis début 2025, les défaillances d'entreprises continuent de progresser et ne peuvent plus être expliquées seulement par le rattrapage constaté après la pandémie. D'autres facteurs doivent être pris en considération, notamment la hausse des prix de l'énergie et la guerre commerciale. La hausse des défaillances est portée par les entreprises de taille intermédiaire (ETI) ainsi que par les petites et moyennes entreprises (PME), alors que les créations d'entreprises sont concentrées dans les petites entreprises, en particulier les microentreprises.

Alors que le marché de l'immobilier commercial français montrait des signes de stabilisation en 2025, le début d'année 2026 marque un nouveau ralentissement. Ce secteur est fortement sensible aux conditions de financement qui influencent les capacités d'investissement des acteurs, ainsi qu'à l'activité économique, qui détermine la demande locative. Le risque de crédit lié à l'immobilier commercial reste néanmoins contenu, du fait d'un taux de défaut limité et du poids très relatif de ce secteur dans le total des actifs des banques et assureurs français. Par ailleurs, les tensions sur la liquidité des fonds d'investissement immobilier semblent progressivement s'atténuer.

La reprise du marché de l'immobilier résidentiel est également ralentie par la hausse de l'incertitude macroéconomique. Après un ralentissement de l'investissement des ménages au premier trimestre, la remontée des taux des crédits aux ménages pourrait continuer de peser sur la demande de crédits à l'habitat. La reprise de la hausse des prix de l'immobilier résidentiel en France reste par ailleurs moins marquée que dans le reste de la zone euro. Cette progression plus limitée est en partie liée au mode de financement à taux fixe de l'habitat en France, qui induit une certaine inertie ayant retardé la baisse des prix lors de l'épisode de hausse des taux d'intérêt amorcée en 2022. La sinistralité des crédits immobiliers continue d'augmenter de façon modérée, en lien avec l'évolution du taux de chômage, qui connaît une hausse progressive depuis 2023 et atteint son niveau le plus élevé depuis 2021.

Les banques et les assurances font preuve de résilience dans un environnement incertain

Les banques françaises peuvent s'appuyer sur un modèle d'affaires diversifié et des expositions limitées aux secteurs les plus sensibles aux prix des énergies fossiles. En parallèle, l'exposition des établissements bancaires français aux contreparties des pays liés au conflit en Iran apparaît très limitée au premier trimestre 2026. Le risque de crédit aux entreprises et aux ménages tend à augmenter, mais les banques continuent de présenter des résultats en nette amélioration et une situation solide, tant en matière de solvabilité que de liquidité. Par ailleurs, le secteur bancaire français est peu exposé au secteur du crédit privé.

Le secteur français de l'assurance présente une solvabilité en hausse et largement au-dessus des exigences réglementaires. Le taux de revalorisation de l'assurance-vie bénéficie de l'amélioration du rendement du portefeuille d'investissement et est soutenu par la mobilisation de la provision pour participation aux bénéfices, constituée à partir des résultats financiers des années précédentes. Cette revalorisation a contribué à renforcer l'attractivité des contrats d'assurance-vie auprès des épargnants, permettant à la collecte nette d'atteindre un niveau historiquement élevé, porté à la fois par une progression de la collecte brute et par une diminution des rachats. Après la dégradation observée à la suite du choc inflationniste de 2022, la rentabilité technique de l'assurance-non-vie s'est redressée en 2024 et en 2025, retrouvant un niveau proche de celui d'avant la période de forte inflation. Par ailleurs, les expositions du secteur assurantiel au crédit privé demeurent marginales et constituent pour l'essentiel des actifs de diversification relevant du fonds général des assureurs.

La matérialisation du risque géopolitique favorise une hausse des risques structurels, notamment des cyber-risques et des dépendances énergétiques

Le cyber-risque se trouve renforcé par le conflit au Moyen-Orient et la probabilité accrue d'actions de guerre hybride. L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et la Banque de France n'identifient pas au premier semestre 2026 d'augmentation du nombre de cyberattaques à l'encontre du secteur financier français résultant des tensions géopolitiques actuelles. Cependant, malgré une matérialisation encore limitée sur le périmètre français, la composante géopolitique du cyber-risque se maintient à un niveau élevé. Par ailleurs, l'émergence de modèles d'IA avancés (modèles de pointe, frontier AI), permettant d'identifier rapidement des failles critiques et pouvant être utilisés à des fins offensives, reflète un changement structurel qui nécessite des adaptations de la part des institutions financières.

Les premières conséquences économiques de la guerre en Iran rappellent enfin que la dépendance européenne aux énergies fossiles importées génère un risque inflationniste et d'instabilité financière. La France a entrepris depuis plus d'une décennie des efforts de décarbonation importants, mais elle demeure confrontée à une double dépendance : d'une part aux énergies fossiles elles-mêmes, et d'autre part aux pays exportateurs de ces ressources. Ces dépendances exposent la France aux aléas géopolitiques, susceptibles de générer des risques économiques et financiers importants. Afin de réduire ces dépendances, la France s'est engagée à diversifier ses approvisionnements énergétiques, tout en poursuivant une stratégie de décarbonation.

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Mise à jour le 24 Juin 2026

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