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02/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/03/2026 16:15

Commission du développement social: comment les mesures nationales s’appuient sur les résultats du Sommet de Doha

Les témoignages variés de réalisations sur le plan national en matière de protection sociale ont nourri les discussions, aujourd'hui, à la Commission du développement social qui poursuivait les travaux de sa soixante-quatrième session entamée hier. Le forum ministériel, le matin, a invité à réfléchir aux moyens de « tirer parti des résultats du deuxième Sommet mondial pour le développement social » avec une vision « à l'horizon 2030 et au-delà ».

Sous la houlette de la Présidente de la Commission, Mme Khrystyna Hayovyshyn (Ukraine), ministres et délégations ont largement reconnu que la Déclaration de Doha (issue du deuxième Sommet mondial pour le développement social - novembre 2025), ne vaut que par sa mise en œuvre. D'où des appels insistants à passer l'action, si ce n'est pas déjà fait.

Le premier Sommet mondial pour le développement social, tenu en 1995 au Danemark, avait jeté les bases d'une démarche mondiale en faveur du développement social. Sa Déclaration de Copenhague et son Programme d'action -un nouveau consensus sur la nécessité de placer l'être humain au centre du développement- comprenaient 10 engagements fondamentaux, dont l'éradication de la pauvreté, le plein emploi, ou encore la promotion de l'intégration sociale et la garantie de l'égalité des sexes et de l'accès universel à l'éducation et aux soins de santé, le tout dans un environnement favorable.

Le deuxième Sommet a réaffirmé ces engagements mondiaux et a adopté la Déclaration politique de Doha qui réaffirme les trois piliers interdépendants et complémentaires du développement social: l'éradication de la pauvreté, le plein emploi productif et le travail décent pour tous, et l'intégration sociale.

À l'approche de 2030, date butoir pour la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), l'urgence de traduire ces engagements en actions nationales concrètes s'est intensifiée. Pour alimenter le débat, les plénipotentiaires venus des capitales se sont succédé pour présenter leurs expériences et projets respectifs en matière sociale.

Des approches nationales variées et innovantes

« L'esprit de Doha » et l'importance de la Déclaration éponyme ont été rappelés par la Ministre qatarie du développement social et de la famille, qui a souligné la détermination de son pays à consolider les efforts internationaux en faveur du développement et de la justice sociale. Elle a mis en avant l'accélération des efforts du Qatar sur le plan national: une stratégie 2025-2030 a été lancée par le Ministère du développement social et de la famille intitulée « de la prise en charge à l'autonomisation ». Son but est notamment de renforcer l'autonomisation des femmes, des personnes en situation de handicap et des personnes âgées, ainsi que la promotion de la participation communautaire et du volontariat.

La Déclaration de Doha revêt une importance particulière pour la Colombie, a témoigné à son tour son Ministre du travail qui a apprécié que le texte place le travail décent et l'emploi au cœur du développement, en cohérence avec les réformes engagées en Colombie pour que le travail soit toujours digne et que la productivité s'améliore. Le Ministre a cité une nouvelle loi colombienne et la mise en œuvre du « salaire vital ». Ainsi, la Colombie connaît une baisse progressive du taux de pauvreté et le chômage a reculé jusqu'à atteindre des niveaux historiquement bas.

Le Ministre colombien a également salué la reconnaissance, dans la Déclaration de Doha, de la  migration comme un moteur de croissance inclusive. Le texte appelle à protéger les droits des migrants, un point essentiel pour la Colombie, pays à la fois d'origine et de destination des migrations. Le développement doit être mesuré par la dignité accordée aux êtres humains, quels que soient la situation ou le statut des personnes, a renchéri la Türkiye.

« Le développement social durable n'est pas une idée abstraite, mais un principe central de l'État-providence nordique », a enchaîné la Ministre des affaires sociales et de la santé de la Finlande. Elle a réitéré l'engagement de son pays en faveur d'une protection sociale universelle et d'un accès équitable aux services. Face au vieillissement rapide de la population, elle a parlé de « la plus grande réforme des services sociaux et de santé jamais menée » dans le pays, visant des services accessibles, de qualité et financièrement durables.

Même son de cloche du côté de l'Égypte: « le développement social n'est pas une politique secondaire, mais bien une priorité nationale », a déclaré la Vice-Ministre égyptienne de la solidarité sociale. Son pays a doublé ses dépenses consacrées à la protection sociale qui atteignent plus de 742 milliards de livres égyptiennes dans le budget 2024-2026.

S'appuyant sur une tradition de dialogue social et de concertation multipartite, la Ministre fédérale du travail, des affaires sociales, de la santé, des soins et de la protection des consommateurs de l'Autriche a mis en avant les mesures récentes prises par son pays pour freiner la hausse des loyers, prévenir le sans-abrisme (via le programme « Housing Umbrella »), et réduire durablement la pauvreté des enfants grâce à l'investissement dans la petite enfance.

Soutenir les personnes handicapées et les jeunes

La prévention de la violence à l'égard des enfants est aussi une préoccupation de la Suède, qui a déployé massivement des moyens pour la mise en œuvre de la stratégie nationale dédiée à ce problème. En Fédération de Russie, l'accent est mis sur le soutien aux enfants et à la famille et la défense des valeurs traditionnelles qui sont en perte de vitesse dans des sociétés néolibérales.

Le pacte pour la prime enfance mis en place au Pérou permet de rendre gratuits les soins de santé maternelle et infantile, a mis en avant la Ministre péruvienne du développement et de l'inclusion sociale. Dans son pays, les autorités entendent investir dans le capital humain, combinant protection et réduction de la vulnérabilité par des transferts de fonds aux plus vulnérables.

Parmi ces vulnérables, la Finlande a mis en garde sur la santé mentale des jeunes qui ne cesse de se dégrader. Le pays vient d'ailleurs d'adopter une nouvelle loi sur les services aux personnes handicapées. De même, en Pologne, les droits des personnes handicapées sont prioritaires pour le Gouvernement qui s'est donné le défi de les rendre indépendantes, a expliqué son délégué.

Le représentant du grand groupe des enfants et des jeunes a demandé aux ministres dans l'assistance de détailler les mesures prises dans leurs pays pour assurer la participation des jeunes. Le Pérou a reconnu qu'il faut les impliquer et aussi les responsabiliser dans tous les programmes sociaux les concernant. Un avis partagé par d'autres plénipotentiaires.

Des pays en situation particulière

« Il fait froid ici à New York, mais il fait encore plus froid chez nous en Ukraine où des millions de foyers, y compris mon appartement, sont sans électricité ni chauffage cet hiver », a fait remarquer la Vice-Ministre ukrainienne de la politique sociale, de la famille et de l'unité pour l'intégration européenne. Dans un propos empreint d'émotions, elle a indiqué que, malgré l'annonce d'un cessez-le-feu pour arrêter les frappes contre les infrastructures énergétiques de l'Ukraine, le pays a subi la nuit précédente une nouvelle vague d'attaques, avec plus de 400 drones de combat et 71 missiles balistiques et de croisière, visant notamment les infrastructures énergétiques et des logements.

Cette intervention a provoqué une réponse du représentant russe qui a évoqué pour sa part des attaques ukrainiennes ciblant des civils et des infrastructures civiles, y compris même des ambulances.

Revenant au fond du débat, la Vice-Ministre ukrainienne a affirmé que, 30 ans après Copenhague, son pays a tiré une leçon essentielle: l'argent seul ne suffit pas à réparer les fractures sociales. Selon elle, les populations ont surtout besoin de services, de lien humain et de cohésion sociale. Dans ce contexte, l'Ukraine transforme sa politique sociale, passant d'un modèle passif d'aides à un modèle actif d'investissement dans le capital humain.

Cuba a pour sa part expliqué combien sa politique sociale est difficile à mettre en œuvre du fait des sanctions américaines qui visent à asphyxier le pays. Le Malawi, qui est un pays en développement et enclavé, a plaidé pour des partenariats renforcés ainsi que pour des financements prévisibles et orientés vers les programmes sociaux ciblant les plus vulnérables. Pour le Chili, dubitatif, prendre des engagements c'est facile, mais la mise en œuvre est compliquée.

Le multilatéralisme en action

Pour que les actions nationales soient guidées et soutenues, le Ministre colombien du travail a tenu à souligner les bienfaits du multilatéralisme, évoquant une réunion qui se tenait à l'heure où il parlait entre les Présidents colombien et américain, Gustavo Petro et Donald Trump. Si, à son avis, le développement social passe par l'autodétermination des peuples et la souveraineté nationale, il a misé sur cette rencontre pour dépasser une situation de tensions diplomatiques entre les deux pays. Le multilatéralisme mérite d'être consolidé en tant qu'instrument de cohabitation et de coopération entre les nations, a-t-il argué.

« L'ordre mondial fondé sur des règles a profondément changé, rendant plus nécessaire que jamais la défense du multilatéralisme et la mise en œuvre concrète des engagements internationaux », a relevé la Ministre fédérale du travail, des affaires sociales, de la santé, des soins et de la protection des consommateurs de l'Autriche qui a appelé à « traduire les engagements multilatéraux en actions nationales ».

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