RSF - Reporters sans frontières

02/13/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/13/2026 12:54

Turquie : RSF dénonce les pressions visant les journalistes qui couvrent la question kurde

Interpellations, agressions, censure des comptes des réseaux sociaux… En moins d'un mois, six incidents révèlent l'hostilité du pouvoir turc envers le droit à l'information sur la question kurde. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à mettre un terme aux pressions intolérables exercées sur ces journalistes qui ne font que leur travail et permettent d'éclairer un sujet au cœur de l'actualité.

"La multiplication, en un mois, des actes de censure, d'intimidation et de violence envers les journalistes couvrant des sujets liés à à la question kurde est très inquiétante, RSF appelle les autorités à ne pas porter davantage atteinte au droit à l'information et à lever le tabou pesant sur ce sujet. Les journalistes doivent être en mesure de couvrir librement tout ce qui touche à la population kurde ainsi que le processus de négociation entamé par le gouvernement turc avec la classe politique kurde, et la population attend que son droit à l'information soit respecté.

Erol Onderoglu
Représentant de RSF en Turquie

En moins d'un mois, RSF a recensé au moins six cas accablants de violation de la liberté de la presse visant la couverture de la question kurde.

  • Un article publié le 19 janvier sur le site d'information Bianet.org - partenaire de RSF en Turquie -, intitulé "Les femmes et les Kurdes sont surreprésentés parmi les jeunes inactifs en Turquie" , a été censuré le 4 février par un juge d'Istanbul, pour cause de "menace à la sécurité nationale". Alors que la version en turcreste accessible, celle en anglaisa dû être retirée du site. Dans cet entretien de la journaliste Nalin Öztekin, un responsable de l'institut de sondage KONDA, Halil Ibrahim Kilic, évoque simplement l'isolement des jeunes sans emploi et hors du système éducatif, et fait notamment référence aux minorités kurdes ou arabes.
  • Le journaliste indépendant Rusen Takva a dû saisir la Cour constitutionnelle pour faire lever le blocage de son compte sur la plateforme X (67 000 abonnés), qui dure depuis plus d'un an. Il a été interpellé le 15 février 2025, alors qu'il couvrait les manifestations contre la nomination d'un administrateur du pouvoir à la place du maire DEM - parti pro-kurde, troisième force au Parlement turc et médiateur dans ce processus de paix - de la mairie de Van, ville frontalière avec l'Iran. Ce spécialiste de la question kurde et des affaires migratoires était accusé d'avoir diffusé de fausses images d'une intervention policière dans la mairie, considérées comme de la "désinformation" constituant une "menace à la sécurité nationale". Même si le parquet de Van a prononcé le 15 septembre 2025 un non-lieu pour cette accusation de "désinformation", son compte est toujours suspendu à ce jour. "En un an, quatre comptes X m'appartenant, créés les uns après les autres, ont été censurés par les juges", a-t-il confié à RSF, déplorant de ne pas avoir pu s'adresser à autant d'abonnés depuis son nouveau compte, quand il couvrait les récentes manifestations en soutien aux Kurdes du Rojava dans le nord de la Syrie.
  • Le chef du bureau régional de l'agence de presse indépendante ANKAde la ville de Diyarbakir située dans le sud-est du pays, Ahmet Ün, et le journaliste indépendant Metin Yoksuont été brutalisés par les forces de l'ordre, alors qu'ils couvraient une manifestation près de la frontière avec la Syrie, le 22 janvier, à Suruc (province de Sanliurfa). Le premier a été blessé au genou par des balles caoutchoucs et le second a été blessé au visage par une capsule de gaz lacrymogène. Une autre reporter qui couvrait la mobilisation pour l'agence de presse Ihlas(IHA) Bekir Seyhanlia lui été blessé à la jambe, percuté par un véhicule blindé.
  • Alors que des manifestations pro-kurdes gagnent du terrain dans le sud-est du pays, certains représentants de médias internationaux ont fait part à RSF de leur hésitation à l'idée de se rendre ou d'envoyer des reporters dans cette région, par crainte de représailles. Preuve en est l'arrestation du journaliste français Raphaël Boukandoura, interpellé le 19 janvier alors qu'il couvrait une manifestation à Sarigazi par le parti pro-kurde DEM, avant d'être libéré le 21 janvier d'un centre de rétention d'Istanbul.

Trois journalistes sont incarcérés en Turquie à ce jour, dont un assigné à résidence. La Turquie est 159e sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025.

Publié le13.02.2026
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