08/19/2026 | Press release | Archived content
Yaoundé, Cameroun - Chaque 19 août est célébrée la Journée mondiale de l'aide humanitaire. Pour l'édition 2026, placée sous le thème « Agir pour l'humanité », la communauté internationale a rendu hommage aux humanitaires ayant perdu la vie dans l'exercice de leur fonction, à travers des témoignages de leurs familles et de leurs collègues. Dans ce cadre, la famille du Dr Richard Valery Mouzoko Kiboung revient sur le parcours, les valeurs et l'héritage de cet humanitaire engagé, décédé en 2019 alors qu'il participait à la réponse à l'épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC).
Le Dr Richard Mouzoko était épidémiologiste. Il a été tué en avril 2019 lors d'une attaque armée alors qu'il participait à une réunion de coordination de la réponse à Ebola à Butembo. Il avait 42 ans, était marié et père de quatre enfants. Sa famille garde de lui le souvenir d'un homme marqué par son humanité, son engagement et son sens du devoir. Son épouse, Friquette Mouzoko, évoque un mari aimant, généreux et attentif. « Il mettait les autres à la première place et était toujours au service de son prochain », confie-t-elle. « Après son décès, j'ai appris qu'il payait les études à des enfants dans notre quartier », ajoute-t-elle. C'est cette volonté d'être utile aux autres qui l'avait également conduit à accepter son déploiement en RDC, malgré les inquiétudes de sa famille.
Le Dr Mouzoko a rejoint l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en décembre 2015. Il était chargé de la surveillance des maladies évitables par la vaccination au Bureau de l'OMS au Cameroun. Il a notamment contribué au renforcement des capacités des agents de santé au niveau national et aux interventions liées à l'éradication de la poliomyélite, à la lutte contre la rougeole, la fièvre jaune et la méningite ainsi qu'à l'élimination du tétanos maternel et néonatal.
Déployé en RDC comme consultant international chargé de la surveillance épidémiologique, le Dr Mouzoko a été désigné pour piloter la réponse à la maladie à virus Ebola dans l'aire de santé de Vutsundo, dans la ville de Butembo. Une mission qu'il accomplissait avec beaucoup d'engagement malgré les nombreux défis.
Cette décision de partir en RDC n'avait pourtant pas été facile à accepter pour sa famille. « Au départ, je n'étais pas d'accord. Au regard de tout ce qui se passait là-bas, de la guerre et du contexte difficile, j'appréhendais, j'avais peur », partage Friquette Mouzoko, le cœur lourd. « Comme c'était son métier, il voulait aider, être au chevet des malades. Il me disait que sa place était là-bas. Il fallait qu'il y aille. Ses arguments ont eu raison de mes inquiétudes ».
Puis est venu ce jour d'avril 2019 où le Dr Mouzoko a perdu la vie dans une attaque armée. Sa disparition a laissé une famille endeuillée, mais aussi quatre enfants qui, des années plus tard, continuent de faire vivre le souvenir de leur père.
Ses enfants avaient entre 13 et 6 ans au moment de son décès. Leurs voix dessinent aujourd'hui le portrait d'un homme exceptionnel, dont la mémoire continue de les inspirer.
Margaret, 20 ans, la fille aînée du Dr Mouzoko, se rappelle encore la sérénité et la discipline de son père. « Dans notre famille, on l'appelait affectueusement le Vieux. C'était un homme calme, réfléchi, sage et très attaché à son travail », dit-elle avec une voix enrouée.
Simon, 17 ans, son fils aîné, garde le souvenir d'un homme bienveillant et particulièrement attaché à la ponctualité. Il chérit les moments précieux passés en famille. « Quand on visitait certains membres de notre famille, il était toujours très content. Il aimait les faire rire et il appréciait que nous soyons tous joyeux. Il disait que la famille est très importante. »
Nathan, le dernier de la fratrie, n'avait que 6 ans quand son père était décédé. Aujourd'hui âgé de 13 ans, se remémore avec tendresse leurs parties de football. « La plupart du temps, le ballon montait sur la toiture de la maison et il allait toujours le chercher. Ça m'a montré qu'il était très courageux. »
Emmanuelle, 16 ans, la fille cadette, évoque quant à elle l'exemple que son père continue de représenter dans sa propre vie. « J'aimerais qu'on n'oublie jamais ce qu'il a fait de bien. À l'avenir, j'aimerais devenir comme lui, médecin, pour sauver des vies, honorer sa mémoire et son passage sur terre. »
Cette ambition d'Emmanuelle ravive naturellement certaines inquiétudes chez Friquette Mouzoko. Mais elle entend accompagner sa fille si celle-ci choisit cette voie. « Comme la plus petite aimerait suivre les pas de son papa, je trouverai la force et le courage nécessaires pour l'aider dans cette voie », déclare-t-elle, émue. « Je sais que je peux aussi compter sur le soutien des amis et collègues de son papa, puisqu'ils sont toujours à nos côtés. Ils prennent des nouvelles des enfants. »
Au-delà de la douleur, ses proches insistent sur l'importance de garder vivante sa mémoire. « Je voudrais qu'on ne l'oublie jamais. Qu'il reste à jamais dans le cœur de ceux qui l'ont connu et dans nos mémoires », confie son épouse.
« La disparition tragique du Dr Mouzoko rappelle que les personnels de santé et les humanitaires ne doivent jamais être pris pour cibles. Leur protection, ainsi que celle des structures et des missions médicales, est une obligation fondamentale », a déclaré Dr Magaran Bagayoko, Représentant de l'OMS au Cameroun. « L'OMS continue d'appeler au respect du droit international humanitaire et à la protection de tous ceux qui interviennent pour sauver des vies. »
Le Dr Mouzoko n'était pas seulement un médecin engagé dans la réponse à Ebola : il était un père aimant, un mari attentionné, un ami fidèle et un pilier de sa communauté. Sept ans après sa disparition, sa famille continue de faire vivre cet héritage. Dans la discipline que ses enfants disent avoir reçue de lui, dans leur attachement à la famille, mais aussi dans le désir d'Emmanuelle de devenir médecin, une partie de son engagement continue de se transmettre.
Sa mémoire demeure celle d'un homme profondément engagé au service de la santé et de la dignité humaine.